Samedi 3 & dimanche 4 avril 2010

Levé à huit heures, je suis le premier à prendre le petit déjeuner dans une salle de restauration vide. Je remonte réveiller D., mets une chaise devant la fenêtre — la lumière est pâle, le ciel gris — et lis pendant qu’elle descend déjeuner. Un véhicule nous amène à la salle communale à dix heures et nous avons la joie et la surprise de retrouver Julie et J.-P. sur le stand, ainsi que Guillaume Guerse. Je fais la connaissance d’Olivier Deprez — à qui j’avais signifié mon désir de rencontre par mèl avant la manifestation — et d’Eric Nosal et Natacha. Lors du déjeuner Olivier me dit qu’il étudie le grec ancien, et que la première chose qu’il fait le matin est d’apprendre par cœur la Divine comédie de Dante, et que ce n'est qu'après cela qu'il se sent prêt à entamer une nouvelle journée de travail, ce qui ne laisse pas de m'étonner. Dans le même ordre d’idées, je lui évoque l’écrivain italien Erri De Luca apprenant l’ancien hébreu en lisant la Bible à chaque aurore. Je participe l’après-midi à une table ronde sur le « premier album », table ronde qui se révèle plus qu’intime en terme de fréquentation du public. J’agace une intervenante en critiquant ce terme album — un livre rigide et cartonné, à la couverture pelliculée donc lavable, destiné à l’origine à la littérature enfantine pour des raisons de commodité et de solidité — en lieu et place de livre. Une fois cela dit, je n’insiste pas, car tout cela est pris pour le snobisme le plus pointu, alors qu’il me semble que les termes d’un débat doivent être discutés et être le plus clair possible. La discussion se passe. J’ai dans ma poche le livre d'Enis Batur, D’une bibliothèque l’autre, que j’avais pris au cas où je n’aurais rien à dire. J’en livre une citation sur la demande de Monique :
[...] L’intronisation d’une toute première publication livre l’âme du débutant aux transports d’un enthousiasme débordant. puis vient le temps de la décrue et du retour à la réalité pour un ouvrage qui s’intègre à des milliards d'autres volumes : écrire un livre et l’ajouter à une bibliothèque, c’est une goutte dans l’océan, un astre indéterminé dans le cosmos. C’est, en somme, gagner plus de titres à la disparition qu’à l’immortalité.
Enis BATUR, D'une bibliothèque l'autre.
La table ronde se clôt là-dessus ; jamais je n’aurais pensé que cette « béquille » l’aurait clôturée. La soirée se passe entre un repas pris en commun, les remises de prix et diverses interventions. Un orage très violent éclate à ce moment-là. Nous regagnons l’hôtel avec Julie et J.-P. et je retrouve non sans déplaisir cette grande chambre sans attrait et au plafond haut de l’hôtel d’Anduze. le lendemain matin j’inaugure à nouveau le premier le petit déjeuner. Le temps semble changer. Nous faisons nos sacs et nous retrouvons au festival à dix heures. La journée se passe entre quelques dédicaces et des promenades avec D. dans les beaux villages de pierre de Massillargues et d’Atuech. Il fait finalement frais mais très beau. On me filme en me demandant ce qu’est pour moi la bande dessinée ; je fais mon intéressant en répondant que le fait que je ne le sache pas est la raison pour laquelle j’en fais. Chose notable : un lecteur vient me voir et me signifie d’emblée qu’il trouve dans mon approche du dessin une proximité avec le travail de Pierre Soulages. Je lui dis que c’est le plus beau compliment que mon travail puisse avoir. Je n’ai pratiquement jamais parlé de mon admiration pour celui-ci, mais c’est comme si cette admiration était discernable dans mes livres. J’achète tous les livres que je peux trouver ici d’olivier Deprez : Le Château d'après Franz Kafka, BlackBookBlack et Lenin Kino - Méditations graphiques I. Le retour se fait brusquement en fin d’après-midi : notre train part de Nîmes vers dix-neuf heures. Le train s’arrête un peu avant Paris ; nous aurons un retard de près d’une heure, due à la panne de la rame qui nous devance. Je suis surpris de la véhémence — pour ne pas dire de l’agressivité — de certains voyageurs après cette annonce. Nous arrivons un peu avant vingt-trois heures à la Gare de Lyon, retrouvons Eric, Natacha et leur fille qui ont pris le même train. Nous prenons ensemble le RER, nous arrêtons à Nation tandis qu’ils continuent jusqu’à Montreuil. C’est jour chômé demain, ce qui adoucit ce retour.

1 commentaire:

  1. Bonjour Ambre!
    il est curieux que cette rencontre entre vous et Olivier Deprez ne se produise que maintenant! Pour ma part, j'avais établi entre vos travaux, et depuis longtemps, un lien invisible: le goût d'une noir, de la recherche documentaire ou théorique, une forme d'ascétisme et d'exigence. Merci à vous pour vos différents ouvrages!
    J'attends le Joss Fritz avec impatience!
    Cordialement,
    Erik Viaddeff

    RépondreSupprimer