Vendredi 4 décembre 2009

Mon réveil n’a pas sonné. Départ en catastrophe de D. Je pars un peu avant neuf heures et rejoins la place de la Nation à pieds, prends la ligne 6 jusqu'aux quais de Seine. Il fait beau et froid. Je pénètre — le verbe pénétrer prend ici un sens littéral — dans le site Tolbiac pour une journée de formation. En attendant l’intervenante coincée dans les transports en commun, je parcours avec effarement le blog initié par Eric Besson sur l’ “identité nationale” ; passent encore les fautes d’orthographe et de syntaxe, mais réflexions basses, chauvines, reptiliennes... Discussion avec S. R. du Département de la musique dans lequel je travaille à propos de la restructuration prochaine de celui-ci, et de la crainte de voir disparaître ses spécificités scientifiques. Réminiscences de l’intervention de Laurence Languin à propos de la musique en bibliothèque, intervention très orientée vers la recherche et qui a soulevé un tollé de la part de la promotion, sous prétexte que cela n’intéresse personne et que « toute la musique se trouve sur Internet ».

Samedi 21 novembre 2009

Réveillé tôt, mais la paresse et les fatigues de la semaine me retiennent au lit jusqu’à sept heures. D. se lève, puis nous nous disons au revoir. Je prends le métro sur le cours de Vincennes, descends à la gare de Lyon, traverse la Seine à pieds, prends le train à la gare d’Austerlitz. Le Corail à quai semble très vite se remplir de voyageurs, je gagne le wagon de tête où je trouve de la place en compartiment. Ce genre de wagon me rappelle les voyages de mon enfance et permet de se coller le nez à la vitre. Le train traverse les fascinantes banlieues proches d’Île-de-France, d’abord, puis les lointaines, avant de s’enfoncer dans les plaines de l’Essonne. Maisons étroites, lotissements, barres d’habitation, hangars en tôle ondulée, campements de gens du voyage... Des jeunes à mobylettes font le tour d’un parking. Je lis Pierre Bergounioux par intermittence, suis à la gare de Blois à onze heures, d’où une navette me mène à la Halle aux grains. Je rejoins le stand où je retrouve J.P. - avec qui je vais boire un café -, Miquel, Gilles Rochier, Juliette, Nicolas Moog... David Vandermeulen est là peu de temps après, toujours un peu insaisissable dans ce genre de circonstances. Nous parlons de son assignation en justice. La journée se passe entre cette attente fatigante que l'on tient derrière les stands, quelques dédicaces - nous vendons plus que je n’espérais -, des retrouvailles, une visite de l’exposition très réussie de David sur son projet Fritz Haber... Je parle de rythme de travail avec Gilles, fais la connaissance de Nicolas Journoud, avec qui d’ailleurs je partage une chambre dans un établissement si glauque, après une soirée entre auteurs alcoolisés qui me lasse très vite et à laquelle je ne suis pas officiellement invité, ce qui m’embarrasse et m’interroge. J’aurais, dans ce milieu, très peu connu de légitimité.

Dimanche 11 octobre 2009

Nous recevons Michel et Bastien en fin de journée, partons au marché de la Place de la Réunion pour acheter des pâtes fraîches et des pastéis de Belém, du fromage et du pain. Le déjeuner se déroule sur la petite table basse du salon. J’accompagne ensuite Michel et Bastien vers Ménilmontant, traverse le cimetière du Père Lachaise, en profite cette fois pour chercher la tombe de Marcel Proust que m’indique d’emblée, gentiment, un anglophone me voyant tourner dans la division où celle-ci devait se trouver. La sépulture est simple et étonnamment bien entretenue. Je suis touché et me surprends à l’être. Pour le coup, mon retour dans cette ville ne me semble pas dénué de sens. Au retour, je dessine en écoutant Vultures Descend de Greymachine et Night Time de Killing Joke en vinyl. Nous passons la soirée dans un petit restaurant du quartier avec Jeanne, de passage ici, Chantal et Bastien.

