Samedi 31 janvier 2009

Levé à neuf heures, rompu. Je fausse compagnie à tout le monde pour me rendre à mon Bar du Marché. J'achète le nouveau numéro de Lapin, passe ensuite beaucoup de temps sur le stand, dédicace un peu. Sergio Aquindo passe me voir, sympathique et enthousiaste, cela me fait plaisir, nous ne nous connaissions qu'à travers la voie électronique. Je cherche quelques ouvrages pour des cadeaux à faire, mais il y a tant de monde et il fait une chaleur telle que je me sens mal. Je dois m'asseoir, couvert d'une sueur glacée. J'exécute deux dédicaces dans cet état puis sors m'acheter quelque chose à manger, me rétablis peu à peu, mais me sens un peu ailleurs. Je me rends compte de la fatigue accumulée ces dernières semaines, de cet appel du corps en forme d'avertissement. Il y a un apéritif sur le stand, les amis s'agglutinent, puis c'est la fermeture des chapiteaux. Je vais boire un verre avec David, Daniel et deux auteurs que je ne connais pas. Je me retrouve au restaurant à minuit. Le repas est très bon. Gilles imite le varan avec tant de conviction que tout le monde est pris de fou rire.

Vendredi 30 janvier 2009

Levé à cinq heures, réveillé instantanément après une nuit réparatrice. Je prends le tramway puis le train à la gare de la Part-Dieu. Je lis mon Claude Simon en Pleiade, m'assoupis un peu mais la réalité se rappelle vite sous la forme de sonneries de téléphones portables. La campagne est givrée, plate, seulement parsemée de silos et de fermes isolées, dénuée de présence humaine. Le paysage change lorsque nous bifurquons, frôlons la banlieue parisienne : Villeneuve-St-Georges, Les Saules... Entrepôts, jardins ouvriers, pavillons, usines et, enfin, des gens. Après Massy, le soleil est à notre gauche, nous repartons vers le sud. Je patiente à St-Pierre-des-Corps avec Gabriel qui a pris le même train sans que nous nous en rendions compte. La correspondance a un retard d'une heure et demie, suite aux grèves de la veille. Nous arrivons en début d'après-midi, passons chez Lucas, puis je me rends dans le centre pour y retrouver David Vandermeulen et Julie J. Nous nous rendons sur le stand. J'assiste avec Daniel Casanave à une participation de David à une émission de France Culture. Je salue David B., que je n'ai pas croisé depuis longtemps. Dans la salle de presse, un jeune homme m'interroge pour une revue. Je suis au départ un peu froid puis, me ravisant, empli de honte pour cette attitude, me laisse aller à parler et me trouve pour le coup bien suffisant. Croisé Ivan Brun, Guillaume Bouzard... Je dîne avec Gilles Rochier et JP, puis la journée se termine dans ce bar dans lequel tout le festival a l'habitude de se retrouver, un peu vide tout d'abord, puis se remplissant au fur et à mesure que la soirée avance. Pierre Druilhe, Olivier Besseron sont là, je salue Jean-Christophe Menu de loin. Je discute de la dictature bien-pensante écologiste avec Fabrice Erre, et puis c'est la fin de la soirée, je rentre avec JP et Gilles.

Mercredi 21 janvier 2009

Le réveil sonne à cinq heures, mais je ne peux me lever qu'à six heures. Je dessine en matinée, puis pars à huit heures. La journée est consacrée à l'histoire du livre, du Moyen-Âge à la Renaissance. Je m'achète une petite agrafeuse en métal au retour, ainsi que quelques bricoles, un Claude Simon posthume tout juste sorti des presses et que je découvre avec surprise : Archipel et Nord. Soirée calme, je fais du rangement, m'endors en avançant En lisant en écrivant de Julien Gracq.

Mardi 20 janvier 2009

Exposé bougon et intéressant de Dominique Varry sur l'histoire des bibliothèques de l'Antiquité à la Révolution. Exposé clair et carré d'Yves Alix sur le droit d'auteur et le droit de prêt. Qu'ils connaissent tous deux leur sujet est le moins que l'on puisse dire.

Samedi 17 janvier 2009

On toque à six heures à la porte de la chambre que nos hôtes nous ont allouée. J'ai mal dormi, sans doute à cause de l'appréhension des efforts qui devront être fournis aujourd'hui, mais aussi sans doute de l'altitude. Le petit déjeuner pris, nous partons plus tard que prévu, récupérons les paires de bâtons et de raquettes dans la voiture. Une station de ski est pour moi terra incognita, je n'en connais pas les règles et suis effaré par cette gestion mercantile et ludique en plein milieu des montagnes, à mille sept-cent mètres d'altitude. Nous décidons de prendre des "œufs" afin de nous éviter une partie peu intéressante de la montée. Nous nous entassons à six dans la petite cabine, l'ambiance est joyeuse. Un peu plus haut, nous entamons la montée, assez raide ; je reprends connaissance avec le maniement des raquettes. En petite forme, je monte lentement avec D. Après une halte à la Tougnète, à environ deux-mille quatre-cent mètres, nous pique-niquons. Il fait beau, la vue est grandiose et dégagée, nous voyons le Mont-Blanc comme s'il était à portée de mains. Je suis frigorifié lorsque nous repartons, la digestion me ralentit et les dénivelés sont très pénibles ; je sens que mon âge et mon mode de vie actuellement sédentaire me coûtent. Le corps est parfois lourd, il est cruel de s'en rappeler. Les choses s'arrangent une fois les pistes de ski derrière nous, envahies par une jeunesse urbaine "cool", socialement et ethniquement homogène. Nous ne sommes environnés sur les crêtes que de silence et d'étendue de neige vierge - des reliefs doux et sensuels -, et c'est une grande joie de voir D. se laisser glisser dans une pente avec un éclat de rire, en oubliant sa semaine difficile. Nous passons par le Pas de Cherferie, le Verdet, le Col de la Lune. L'arrivée au refuge se fait à la tombée du jour.

