[...] Levé à cinq heures. Je réveille D., pars à six heures et
quart, prends la ligne 2, travaille à l’atelier jusqu’à neuf heures environ, me
mets à l’ordinateur afin de modifier le découpage du second volume des
Anabaptistes, avec l’impression insistante de fuir la table de labeur, à
laquelle je m’installe au dernier moment afin d’esquisser un nouveau découpage
de pages en partie déjà réalisées. Je prends la ligne 3 – c’est alors la foule
du matin – et suis au bureau à neuf heures et demie. La matinée se passe en
contrôlant des centaines d’images numérisées, mais aussi en rédigeant un résumé
et des notices bibliographiques. Je mange seul ; c’est une nouvelle
habitude. Je pars un peu après quatorze heures en catastrophe, ce qui fait que
je dois courir dans les couloirs de la ligne 14, pour une réunion à Tolbiac à
propos d’un chantier de numérisation exécuté par un prestataire extérieur. Je
quitte le vaisseau et rejoins l’atelier par la ligne 5, y continue ce qui a été
commencé ce matin. Le dialogue entre Martin Luther et Thomas Müntzer est réduit
d’une page, ce qui n’est pas rien. Je rentre vers dix-neuf heures et quart,
vois David B. sur Arte (« Il a grossi », dit D.), fais à manger de
mauvaise humeur. Nous regardons en soirée Faux mouvement (Falsche
Bewegung) de Wim Wenders sur un texte de Peter Handke d’après le Wilhelm
Meisters Lehrjahre de Goethe ; Cela tombe bien, je l’ai lu cet été, et
j’ai tout juste entamé les carnets d’Handke. Le lien avec le roman
d’aprentissage de Goethe me paraît lointain, puis tout se met en place lorsque
je comprends que Nastassja Kinski incarne Mignon, l’harmoniciste Laertes… Plein
de motifs préfigurent les Ailes du désir : L’homme au chapeau, le
saignement de nez, certains gestes de Wilhelm (avec l’enfant jouant au ballon,
par exemple), la mélancolie…

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