Lundi 5 octobre 2009

Levé à cinq heures et demie. À l’ordinateur de six à huit heures et demie. Je prends la ligne neuf et suis au bureau à neuf heures, travaille sur les corrections jusqu’à quinze. Je lance l’impression du mémoire sur la photocopieuse du quatrième étage, la seule en réseau qui sache faire des photocopies recto verso. Cela promet d’être long, il y a deux cents pages et cinq exemplaires à tirer. Une erreur se produit à partir d’un certain feuillet ; l’impression recto verso se fait alors tête bêche, ce qui est absurde et illisible. Espérant que cette erreur est due au fichier texte, je décide de recourir à un fichier “pdf”. Mais le convertisseur sur le poste informatique refuse la conversion, refus sans doute du au poids important du document textuel d’origine. Je dois recourir à un convertisseur en ligne. J’en essaie plusieurs et parviens à récupérer un fichier “pdf” imprimable. Je relance l’impression, qui se passe bien, hormis quelques bourrages de l’imprimante, ce qui me vaut de multiples aller-retours entre mon bureau du second étage et l’imprimante du quatrième. J’entasse les paquets de copies encore chaudes, descends la perforelieuse dans mon bureau. Mais c’est que c’est un petit modèle et je suis obligé de perforer cinq feuilles par cinq feuilles. Les spirales disponibles sont grosses, prévues pour le double de pages. Je fais un essai de reliure ; c’est ridicule, les feuillets se retrouvent attachés à une énorme boule de plastique trois fois plus épaisse. Je sors et parcours la rue Richelieu, trouve une imprimerie tenue par des japonais qui peut me vendre cinq spirales. Elles s’avèrent un peu justes. Je fais un essai, mets un quart d’heure à fixer la spirale aux deux cents pages. Cela tient quand même. Je “fabrique” deux autres exemplaires non sans mal. Je remarque des fautes, des erreurs de mise en page, mais je mets les exemplaires dans des grosses enveloppes postales. Il est dix-neuf heures, les bureaux de poste étant fermés je rejoins celle du Louvre, la seule à être ouverte jusqu’à minuit. Les trois exemplaires sont engloutis par la boîte postale à vingt heures. Je rentre et me surprends à ne pas vraiment me sentir débarrassé de ce travail.

Vendredi 16 octobre 2009

Levé à cinq heures et demie, après une mauvaise nuit, le robinet du radiateur de la chambre fuit, et la simple idée de passer toute la saison froide avec ce problème m'angoisse : impossible de changer le robinet sans vider tout le circuit de chauffage. Lorsque D. est levée, je démonte le robinet et serre l'écrou du presse-étoupe à l’aide d’une clef. Tout est grippé et rouillé. Cela n’arrange rien et je sers de nouveau, au risque que le tout parte en morceaux. Cette fois est la bonne, l’eau ne suinte plus, mais la matinée est perdue.

Dimanche 4 octobre 2009

J’attends les corrections de Raphaële Mouren, mais le serveur de l’Enssib semble avoir des problèmes. C’est dimanche, je propose à D. une ballade dans le neuvième arrondissement. Nous tombons sur un vide-grenier boulevard de Clichy et rue des Martyrs. D. trouve des pulls, moi deux disques vinyls de 1957 des suites pour violoncelle de Bach interprétées par Pablo Casals. Le vide-grenier se transforme peu à peu en brocante professionnel. La mode mobilière est au métal et au design d’usine. Une belle table ayant le même pied en lourd métal que ma table à dessin atteint des sommes absurdes, tandis que le moindre tabouret équivaut au quart d'un SMIC. Je reçois les corrections de mon mémoire professionnel en soirée en ouvrant l’ordinateur, soit trois pages de remarques. J’y travaille jusqu’à minuit.

Vendredi 18 septembre 2009

Levé à six heures et demie. Nous sommes rentrés tard hier soir, avons passé la soirée avec Julie, venue à Paris pour le festival “Portfolio”, et Gilles Rochier. Je suis à huit heures passées au bureau, entame ce fichier récapitulant tout le fonds de lettres autographes reçues par Charles Tournemire, qui doit être clos aujourd'hui. À midi, le soleil, à travers les vastes fenêtres de ce grand bureau donnant sur la rue de Richelieu, me réchauffe la nuque. Il est temps de sortir m’acheter un sandwich et d'aller chercher une chaise au jardin du Palais Royal. Je sors à dix-huit heures, trop tard pour aller rejoindre Julie et Gilles au festival. Je les retrouverai demain. Je rentre à la maison.

