vendredi 21 mai 2010

Levé à cinq heures et demie. À l’ordinateur après le petit déjeuner — il fait jour à six heures et relativement bon pour permettre de boire le café sur le balcon — puis à la table à dessiner pour une seconde version du dessin destiné à la couverture du premier volume de la Passion des anabaptistes. Je pars au travail dans une humeur mitigée ; toujours cette impression d’avoir trop peu de temps à consacrer à cela. Au bureau un peu après huit heures, la matinée se passe en un éclair car il y a des transferts de documents à faire pour alimenter le chantier de numérisation, des bons d’enlèvement à créer et à imprimer, des messages auxquels il faut répondre. Des tensions sont bel et bien palpables avec le prestataire extérieur. Je rédige des messages neutres, fermes et conciliants. C’est le métier qui doit rentrer, je suppose.

Samedi 1er mai 2010

[Nouveau blog sur le projet La Passion des Anabaptistes :
http://lapassiondesanabaptistes.tumblr.com/]

Lundi 26 avril 2010

Levé à sept heures, je gagne la cuisine le plus doucement possible parce que nous hébergeons Guillaume, venu pour donner trois concerts successifs. Je pars avec D., la laisse au Louvre, suis à neuf heures et demie rue de Richelieu. Un transfert de collections à numériser est prévu ce jour mais je dois pour cela récolter les informations de la semaine écoulée, durant laquelle j’ai été absent. Le transfert ─ qui géographiquement parlant ne consiste qu’à traverser quelques rues ─, prévu à onze heures, se fait plus tardivement que prévu, et est rendu complexe car les travaux du quadrilatère Richelieu oblige à utiliser une navette interne automobile. J’avale un déjeuner puis officie au poste de président de salle dans une Salle ovale partagée entre la Bibliothèque nationale de France et l’Institut National de l’Histoire de l’Art. Un retraité, excédé, me prend à partie parce qu’il n’arrive pas à retrouver le lien lui permettant d’accéder à un catalogue informatisé, outré de la fréquence des changements de pages d’accueil de la BnF. Comme il s’emporte, je l’accompagne devant son poste de consultation et comprend que celui-ci est “bridé” et n’accède pas librement à l’Internet, d’où une page d’accueil modifiée ; je l’amène devant un poste non bridé. Le calme revient. Plus tard, situation embarrassante avec un homme entré sans carte d’inscription par je ne sais quel tour de passe-passe, essayant d’utiliser une connexion internet par tous les moyens obliques et détournés, mais sans jamais le dire ou être clair. Inflexible, je joue le jeu de ma position institutionnelle, en bien ou en mal. Je retrouve D. en début de soirée ─ nous avons la chance de n’être séparés que par la Seine ─, allons manger une crêpe à Montparnasse, ratons le concert que Guillaume donnait ce soir-là, rentrons. Guillaume rentre lorsque nous dormons.

