Vendredi 27 mars 2009

Je me lève avant que le réveil ne sonne. Cela devient une habitude. Je suis à cinq heures et demie à sept heures à l'ordinateur. À huit heures à l'Enssib, jusqu'à quatorze heures. Je tente de terminer mon rapport après un cours sur le langage HTML - que je connais un peu, mais cela me rafraichit la mémoire -, je me bagarre avec les notes de bas de page, les index... Je mange tardivement. D. arrive vers dix-sept heures, animée ; elle est à la recherche d'un poste sur Paris. Je m'amuse de son énergie, l'énerve un peu plus. Nous partons ensemble. Elle quitte le métro à Hôtel-de-ville, pendant que je continue jusqu'au Musée d'Art Contemporain, par métro et bus, entendre la conférence de Christian Rosset dont j'avais beaucoup apprécié l'ouvrage Avis d'orage en fin de journée, un recueil d'articles sur la bande dessinée. Son intervention est intéressante, "au fil de l'eau". Il parle de la "déclosion" - le mot vient de Jean-luc Nancy, je crois - de la bande dessinée, de son éclatement hors de ses frontières étroites. Nous sommes peu nombreux dans la salle, la bande dessinée de recherche n'intéresse personne. Il parle aussi de la dépression des dessinateurs, de leur rapport au corps - ou plutôt de leur non-rapport. Je rentre avec le 4. Ces bus aux couleurs vives de jouets géants et aux grandes baies vitrées sont très bien pour regarder défiler la ville de nuit.

Mardi 24 mars 2009

Je suis réveillé un peu après quatre heures, me lève avant que le réveil ne sonne. À six heures devant l'ordinateur, je pars vers sept heures et quart prendre le tramway et suis à l'Enssib à huit, ce qui me laisse une heure de travail personnel. La matinée et l'après-midi sont consacrées à la politique documentaire. Je passe à la bibliothèque pendant la pause méridienne après avoir liquidé un semblant de repas. Je rentre vers dix-neuf heures. Les parents de D. sont là, nous les amenons à notre "cantine". Nous rentrons tôt. Cela fait une semaine que je n'ai pas dessiné.

Vendredi 13 mars 2009

Après avoir retrouvé D. en fin de journée au cloître du Palais Saint-Pierre et l'avoir laissée à son funiculaire, j'entre dans une boutique de disques vinyls repérées ce matin sur mon trajet dans le Vieux Lyon. L'homme qui me salue me dit qu'elle vient tout juste d'ouvrir. Sont classés contre les murs des milliers de disques de musique baroque, classique, contemporaine... Je pêche deux coffrets de l'intégrale des cantates de Bach exécutées par Gustav Leonhardt et Nikolaus Harnoncourt, entreprise titanesque d'enregistrement sonore qui a duré dix-neuf ans, de 1971 à 1989, et prend la place de quarante-sept coffrets de deux disques - l'équivalent de soixante disques compacts. Les cantates ne sont qu'une partie de l'œuvre de Bach. Seulement deux-cents ont été retrouvées, sur environ trois-cents cantates composées. À raison d'une cantate par semaine, il faudrait quatre années pour toutes les écouter. Les versions Leonhardt / Harnoncourt me tiennent beaucoup à cœur - avec celles de Philippe Herreweghe -, elles sont rudes, sans apprêt, en particulier celle de Gustav Leonhardt, d'une mélancolie et d'une sobriété luthériennes.

Mercredi 11 mars 2009

Je parcours pendant la pause méridienne la bibliothèque du neuvième arrondissement que je ne connaissais pas jusqu'alors en ses nouveaux locaux. Je la connaissais en revanche très bien dans ses anciens murs, à savoir accoudée à la mairie ; j'y ai forgé une grande partie de ma culture. Je feuillette Tumulte de François Bon, et un livre sur la musique extrême ; on y parle de Godflesh, Carcass, Napalm Death... c'est mal traduit, bourré de fautes de français, mal relié. Mais, pas très loin de la posture d'un "fan" transi, je suis prêt à accepter un tel désastre bibliographique lorsqu'il touche un sujet qui m'intéresse. Je marche dans le quartier en prenant en photographie des ruelles dévastées et des portes fermées ; curieux passe-temps.

Lundi 9 mars 2009

Levé à cinq heures. Je vais relever mes méls à l'ordinateur. Il y a un envoi de fichier de la part de David, une proposition de séance de dédicace et d'exposition éventuelle, une demande d'ouvrage... Je reviens, retrouve la table à dessin en écoutant le vinyl de Third de Portishead. Je pars au Conservatoire à pied, profitant du temps relativement clément, et entame la troisième semaine en qualité de stagiaire, une position très inconfortable, que je ne goûte guère. Rapports et mémoires avancent néanmoins, phrase après phrase, mais je me rends compte du travail qu'il reste à produire ; j'essaie de les rédiger avec le plus d'exigence possible, mais cela ne va pas de soi, je ne suis pas coutumier des écrits universitaires. Je mange un taboulé périmé pris ce matin dans le frigo, me promène dans le quartier pendant la pause de midi, quartier que je connais bien ; je passe devant ce qui fut la salle de répétition du groupe dans lequel je jouais il y aune dizaine d'années. Pas très loin, sur le quai Pierre Scize, se tenait une vaste usine squattée, formée de deux bâtiments reliés par une passerelle aérienne, dans laquelle j'ai eu un atelier. Je passe l'aspirateur et la serpillière en rentrant. Je dessine en attendant que cela sèche.