Vendredi 4 septembre 2009

Levé à cinq heures et demie. Je consulte mon courrier électronique au salon et avance une grande case à la plume. Je prends la ligne neuf et intercepte la six place de la Nation, en lisant mon Proust en Pléiade - la réédition de 1954, datée de 1968, fine et maniable comparée à l’édition éléphantesque de 1987 dirigée par Jean-Yves Tadié. Au belvédère du site François Mitterrand de la BnF pour le deuxième journée d’accueil et de formation. J’en profite à la pause pour jeter un œil périphérique sur la ville du haut de ce point de vue unique. Je discute avec des informaticiens durant le buffet. La directrice générale passe de table en table et a un mot pour tous, ce qui force l’admiration. Je passe en rentrant dans cette petite boutique d’occasions au début de notre rue, y déniche quelques disques vinyls, dont une édition de 1957 de la Concord sonata de Charles Ives dans une interprétation de John Kirkpatrick, pour un prix plus que modique.
Ives ne dissocie pas son activité professionnelle (pour gagner sa vie, il fonde une compagnie d’assurances en 1906), aussi éloignée puisse-t-elle paraître d’une activité strictement musicale, de son travail de composition. Il poursuit ce dernier sans aucun souci de faire carrière ou de se rendre célèbre. Il fait publier à ses frais ses œuvres (qui longtemps firent peur aux éditeurs) et des essais commentant ses œuvres. L’essentiel de sa production est composé entre 1900 et 1918 ; en 1918, il est atteint d’une maladie cardiaque ; en 1930, il prend sa retraite professionnelle et cesse simultanément de composer. […] Pour Ives […], la musique actualise à sa manière la discontinuité de la vie.
Jean-Yves BOSSEUR, in Histoire de la musique occidentale (Sous la direction de Jean & Brigitte Massin)

Mardi 1er septembre 2009

Je rentre du travail par la ligne 9, retrouve D. dont ce jour a été la première journée d’un nouveau travail. Nous sortons dans le quartier à la recherche d'une gazinière à acheter. J’ai repéré l’adresse d’un revendeur. Nous ne le trouvons pas, sans doute a-t-il fermé boutique. Je reconnais, rue de Bagnolet, les restes de la gare ferroviaire dans laquelle j’avais donné un concert dans les années 90, à quinze années de là. L’endroit est devenu tape-à-l’œil, l’âme de ces quartiers disparaît. Nous croisons par hasard Yvan Alagbé qui habite lui aussi dans le vingtième arrondissement. Sa barbe est plus fournie et blanche que jamais. Il nous parle de son désir de partir d’ici, poussé par les prix absurdes de logement qui y sont pratiqués. Nous rentrons à pied par la rue des Pyrénées en musardant par les rues alentour.

Vendredi 31 juillet 2009

Nous avons dormi à l'atelier à Lyon. Je me lève à six heures, sors arpenter le quartier "derrière les voûtes" de Perrache que nous allons quitter. À un rez-de-chaussée d'immeuble, un homme est accoudé à une fenêtre et regarde le jour se lever. Il est un peu fort, et la fenêtre petite, ce qui fait que sa tête, ses épaules et ses avants-bras occupent toute la fenêtre ; voilà ce à quoi nous sommes réduits : vivre dans des boites qui nous contiennent à peine, à regarder une rue vide. L’état des lieux se passe plutôt bien. Ainsi nu, jamais l’appartement ne m’a paru aussi grand.

Mercredi 22 juillet 2009

À huit heures et demie dans la salle Labrouste, pour travailler sur mon "Projet Professionnel Personnel" consacré à la numérisation de la musique notée manuscrite et imprimée, qui avance mieux que je ne l’espérais. Rendez-vous à quinze heures avec Thierry Claerr rue Saint-Honoré. Le quartier est envahi de touristes. Je n’étais jamais entré dans les bâtiments du Ministère de la Culture. Je sue à grosses gouttes pendant tout l'entretien, il fait une chaleur lourde. Je visite en fin de journée l'atelier de Christine, un local commercial en rez-de-chaussée. M’y installer pour travailler serait envisageable, mais visiblement elle songe à s’en débarrasser ou le rénover à court terme, ce qui me dissuade d’y apporter ma lourde table à dessin pour un temps aussi court. Je me retrouve néanmoins à couper un arbuste - visiblement une essence tropicale - qui a grandi de trois étages en trois mois, dans la cour intérieure de l’atelier . Il tombe dans la cour adjacente - avec l’assentiment de ses occupants - et nous y allons pour débiter le cadavre. Si l’on m'avait dit que je ferai le bûcheron ce jour-là... Christine m’invite à nous désaltérer chez elle, puis je repars à pieds jusqu'à Montparnasse, sous un ciel de plus en plus menaçant, orageux. Il tombe des cordes en soirée.