Samedi 3 & dimanche 4 avril 2010

Levé à huit heures, je suis le premier à prendre le petit déjeuner dans une salle de restauration vide. Je remonte réveiller D., mets une chaise devant la fenêtre — la lumière est pâle, le ciel gris — et lis pendant qu’elle descend déjeuner. Un véhicule nous amène à la salle communale à dix heures et nous avons la joie et la surprise de retrouver Julie et J.-P. sur le stand, ainsi que Guillaume Guerse. Je fais la connaissance d’Olivier Deprez — à qui j’avais signifié mon désir de rencontre par mèl avant la manifestation — et d’Eric Nosal et Natacha. Lors du déjeuner Olivier me dit qu’il étudie le grec ancien, et que la première chose qu’il fait le matin est d’apprendre par cœur la Divine comédie de Dante, et que ce n'est qu'après cela qu'il se sent prêt à entamer une nouvelle journée de travail, ce qui ne laisse pas de m'étonner. Dans le même ordre d’idées, je lui évoque l’écrivain italien Erri De Luca apprenant l’ancien hébreu en lisant la Bible à chaque aurore. Je participe l’après-midi à une table ronde sur le « premier album », table ronde qui se révèle plus qu’intime en terme de fréquentation du public. J’agace une intervenante en critiquant ce terme album — un livre rigide et cartonné, à la couverture pelliculée donc lavable, destiné à l’origine à la littérature enfantine pour des raisons de commodité et de solidité — en lieu et place de livre. Une fois cela dit, je n’insiste pas, car tout cela est pris pour le snobisme le plus pointu, alors qu’il me semble que les termes d’un débat doivent être discutés et être le plus clair possible. La discussion se passe. J’ai dans ma poche le livre d'Enis Batur, D’une bibliothèque l’autre, que j’avais pris au cas où je n’aurais rien à dire. J’en livre une citation sur la demande de Monique :
[...] L’intronisation d’une toute première publication livre l’âme du débutant aux transports d’un enthousiasme débordant. puis vient le temps de la décrue et du retour à la réalité pour un ouvrage qui s’intègre à des milliards d'autres volumes : écrire un livre et l’ajouter à une bibliothèque, c’est une goutte dans l’océan, un astre indéterminé dans le cosmos. C’est, en somme, gagner plus de titres à la disparition qu’à l’immortalité.
Enis BATUR, D'une bibliothèque l'autre.
La table ronde se clôt là-dessus ; jamais je n’aurais pensé que cette « béquille » l’aurait clôturée. La soirée se passe entre un repas pris en commun, les remises de prix et diverses interventions. Un orage très violent éclate à ce moment-là. Nous regagnons l’hôtel avec Julie et J.-P. et je retrouve non sans déplaisir cette grande chambre sans attrait et au plafond haut de l’hôtel d’Anduze. le lendemain matin j’inaugure à nouveau le premier le petit déjeuner. Le temps semble changer. Nous faisons nos sacs et nous retrouvons au festival à dix heures. La journée se passe entre quelques dédicaces et des promenades avec D. dans les beaux villages de pierre de Massillargues et d’Atuech. Il fait finalement frais mais très beau. On me filme en me demandant ce qu’est pour moi la bande dessinée ; je fais mon intéressant en répondant que le fait que je ne le sache pas est la raison pour laquelle j’en fais. Chose notable : un lecteur vient me voir et me signifie d’emblée qu’il trouve dans mon approche du dessin une proximité avec le travail de Pierre Soulages. Je lui dis que c’est le plus beau compliment que mon travail puisse avoir. Je n’ai pratiquement jamais parlé de mon admiration pour celui-ci, mais c’est comme si cette admiration était discernable dans mes livres. J’achète tous les livres que je peux trouver ici d’olivier Deprez : Le Château d'après Franz Kafka, BlackBookBlack et Lenin Kino - Méditations graphiques I. Le retour se fait brusquement en fin d’après-midi : notre train part de Nîmes vers dix-neuf heures. Le train s’arrête un peu avant Paris ; nous aurons un retard de près d’une heure, due à la panne de la rame qui nous devance. Je suis surpris de la véhémence — pour ne pas dire de l’agressivité — de certains voyageurs après cette annonce. Nous arrivons un peu avant vingt-trois heures à la Gare de Lyon, retrouvons Eric, Natacha et leur fille qui ont pris le même train. Nous prenons ensemble le RER, nous arrêtons à Nation tandis qu’ils continuent jusqu’à Montreuil. C’est jour chômé demain, ce qui adoucit ce retour.

