Vendredi 29 mai 2009

Levé à six heures. Le petit frigo vibre et m’agace depuis des heures. Je déjeune et téléphone à D. pour la réveiller à six heures et demie. Je dessine un peu et pars un peu après sept heures. Des pompiers secourent un piéton renversé au début de la rue de Rennes. J’achète le journal place Colette. Il fait beau, les trajets matinaux à pied sont agréables. J’arrive en salle Labrouste un peu après huit heures. Je dois continuer mon mémoire sur la numérisation de la notation musicale ― chose à laquelle je ne connais à peu près rien et pour laquelle je lis beaucoup d’ouvrages. Une réunion d’information sur la rénovation du quadrilatère Richelieu nous occupe en n de matinée. Elle est un peu tendue, mais le chantier est de taille et rien ne se fait sans difculté dans cette vénérable maison. Je prends un train à dix heures du soir pour arriver à Lyon à minuit, dans un appartement, dans une ville, même, où je commence à me sentir, désormais, étranger.

Dimanche 24 mai 2009

D’humeur exécrable toute la journée, mais c’est parce que D. doit retourner à Lyon pour la semaine. Je me remémore les trois années que nous avions vécues ainsi séparés. Nous faisons du ménage, allons nous promener au Jardin du Luxembourg, mangeons une glace. Je fais tourner une lessive à la laverie de la rue Falguière puis accompagne D. à la gare de Lyon. Son train est à dix-neuf heures. Le hall est bondé : c’est que la plupart des trains ont un fort retard. Nous nous installons en terrasse en nous plaçant de façon à garder un œil sur le tableau d’afchage. Le train part avec cinquante minutes de retard, mais la situation est menée de manière impressionnante avec le plus de précision possible par les agents. Le train emportant D. part, la situation un peu confuse nous a distrait de cette séparation. Je rentre prélever et mettre à sécher le linge propre, grignote puis dessine un peu. D. me téléphone à son arrivée à Lyon. Le retard s’est accru pendant le trajet.

Jeudi 21 mai 2009

Jour chômé, bonheur de ne pas être assujetti à des horaires. Après midi, j’emmène Michel, qui partage avec moi le studio de Montparnasse pour quelques jours, à une ballade à pieds. Bien sûr, nous n'avons pas l’impression que cette journée est fériée ; presque tous les magasins sont ouverts. Il fait beau et chaud, nous nous traînons jusqu’à République, puis allons écouter un récital de pièces pour orgue d’Olivier Messiaen par Francesco Filidei à l’église Saint-Eustache. Cela dure une demie-heure et c’est magnique. Michel est plus que circonspect ; il m’avoue n’avoir pas été attentif tout le temps ― ce qui me surprend de sa part, grand amateur de “rock progressif” qu’il est. Manifestement, c’est un genre qui éveille la curiosité, mais jusqu’à un certain point ; il s’occupait activement durant l’audition d’une espèce de breuvage, de la glace pilée arrosée d’un jus chimique, acheté auparavant. Je suis piqué lorsqu’il me dit qu’il a trouvé certains passages dissonants. Je lui rétorque que la notion de dissonance est subjective et contextuelle. Nous tombons d’accord sur le fait que ce n’était pas un jugement de valeur de sa part. Nous rentrons dans un métro surchauffé.

Mercredi 13 mai 2009

Semaine consacrée à des visites d’étude dans plusieurs grandes bibliothèques parisiennes, en troupeau de vingt-cinq personnes. En n de journée, dans le quartier de la Bastille, visite intemporelle de la bibliothèque de l'Arsenal, rattachée à la Bibliothèque nationale de France depuis 1934. Les parquets grincent. L’on nous montre un manuscrit, un très bel incunable... chose pratiquement impossible à voir de manière aussi simple sur le site François Mitterrand. Le directeur apparaît en n de visite, comme le Comte Dracula en son manoir. Pince-sans-rire, il nous cone sa vision funèbre, mais sans doute juste, de ce genre de bibliothèque historique amenée à se transformer en décor de cinéma ou en salon pour soirées de dirigeants d'entreprises. Il déplore le désintérêt grandissant de la maison mère pour cet établissement. Les lecteurs y sont de moins en moins nombreux, vieillissants. Sur ces paroles lugubres, un orage qui se tramait éclate enn. Nous partons sous une pluie battante.