Mercredi 14 janvier 2009

Levé à cinq heures, travaillé sur la reprise de la planche 53. Il a plu cette nuit, tout est verglacé. Je me retrouve devant le parc qui est portes closes, je dois le contourner. Les piétons prennent les voies de bus tellement les trottoirs sont glissants. J'arrive à l'Ennsib un peu après neuf heures. Après midi, Bertrand Calenge nous fait un énergique exposé sur les publics de la bibliothèque municipale de Lyon, bibliothèque dans laquelle j'ai puisé quasiment toute ma culture enfantine et adolescente, et qui talonne de près les évolutions de la société et celles des pratiques de ses usagers. Je vais chercher le métro à Foch à dix-huit heures, descends à Bellecour. Il y a une manifestation pro-palestinienne sur la place. Je croise Markus, la goutte au nez, qui sort tout juste d'une grippe. Je vais à la Poste, achète du pain, une carte de randonnée, passe au marché du soir place Carnot acheter du fromage. M. passe nous voir en soirée. Je ne vais pas à la table à dessin.

Lundi 12 janvier 2009

Levé un peu après six heures. D. part au travail à huit heures. Ma matinée est libre et c’est une chose inestimable. Je me retrouve à la table à dessin en écoutant la compilation Mortar - remplie de groupes intéressants et méconnus comme Gore, Fall of Because, Nox, Cable Regime... -, retravaille la planche 53 qui ne me convient pas. Elle n’a que deux cases mais je bute sur elle, cela m’a rempli de doutes et de torpeur durant toute la semaine dernière, une semaine de vide et d’improductivité, rythmée par des journées denses de formation et des séances de cinéma et de films en DVD, cette boulimie de fictions étant pour moi un relâchement mais aussi la conséquence d’une crise. Il faut prendre ce début de semaine comme un nouveau départ, l’esprit un peu moins confus. La représentation d’un incunable du XVème siècle dans cette simple planche est source d’interrogations sans fin, fatigantes. Une exigence dénuée de fondement autre que sa propre justification remet tout en cause, paralyse. Lu ce week-end, l’ACME novelty library de Chris Ware paru en 2007 aux éditions Delcourt, emprunté à la bibliothèque municipale, m’a laissé une impression mitigée ; un sentiment de grande admiration mêlé à celui, terrifiant, de vanité, cet ouvrage me renvoyant à ma propre exigence dans la pratique de la bande dessinée. Je prends le métro et le bus après le déjeuner. Le lac du parc est totalement gelé, et manifestement en profondeur à certains endroits. Une fine couche de neige rend la glace visible sur toute son étendue, palpable, elle n'était décelable les jours précédents que par l'immobilité de l'eau glacée. Pierre Mercklé nous introduit à la sociologie, c'est passionnant, et nous aurions pu y passer la journée entière. Il parle du travail de Bernard Lahire - dont j'ai La condition littéraire toujours sous le coude - et de Stéphane Beaud - que j'avais croisé lors d'un salon du livre, nous nous étions retrouvés un matin en rade, égarés, oubliés par les navettes du salon. Il avait acheté un exemplaire du Journal d'un loser. Je décide de rentrer par le parc, très étrange à cette heure-ci - dix-huit heures -, traverse le bon chic bon genre sixième arrondissement, puis prends le métro. Je travaille en soirée en écoutant Leviathan de Mastodon et Honky des Melvins.

Dimanche 4 janvier 2009

D. a une quinte de toux en fin de nuit. Un sac en équilibre tombe dans la chambre. Il est sept heures, je me lève. Nous nous sommes couchés tard hier soir. Je lis le papier de Morvandiau sur la bande dessinée indépendante dans le dernier numéro du Monde diplomatique, parcours la nouvelle traduction française de la Bible parue chez Bayard en 2001, acquise d'occasion hier. François Bon, Jean Echenoz, Marie Ndiaye, Jacques Roubaud, Valère Novarina... y ont participé. Je vais à l'ordinateur avant d'aller faire le marché. Comme je reçois des cartes de vœux, j'en bricole une à partir d'un dessin déjà réalisé et numérisé. Je n'ai pas envie de perdre du temps à cela, et ce dessin correspond à mon sentiment. Elle n'est pas drôle du tout. David m'en envoie une, hilarante, accompagnée d'une bande sonore abominable ― ce sont les possibilités des cartes de vœux électroniques : un lied allemand luthérien massacré par un baryton de variété ressemblant à un playmobil, accompagné d'un orgue appuyé ; c'est Bach qu'on assassine. Je bricole les planches 53 et 54. Je vais me promener sur les quais de Saône l'après-midi. Je remarque chez un bouquiniste le disque vinyl de Rock Bottom de Robert Wyatt. Je vais retirer de l'argent et l'achète. Je rentre par les quais du Rhône aménagés pour devenir la promenade dominicale des lyonnais. Il fait un froid vif et sec, il fait cinq degrés en-dessous de zéro, mais le soleil est là. Il y a un certain regain à se savoir entré dans la partie ascendante de l'année.