Lundi 1er juillet 2009

Journées studieuses à l'ENSSIB depuis plusieurs semaines, quasiment de huit à dix-neuf heures. Une certaine impatience que cela finisse. Je prends le tramway après dîner, descends à la Guillotière, aide Gabrielle et Rémi à déménager quelques cartons rue Paul Bert. Nous en emplissons la voiture de Rémi. Il fait si chaud que nous sommes rapidement en nage. Les cinq étages nous cassent rapidement les jambes. Je remonte ensuite la rue Paul Bert, quasiment interminable, rend visite à André-François Ruaud dans son quartier derrière la Part-Dieu et sa tour Oxygène en train de s'élever - déjà 27 étages ! je lui livre un disque compact enfermant les données d'une illustration scannée en trois parties, destinée à orner la couverture du prochain numéro de la revue Fiction. Nous parlons un moment, dans son vieil et joli appartement donnant sur une cour calme et retirée, dépourvue de digicode - une curiosité en ces temps de sécurisation et de repli sur soi généralisés -, de mon installation prochaine à Paris, des bouleversements qu'a opéré Internet en dix ans dans les recherches iconographiques, de l'importance capitale de la classification et de l'indexation dans cet immense entrepôt de données. Je m'extasie devant son "Imac" à l'écran de je ne sais combien de pouces. Je rentre en tramway en continuant mollement le second volume du Proust de Painter, rentre tard.

Jeudi 4 juillet 2009

À l'atelier après le déjeuner. Eric est là, D. nous rejoint peu après. Ivan Brun arrive. Nous lui montrons les lieux, profitons de la terrasse en y buvant une bière, puis nous embarquons la lourde table à dessin dans l'Express que nous a prêté Jean-Louis. Pliée, elle y tient debout. Nous y ajoutons un enregistreur quatre-pistes pour cassettes, des éléments de chaîne haute-fidélité, toutes sortes de machines entreposées là et dont je ne me servais plus, mais aussi des rebuts à jeter dans une benne repérée le long d'un quai adjacent. Ivan prend le volant, Eric s'installe à coté de lui, je me colle à l'arrière avec la table à dessin. Nous démarrons. La benne n'est plus là. Nous mettons les déchets dans une grosse poubelle, à la sauvage. Nous arrivons chez Ivan à Villeurbanne, un deux pièces qui lui sert de logement et d'atelier. Nous y montons la table à dessin et les appareils électroniques, suons comme des damnés, puis discutons en buvant de l'antésite. Je regarde les toiles accrochées au mur. Ivan n'a plus le temps de peindre, la bande dessinée et la musique lui prennent tout son temps. Nous parlons de la perte du plaisir à faire de la bande dessinée, média ingrat et répétitif. Nous revenons à l'appartement, mangeons avec D.

Jeudi 16 juillet 2009

Journée écrasante de chaleur. Embourbés dans les cartons de déménagement, nous tentons de nous en extirper un peu tous les jours ; essayer de ne pas faire cela toute la journée.

Lundi 29 juin 2009

J’achète des viennoiseries, le placard à provisions étant vide. Je prends le tramway avec D., qui descend à la Guillotière pendant que je poursuis jusqu’au campus de la Doua. Je travaille toute la matinée sur le site que l’on doit réaliser avec C. V. et C. D. Cette dernière arrive vers onze heures, nous faisons ensemble des corrections. Il fait très chaud. Je croque un croissant et une pomme. Thierry Giappiconi intervient toute l’après-midi. C’est intéressant, politique, et je suis d’accord sur beaucoup de choses. Nous continuons après l’intervention à corriger le site. C. V. est au plus mal ― les graves problèmes de santé de son mari ― et je n’ose pas la laisser seule pour le moment. Je pars vers dix-neuf heures, suis à Perrache vers vingt heures, fais quelques courses, rentre. D. n’a pas très faim, j’essaie de manger convenablement, contrairement à ce midi. Un jeune homme, musicien, sympathique, visite l’appartement en fin de journée. Nous discutons ensuite dans l’escalier avec notre voisin, musicien lui aussi. C’est la grève des transports demain ; Claire, qui doit prendre un train tôt le matin, vient dormir chez nous. D. boit une bière, je l’accompagne. Nous nous couchons trop tard. Il fait très chaud. Je feuillette attentivement, avant de m’endormir, l’ouvrage sur les peintures d’Andrew Wyeth ― Andrew Wyeth : Memory & magic ― ramené fièrement de Milan. Je le recherchai depuis des années.