Lundi 11 mai 2009

Levé à six heures. À l’atelier pour consulter les derniers messages électroniques et aérer la véranda, laquelle dégage toujours de l’humidité. Je reviens procéder aux derniers préparatifs. D. ne travaille pas aujourd’hui et m’accompagne à la gare. Le train part avant neuf heures, j’aperçois D. sur le quai au dernier moment alors que le train accélère, nous nous cherchions du regard. Je poursuis ma lecture passionnée de La Galaxie Gutenberg de MacLuhan. Il bruine à Paris. Dans une lumière grise, lourdement chargé de mon ordinateur « transportable » de sept kilos et demi, je pose mes affaires au studio de Montparnasse, retrouve le petit restaurant coréen de la rue Falguière à midi. J’emprunte la ligne 13, descends dans le centre de Saint-Denis. Dans le marchand de journaux austère du centre commercial, je trouve un Monde Dossiers et documents consacré à Erri de Luca, écrivain italien à la prose rare et sèche, alpiniste qui fut ouvrier à l’usine et sur les chantiers et se lève à cinq heures du matin pour lire la Bible en hébreux. J’arpente ces rues que je connais, la place avec sa Poste, la laverie de la rue Gabriel Péri dans laquelle j’ai passé tant d’heures à lire en attendant la renaissance de mon linge, la petite épicerie, le kiosque à journaux où j’achetais le journal le matin avant d’aller m’enfourner dans le RER… tire jusqu’au croisement avec l’avenue du Colonel Fabien où j’ai habité pendant trois ans, puis jusqu’à l’université Paris 8. L’après-midi est consacrée à la visite de son exemplaire bibliothèque universitaire. Je passe en n de journée chez les libraires et disquaires du quartier Saint-Michel, trouve un François Bon et un Erri De Luca, justement. Je feuillette l’ouvrage de Guillaume Guerse et David Vandermeulen d’après Michel Verne, sorti tout juste de l’impression. Je fais des courses alimentaires. Spectacle terrible à la sortie du petit supermarché : un groupe se bat, se dispute des denrées sans doute périmées, autour des poubelles du magasin. Je suis à Paris. Je rentre.

Dimanche 10 mai 2009

Sur le chemin du retour vers Lyon, nous passons par Alixan, dans la Drôme. J’emmène Claire et D. voir la maison des « Rabattes », maison de ma grand-mère, vendue peu après son décès, dans laquelle j'ai passé toutes les vacances scolaires de mon enfance. Obligés de passer devant comme des étrangers, sans trop s'arrêter. Elle a gardé toute son âme.

Samedi 9 mai 2009

À Saint-Zacharie, dans le Var, chez Jeanne. Nous parlons avec D., Jeanne et Claire de la lecture des romans. Je dis – et cela surprend Jeanne – que je ne possède aucune imagination visuelle, qu’un personnage ne peut être qu’une voix si on le veut, et que la description trop précise d’un caractère peut devenir gênante. Mais aussi que celle-ci peut susciter différentes évocations selon le vécu, la culture du lecteur, qu’un mot peut détenir des signications contradictoires… Claire dit qu’elle a besoin de descriptions précises pour évoquer un personnage, que le ou la gêne. Elle ajoute qu’elle apprécie les adaptations cinématographiques car cela lui permet d’ancrer un physique sur un caractère. Cette fois c’est moi qui suis étonné, pour le coup.

Samedi 2 mai 2009

Levé à sept heures, il fait frais et beau. Je vais à l'ordinateur rédiger des courriers, travailler sur des planches numérisées et aérer la véranda. Je reviens régler des courriers administratifs, vais à la gare et à la Poste, achète une quiche, un éclair au chocolat et du pain pour le repas de midi de D. J'entame ensuite une case mais la matinée s'est déjà envolée. Je pars à midi pour la place Bellecour où je retrouve Pierre Druilhe et son accent tonitruant, que j'amène tous deux à la librairie place Antonin Poncet. Nous mangeons avec Jean-Louis et Nicolas en terrasse dans une rue des Marronniers bondée de monde et inondée de soleil. Nous mangeons - et buvons - lyonnais, en faisant découvrir cela à Pierre. Nous passons l'après-midi à la librairie, dont la clientèle est parsemée ; aujourd'hui est le lendemain d'un jour férié, et Lyon est coutumière de ces "ponts" pendant lesquels la moitié de la ville s'absente. Nous dédicaçons néanmoins quelques ouvrages. Pierre me dédicace son Welcome to America. Nous parlons de nos parcours, du fait que l'on se connait depuis une vingtaine d'années à se rencontrer en pointillé dans les festivals. Nous faisons les imbéciles, jouons aux vétérans de l'édition indépendante. Chacun repart de son coté en fin de journée. Le téléphone sonne lorsque j'arrive à l'appartement, c'est Pierre qui se retrouve seul pour la soirée, il n'a pas pu retrouver les personnes du journal La Décroissance pour qui il travaille et qui l'hébergent durant ce séjour à Lyon. Nous lui proposons avec D. de le retrouver place Carnot, l'emmenons dans notre "cantine" japonaise. Pierre, comme à son habitude, n'est pas enclin à la mélancolie, et le repas se passe joyeusement. Nous sommes les derniers à partir du restaurant, nous trouvons le petit bar de la rue Condé et sa patronne toujours aussi gentille. Tout le monde - exclusivement masculin - y est saoul, mais l'ambiance est "bon enfant". Nous rentrons tard.