Jeudi 18 mars 2010

Levé à cinq heures et demie. À l’ordinateur puis à la table à dessin, sur deux cases à la fois. La suite de journée se passe à Tolbiac où a lieu une journée d’étude sur les outils et les usages dans le domaine de la numérisation du patrimoine, le temps de savourer ce luxe de pouvoir participer à ce type de journée. On y parle des « pro-ams », les « professionnels-amateurs », du « web contributif » dans lequel force est de reconnaître que les contributeurs sont loin de former la majorité des usagers d’Internet : 1 % de ceux-ci y apportent un contenu, 10 % l’enrichissent. Alain Giffard parle de l’industrialisation et de la marchandisation du lien social, après celles des lecteurs, de la lecture, de l’écriture - en remontant le temps. François Cavalier dit que si les bibliothèques ont perdu leur position centrale dans l’accès au savoir, elles peuvent prendre une part importante dans l’« économie de l’attention » et dans la gestion des données numériques. On évoque les nouvelles formes canoniques du savoir induites par Internet, la responsabilité que nous laissons aujourd’hui dans l’héritage numérique de demain. Les institutions doivent-elles y plonger ? « C’est une guerre ».

Mercredi 17 mars 2010

Levé à cinq heures et demie. Je termine une case en cours ; elle a beaucoup de hachures de mouvement, ce qui m’agace. Mais je la finis tout de même, tentant de me raisonner : plus tard mon regard évoluera face à ce qui se construit à cet instant. Et puis il faut penser au récit. Je réveille D. entretemps.
On fantasme beaucoup la vie d’un compositeur [on peut placer ici toute autre activité de création] qui attendrait la mythique “inspiration” devant un beau paysage. Mais l’ “inspiration” ne s’attend pas, elle se cultive dans l’ordinaire du quotidien.
John ADAMS, interrogé par Renaud MACHART dans Le Monde du 14 mars 2010.
Je pars rue de Louvois. Le mercredi est le jour de mon office au bureau des renseignements bibliographiques en salle de lecture, chose toujours compliquée : il faut veiller aux droits d’auteur des documents que les usagers veulent reproduire, parfois parler en anglais, garder un équilibre difficile entre les missions contradictoires de sauvegarde et de conservation et celles de la communication et de la diffusion. Je passe à la poste en rentrant, achète une bouteille de vin chez le petit détaillant de la rue d’Avron, suis à l’appartement vers dix-huit heures. J’entame une case .

Mercredi 3 février 2010

Levé à cinq heures et demie. Nuit fiévreuse et trouble, peur de m’endormir avec une impression de chuter dans un trou noir, de ne jamais me réveiller. C’est un état qui dure depuis quelques temps, mais qui tend quelquefois à s’estomper, et je raccorde cette sensation à ce que je lis en ce moment de Pascal Quignard : “Il semble au corps qui s’endort, avant qu’il plonge dans le sommeil, qu’il décroche.” À l’ordinateur puis à la table à dessin, que nous avons remontée de la cave il y a quelques semaines. J’attaque l’encrage d'une case un peu difficile : c’est que je dois dessiner des chevaux, et je n’ai pas l’habitude de cela. À huit heures rue de Louvois. Je pars déjeuner à onze heures et demie et officie à la banque d’information de la salle de lecture de midi et demi à quinze heures. Il pleut par intermittence, et le bruit de l’eau sur les carreaux du plafond, destinés à éclairer la salle de lecture d’une lumière zénithale et indirecte, modifie l’ambiance de la salle. Nous sommes dans l’arche.
Quand j’étais tout enfant, le sort d’aucun personnage de l’histoire sainte ne me semblait aussi misérable que celui de Noé, à cause du déluge qui le tint enfermé dans l’arche pendant quarante jours. Plus tard, je fus souvent malade, et pendant de longs jours je dus rester aussi dans l’ “ar­che”. Je compris alors que jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l’arche, malgré qu’elle fût close et qu’il fît nuit sur la terre.
Marcel PROUST, in Les Plaisirs et les Jours
Je retourne à mon bureau et pars vers seize heures trente, m’arrête à la station Ambroise, achète boulevard Parmentier quelques mètres de câble pour enceintes. Vers dix-huit heures à l’appartement. Je change les câbles, prépare à manger. D. rentre vers dix-neuf heures. Je finis la soirée penché sur la table à dessin, le casque sur les oreilles pour échapper à la télévision allumée.

