Mercredi 3 février 2010

Levé à cinq heures et demie. Nuit fiévreuse et trouble, peur de m’endormir avec une impression de chuter dans un trou noir, de ne jamais me réveiller. C’est un état qui dure depuis quelques temps, mais qui tend quelquefois à s’estomper, et je raccorde cette sensation à ce que je lis en ce moment de Pascal Quignard : “Il semble au corps qui s’endort, avant qu’il plonge dans le sommeil, qu’il décroche.” À l’ordinateur puis à la table à dessin, que nous avons remontée de la cave il y a quelques semaines. J’attaque l’encrage d'une case un peu difficile : c’est que je dois dessiner des chevaux, et je n’ai pas l’habitude de cela. À huit heures rue de Louvois. Je pars déjeuner à onze heures et demie et officie à la banque d’information de la salle de lecture de midi et demi à quinze heures. Il pleut par intermittence, et le bruit de l’eau sur les carreaux du plafond, destinés à éclairer la salle de lecture d’une lumière zénithale et indirecte, modifie l’ambiance de la salle. Nous sommes dans l’arche.
Quand j’étais tout enfant, le sort d’aucun personnage de l’histoire sainte ne me semblait aussi misérable que celui de Noé, à cause du déluge qui le tint enfermé dans l’arche pendant quarante jours. Plus tard, je fus souvent malade, et pendant de longs jours je dus rester aussi dans l’ “ar­che”. Je compris alors que jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l’arche, malgré qu’elle fût close et qu’il fît nuit sur la terre.
Marcel PROUST, in Les Plaisirs et les Jours
Je retourne à mon bureau et pars vers seize heures trente, m’arrête à la station Ambroise, achète boulevard Parmentier quelques mètres de câble pour enceintes. Vers dix-huit heures à l’appartement. Je change les câbles, prépare à manger. D. rentre vers dix-neuf heures. Je finis la soirée penché sur la table à dessin, le casque sur les oreilles pour échapper à la télévision allumée.