Dimanche 21 juin 2009

Fin de semaine passée à préparer le déménagement, récupérer des cartons, enlever les meubles que nous n’emmènerons pas. Difcultés à me concentrer sur le Projet, j’y parviens tout de même en n de journée, entre la numérisation d'une grande image pour la couverture de la revue Fiction et une proposition pour le CQFD du mois prochain : une grande partie de la journée passée devant l’ordinateur, donc. Le soir, une amie de D. nous téléphone à propos d’une proposition de sous-location qui jette le trouble dans ce que je prévoyais ; D. est intéressée ― on le serait à moins ― mais je tente de lui expliquer que nous avons désormais un contrat de location sur Paris, qu’il me semble préférable de louer plus petit et plus cher que sous-louer plus grand et moins cher, qu’une sous-location nous mettrait dans une position de faiblesse. L’expérience que j’en avais eu ― un appartement rue Grobon à Lyon ― avait pris n d’une manière malheureuse.

Lundi 8 juin 2009

Levé à quatre heures et demie an de prendre le premier train. Je retrouve la presse du métro parisien et file directement rue de Richelieu. Je termine le compte rendu de la journée du 4 juin dernier, dépose un dossier de location d'appartement à une agence du boulevard Voltaire pendant une pause, vérifie les numérisations des premiers recueils de portraits de musicien présents ou non sur Gallica.

Samedi 6 juin 2009

D. est en voyage d’étude à Angers, Nantes et Rennes, je suis seul à l’appartement lyonnais. Je pars numériser les dernières cases réalisées, reviens dessiner en écoutant les belles cantates BWV 113 et 114, toutes deux dirigées par Gustav Leonhardt ― dont je lis par ailleurs l'hagiographie écrite par Jacques Drillon, Sur Leonhardt. J’enchaîne avec Apostrophe de Zappa et Station to station de Bowie. Tout ceci en vinyl. En soirée, je dessine une case curieuse : un personnage foudroyé est éjecté d'une cariole ; on a l’impression qu'il otte, tout cela est montré d'une manière archaïque. Je ne sais pas si cette case fonctionne, mais elle montre le personnage, réduit à une silhouette, qui « s'en va » littéralement. Tout est très sombre, se devine à peine ― c'est la nuit.

Jeudi 4 juin 2009

Levé à sept heures. Je prends le petit déjeuner avec Bastien, avec qui je partage le studio de Montparnasse. J’emprunte la ligne 4 jusqu’à la station Réaumur-Sébastopol, me rends au Conservatoire National des Arts et Métiers où je dois assister à une journée d’étude sur le droit du domaine public numérisé. Les intervenants se succèdent dans l’amphithéâtre, je prends des notes. Je mange japonais à midi ― il y a un nombre invraisemblable de restaurants japonais dorénavant dans cette ville. L’après-midi reprend le l des interventions. Des responsables de Wikipédia et de Google se jettent dans l’arène, et c’est très intéressant. Pour nir, Yves Alix synthétise brillamment la journée. Il me faut maintenant tuer le temps avant mon rendez-vous de dix-huit heures quinze. Je marche dans le quartier, passe devant les locaux de Charlie Hebdo, traîne tant et si bien qu'à l’heure où je devrais être à mon rendez-vous je suis encore dans la ligne 9, prise à République. Je visite l’appartement rue des Grands Champs dans le vingtième arrondissement, au bout du bout de l’“escargot” parisien, avec un quart d’heure de retard qui passe inaperçu ; sans doute le “quart d’heure parisien”. Je dois dire demain si je postule à cette location. Je rentre en essayant de ne pas me faire d’illusions, me persuadant que nous serons sans doute nombreux à déposer un dossier de candidature, essayant sans vraiment y parvenir de ne pas me projeter dans un avenir dans lequel j’habiterai cet appartement.

Vendredi 29 mai 2009

Levé à six heures. Le petit frigo vibre et m’agace depuis des heures. Je déjeune et téléphone à D. pour la réveiller à six heures et demie. Je dessine un peu et pars un peu après sept heures. Des pompiers secourent un piéton renversé au début de la rue de Rennes. J’achète le journal place Colette. Il fait beau, les trajets matinaux à pied sont agréables. J’arrive en salle Labrouste un peu après huit heures. Je dois continuer mon mémoire sur la numérisation de la notation musicale ― chose à laquelle je ne connais à peu près rien et pour laquelle je lis beaucoup d’ouvrages. Une réunion d’information sur la rénovation du quadrilatère Richelieu nous occupe en n de matinée. Elle est un peu tendue, mais le chantier est de taille et rien ne se fait sans difculté dans cette vénérable maison. Je prends un train à dix heures du soir pour arriver à Lyon à minuit, dans un appartement, dans une ville, même, où je commence à me sentir, désormais, étranger.