Dimanche 8 mars 2009

Tout le monde se lève en même temps et nous prenons le petit déjeuner en famille. C'est le bazar, nous sommes nombreux. Je m'évertue à concocter un café à l'aide de la cafetière électrique et un filtre en papier mouchoir. Je pars avec J.J., M. et J.L. Nous chaussons les raquettes une fois sortis de la route goudronnée et entamons le GR 9. Nous ne manquons pas de faire la bêtise de prendre un raccourci et nous retrouvons dans les bois à la pente assez raide. Je culpabilise, J.J. a du mal à nous suivre. Nous parvenons tout de même à rejoindre le GR et nous arrêtons au Truchet. Là, en surplomb de la vallée, nous sortons des sacs de quoi manger. J'ai apporté de la tête persillée, que je décris en détail à M. - joue, langue... - et, bien sûr, il n'en prend pas. La descente est agréable, la neige est poudreuse et amortit nos pas. L'après-midi, nous fuyons avec D. l'appartement de location trop bondé et nous faisons amener à la gare. En attendant le train au café de la gare, Bellegarde me semble une ville typiquement provinciale, triste à en pleurer le dimanche. J'entame Pays de malheur ! de Stéphane Beaud et Younes Amrani durant le trajet. En rentrant, j'aperçois d'un œil la planche en cours sur la table à dessin. Les dernières cases ont été dessinées avec facilité, ce qui m'étonne. Il est très dur de porter un regard dénué d'affects sur celles-ci ; je les trouve étranges, un peu fades, mal étudiées. Avec un regard oblique, j'arrive parfois à leur trouver un intérêt dans leur aspect rude, ou une composition étrange pleine de signification, mais le regard se noie généralement à force de revenir sur les choses. David me téléphone en soirée.

Dimanche 1er mars 2009

Je me réveille assez tôt, mais je ne peux pas me lever avant huit heures passées. D. est déjà debout. J'officie une petite heure à l'ordinateur, puis nous allons au marché de la Place Carnot. Jour gris, après de belles journées. Mais il est vrai que nous ne sommes qu'au mois de mars. J'y croise N. qui travaille là. Nous nous connaissons « de loin » comme elle le dit elle-même, « de l'époque de la rue du Chariot d'Or ». Je vais à l'ordinateur en début d'après-midi et tombe, en rangeant des papiers, sur la maquette de Pique-nique au bord du néant, un récit réalisé en 1995 - il y a de cela quatorze ans ! - sur un texte de Lionel Tran, et que nous avions édité à nos frais en 1997. Peu de lecteurs ont dû le lire. Je décide de scanner les copies réduites qui m'avaient servi à l'époque pour la réalisation de la maquette sur papier - ce n'était pas encore l'époque pour moi de faire cela sur ordinateur. Je m'attelle ensuite à la table à dessin, met en place la grande case initiale de la planche 57. Nous invitons Eric T. à dîner.

Vendredi 27 février 2009

Levé en catastrophe à six heures moins le quart. Rien de bien constructif ne sera fait ce matin. Je pars à pied - juste l'envie de profiter du soleil levant -, prends la rue de la Quarantaine, traverse Saint-Georges, Saint-Jean, Saint-Paul, longe les quais de Saône jusqu'au quartier de Vaise. Toute la journée à la médiathèque du Conservatoire, j'avance mes rapports en matinée. À la pause de midi, je gravis les jardins en pente derrière l'école avec mon gobelet de café. On y a une belle vue sur Lyon, il fait beau, nous voilà entrés dans le versant ascendant de la roue naturelle, tout ce qui dormait se réveille peu à peu. Toute l'après-midi se passe à connaître les détails d'une mise en ligne d'une bibliothèque numérique. Je suis ravi ; nous travaillons sur des partitions de Bach numérisées. Je saute dans un bus à dix-sept heures, à peine arrivé à l'appartement je ressors accompagner D. à son cours. Le métro est bondé. Je laisse D. à son funiculaire. Sur le retour, je trouve trois disques vinyles - Bauhaus, Gainsbourg, Zappa - en occasion et passe ensuite à la Grande Pharmacie. Je me mets à l'ordinateur, imprime un document pour le Projet. J'ai la visite de mon frère et d'Eric T. en soirée. D. rentre vers neuf heures et demie.