Dimanche 11 octobre 2009

Nous recevons Michel et Bastien en fin de journée, partons au marché de la Place de la Réunion pour acheter des pâtes fraîches et des pastéis de Belém, du fromage et du pain. Le déjeuner se déroule sur la petite table basse du salon. J’accompagne ensuite Michel et Bastien vers Ménilmontant, traverse le cimetière du Père Lachaise, en profite cette fois pour chercher la tombe de Marcel Proust que m’indique d’emblée, gentiment, un anglophone me voyant tourner dans la division où celle-ci devait se trouver. La sépulture est simple et étonnamment bien entretenue. Je suis touché et me surprends à l’être. Pour le coup, mon retour dans cette ville ne me semble pas dénué de sens. Au retour, je dessine en écoutant Vultures Descend de Greymachine et Night Time de Killing Joke en vinyl. Nous passons la soirée dans un petit restaurant du quartier avec Jeanne, de passage ici, Chantal et Bastien.

Lundi 5 octobre 2009

Levé à cinq heures et demie. À l’ordinateur de six à huit heures et demie. Je prends la ligne neuf et suis au bureau à neuf heures, travaille sur les corrections jusqu’à quinze. Je lance l’impression du mémoire sur la photocopieuse du quatrième étage, la seule en réseau qui sache faire des photocopies recto verso. Cela promet d’être long, il y a deux cents pages et cinq exemplaires à tirer. Une erreur se produit à partir d’un certain feuillet ; l’impression recto verso se fait alors tête bêche, ce qui est absurde et illisible. Espérant que cette erreur est due au fichier texte, je décide de recourir à un fichier “pdf”. Mais le convertisseur sur le poste informatique refuse la conversion, refus sans doute du au poids important du document textuel d’origine. Je dois recourir à un convertisseur en ligne. J’en essaie plusieurs et parviens à récupérer un fichier “pdf” imprimable. Je relance l’impression, qui se passe bien, hormis quelques bourrages de l’imprimante, ce qui me vaut de multiples aller-retours entre mon bureau du second étage et l’imprimante du quatrième. J’entasse les paquets de copies encore chaudes, descends la perforelieuse dans mon bureau. Mais c’est que c’est un petit modèle et je suis obligé de perforer cinq feuilles par cinq feuilles. Les spirales disponibles sont grosses, prévues pour le double de pages. Je fais un essai de reliure ; c’est ridicule, les feuillets se retrouvent attachés à une énorme boule de plastique trois fois plus épaisse. Je sors et parcours la rue Richelieu, trouve une imprimerie tenue par des japonais qui peut me vendre cinq spirales. Elles s’avèrent un peu justes. Je fais un essai, mets un quart d’heure à fixer la spirale aux deux cents pages. Cela tient quand même. Je “fabrique” deux autres exemplaires non sans mal. Je remarque des fautes, des erreurs de mise en page, mais je mets les exemplaires dans des grosses enveloppes postales. Il est dix-neuf heures, les bureaux de poste étant fermés je rejoins celle du Louvre, la seule à être ouverte jusqu’à minuit. Les trois exemplaires sont engloutis par la boîte postale à vingt heures. Je rentre et me surprends à ne pas vraiment me sentir débarrassé de ce travail.

Vendredi 16 octobre 2009

Levé à cinq heures et demie, après une mauvaise nuit, le robinet du radiateur de la chambre fuit, et la simple idée de passer toute la saison froide avec ce problème m'angoisse : impossible de changer le robinet sans vider tout le circuit de chauffage. Lorsque D. est levée, je démonte le robinet et serre l'écrou du presse-étoupe à l’aide d’une clef. Tout est grippé et rouillé. Cela n’arrange rien et je sers de nouveau, au risque que le tout parte en morceaux. Cette fois est la bonne, l’eau ne suinte plus, mais la matinée est perdue.