Mardi 5 janvier 2010

Journée de travail rue de Louvois. Je dois faire deux allers-retours à l'atelier du prestataire extérieur de numérisation, apporter et ramener des manuscrits musicaux. Il faut se munir du passe magnétique au troisième niveau, prendre l’ascenseur jusqu’au second sous-sol, traverser le corridor traversant la rue de Louvois, et à partir de là prendre un vieil ascenseur avec un plancher en bois du troisième au premier sous-sol ― le second sous-sol coté Louvois correspondant au troisième sous-sol coté Richelieu ―, emprunter des corridors sans aucun angle droit et sans surface vraiment plane, remplis de câbles à tel point qu'il faut parfois se baisser, redescendre d'un demi niveau ― une moitié de niveau obligeant à emprunter un monte-charge très lent si je suis accompagné d'un chariot sur roulettes. Je sors vers dix-sept heures et pars en quête de papier à dessin ― les blocs “Carré d’art” du magasin Sennelier ― dont je me sers exclusivement pour le projet en cours, mais aussi d'une grande plaque de découpe. Mais le magasin du quai Voltaire est fermé pour inventaire. Je file à l’annexe rue de la Grande Chaumière, mais je n’y trouve rien de ce que je cherche. La quête se termine rue Soufflot, où je trouve ce que je veux, dont une planche de découpe suffisamment grande et à un prix raisonnable. Je ramène celle-ci à mon bureau rue de Louvois, tout cela à pied ― je croise d’ailleurs Jean-louis Debré, à pied aussi, songeur, au sortir du Conseil d’État. Je repars chercher D. à sa sortie de travail, la retrouve in extremis à la station du Louvre. Nous rentrons.

Jeudi 17 décembre 2009

Je pars équipé de grosses chaussettes et de sous-vêtements chauds. Rue Richelieu à huit heures et demie, au moment où il commence à neiger. Je suis d’astreinte à neuf heures et demie pour contrôler un transfert de collections vers Bussy-Saint-Georges, ce qui veut dire faire le pied de grue dans le hall d’entrée ouvert à tous les vents. Je vérifie les fonds transférés par trois déménageurs. Je ne peux m’empêcher d’aider un peu les manœuvres même si ce n’est pas mon rôle “en tant que responsable”. La neige s’amoncelle mollement ― c’est une neige parisienne, qui ne tient guère, même si cinq centimètres de cette matière est une surprise ici, un évènement. Les chariots stationnent dans le hall puis c’est leur acheminement vers le camion. Posté à coté de celui-ci, je dois noter leur numéro et le nombre de caisses embarquées. Je me réfugie dans le container du camion au bout d’un moment pour faire cela, car je commence à ressembler à un bonhomme de neige. Je ne sens plus le bout de mes orteils, et le retour dans mon bureau chauffé est plutôt agréable. Je me bats avec le télécopieur afin d’envoyer à Tolbiac mes tableaux remplis et signés. Je pars déjeuner, mais la queue d’attente du restaurant administratif de la galerie Colbert me fait rebrousser chemin et pénétrer dans un petit restaurant coréen rue de Louvois, tenu vraisemblablement par un couple franco-coréen. Le restaurant est touchant, la décoration à l’approche de Noël est composée de simples ornements en papier plié. Je prends le métro place Colette, descends à Hôtel-de-ville pour retrouver Bastien au dépôt d’un grand magasin ; je l’aide à embarquer dans sa voiture une lourde table en verre que D. a achetée pour l’appartement, une table dont on peut varier la hauteur et pouvant servir à la fois de table à manger et de table basse. Je retourne travailler. Nous retrouvons en soirée Bastien qui nous amène la table. Je l’aide à la monter au troisième étage et nous la baptisons tous trois en nous en servant pour le repas du soir, avant que Bastien, très préoccupé par ses complications familiales, ne retourne chez lui.