Dimanche 4 octobre 2009

J’attends les corrections de Raphaële Mouren, mais le serveur de l’Enssib semble avoir des problèmes. C’est dimanche, je propose à D. une ballade dans le neuvième arrondissement. Nous tombons sur un vide-grenier boulevard de Clichy et rue des Martyrs. D. trouve des pulls, moi deux disques vinyls de 1957 des suites pour violoncelle de Bach interprétées par Pablo Casals. Le vide-grenier se transforme peu à peu en brocante professionnel. La mode mobilière est au métal et au design d’usine. Une belle table ayant le même pied en lourd métal que ma table à dessin atteint des sommes absurdes, tandis que le moindre tabouret équivaut au quart d'un SMIC. Je reçois les corrections de mon mémoire professionnel en soirée en ouvrant l’ordinateur, soit trois pages de remarques. J’y travaille jusqu’à minuit.

Vendredi 18 septembre 2009

Levé à six heures et demie. Nous sommes rentrés tard hier soir, avons passé la soirée avec Julie, venue à Paris pour le festival “Portfolio”, et Gilles Rochier. Je suis à huit heures passées au bureau, entame ce fichier récapitulant tout le fonds de lettres autographes reçues par Charles Tournemire, qui doit être clos aujourd'hui. À midi, le soleil, à travers les vastes fenêtres de ce grand bureau donnant sur la rue de Richelieu, me réchauffe la nuque. Il est temps de sortir m’acheter un sandwich et d'aller chercher une chaise au jardin du Palais Royal. Je sors à dix-huit heures, trop tard pour aller rejoindre Julie et Gilles au festival. Je les retrouverai demain. Je rentre à la maison.

Vendredi 4 septembre 2009

Levé à cinq heures et demie. Je consulte mon courrier électronique au salon et avance une grande case à la plume. Je prends la ligne neuf et intercepte la six place de la Nation, en lisant mon Proust en Pléiade - la réédition de 1954, datée de 1968, fine et maniable comparée à l’édition éléphantesque de 1987 dirigée par Jean-Yves Tadié. Au belvédère du site François Mitterrand de la BnF pour le deuxième journée d’accueil et de formation. J’en profite à la pause pour jeter un œil périphérique sur la ville du haut de ce point de vue unique. Je discute avec des informaticiens durant le buffet. La directrice générale passe de table en table et a un mot pour tous, ce qui force l’admiration. Je passe en rentrant dans cette petite boutique d’occasions au début de notre rue, y déniche quelques disques vinyls, dont une édition de 1957 de la Concord sonata de Charles Ives dans une interprétation de John Kirkpatrick, pour un prix plus que modique.
Ives ne dissocie pas son activité professionnelle (pour gagner sa vie, il fonde une compagnie d’assurances en 1906), aussi éloignée puisse-t-elle paraître d’une activité strictement musicale, de son travail de composition. Il poursuit ce dernier sans aucun souci de faire carrière ou de se rendre célèbre. Il fait publier à ses frais ses œuvres (qui longtemps firent peur aux éditeurs) et des essais commentant ses œuvres. L’essentiel de sa production est composé entre 1900 et 1918 ; en 1918, il est atteint d’une maladie cardiaque ; en 1930, il prend sa retraite professionnelle et cesse simultanément de composer. […] Pour Ives […], la musique actualise à sa manière la discontinuité de la vie.
Jean-Yves BOSSEUR, in Histoire de la musique occidentale (Sous la direction de Jean & Brigitte Massin)

Mardi 1er septembre 2009

Je rentre du travail par la ligne 9, retrouve D. dont ce jour a été la première journée d’un nouveau travail. Nous sortons dans le quartier à la recherche d'une gazinière à acheter. J’ai repéré l’adresse d’un revendeur. Nous ne le trouvons pas, sans doute a-t-il fermé boutique. Je reconnais, rue de Bagnolet, les restes de la gare ferroviaire dans laquelle j’avais donné un concert dans les années 90, à quinze années de là. L’endroit est devenu tape-à-l’œil, l’âme de ces quartiers disparaît. Nous croisons par hasard Yvan Alagbé qui habite lui aussi dans le vingtième arrondissement. Sa barbe est plus fournie et blanche que jamais. Il nous parle de son désir de partir d’ici, poussé par les prix absurdes de logement qui y sont pratiqués. Nous rentrons à pied par la rue des Pyrénées en musardant par les rues alentour.