Dimanche 24 mai 2009

D’humeur exécrable toute la journée, mais c’est parce que D. doit retourner à Lyon pour la semaine. Je me remémore les trois années que nous avions vécues ainsi séparés. Nous faisons du ménage, allons nous promener au Jardin du Luxembourg, mangeons une glace. Je fais tourner une lessive à la laverie de la rue Falguière puis accompagne D. à la gare de Lyon. Son train est à dix-neuf heures. Le hall est bondé : c’est que la plupart des trains ont un fort retard. Nous nous installons en terrasse en nous plaçant de façon à garder un œil sur le tableau d’afchage. Le train part avec cinquante minutes de retard, mais la situation est menée de manière impressionnante avec le plus de précision possible par les agents. Le train emportant D. part, la situation un peu confuse nous a distrait de cette séparation. Je rentre prélever et mettre à sécher le linge propre, grignote puis dessine un peu. D. me téléphone à son arrivée à Lyon. Le retard s’est accru pendant le trajet.

Jeudi 21 mai 2009

Jour chômé, bonheur de ne pas être assujetti à des horaires. Après midi, j’emmène Michel, qui partage avec moi le studio de Montparnasse pour quelques jours, à une ballade à pieds. Bien sûr, nous n'avons pas l’impression que cette journée est fériée ; presque tous les magasins sont ouverts. Il fait beau et chaud, nous nous traînons jusqu’à République, puis allons écouter un récital de pièces pour orgue d’Olivier Messiaen par Francesco Filidei à l’église Saint-Eustache. Cela dure une demie-heure et c’est magnique. Michel est plus que circonspect ; il m’avoue n’avoir pas été attentif tout le temps ― ce qui me surprend de sa part, grand amateur de “rock progressif” qu’il est. Manifestement, c’est un genre qui éveille la curiosité, mais jusqu’à un certain point ; il s’occupait activement durant l’audition d’une espèce de breuvage, de la glace pilée arrosée d’un jus chimique, acheté auparavant. Je suis piqué lorsqu’il me dit qu’il a trouvé certains passages dissonants. Je lui rétorque que la notion de dissonance est subjective et contextuelle. Nous tombons d’accord sur le fait que ce n’était pas un jugement de valeur de sa part. Nous rentrons dans un métro surchauffé.

Mercredi 13 mai 2009

Semaine consacrée à des visites d’étude dans plusieurs grandes bibliothèques parisiennes, en troupeau de vingt-cinq personnes. En n de journée, dans le quartier de la Bastille, visite intemporelle de la bibliothèque de l'Arsenal, rattachée à la Bibliothèque nationale de France depuis 1934. Les parquets grincent. L’on nous montre un manuscrit, un très bel incunable... chose pratiquement impossible à voir de manière aussi simple sur le site François Mitterrand. Le directeur apparaît en n de visite, comme le Comte Dracula en son manoir. Pince-sans-rire, il nous cone sa vision funèbre, mais sans doute juste, de ce genre de bibliothèque historique amenée à se transformer en décor de cinéma ou en salon pour soirées de dirigeants d'entreprises. Il déplore le désintérêt grandissant de la maison mère pour cet établissement. Les lecteurs y sont de moins en moins nombreux, vieillissants. Sur ces paroles lugubres, un orage qui se tramait éclate enn. Nous partons sous une pluie battante.

Lundi 11 mai 2009

Levé à six heures. À l’atelier pour consulter les derniers messages électroniques et aérer la véranda, laquelle dégage toujours de l’humidité. Je reviens procéder aux derniers préparatifs. D. ne travaille pas aujourd’hui et m’accompagne à la gare. Le train part avant neuf heures, j’aperçois D. sur le quai au dernier moment alors que le train accélère, nous nous cherchions du regard. Je poursuis ma lecture passionnée de La Galaxie Gutenberg de MacLuhan. Il bruine à Paris. Dans une lumière grise, lourdement chargé de mon ordinateur « transportable » de sept kilos et demi, je pose mes affaires au studio de Montparnasse, retrouve le petit restaurant coréen de la rue Falguière à midi. J’emprunte la ligne 13, descends dans le centre de Saint-Denis. Dans le marchand de journaux austère du centre commercial, je trouve un Monde Dossiers et documents consacré à Erri de Luca, écrivain italien à la prose rare et sèche, alpiniste qui fut ouvrier à l’usine et sur les chantiers et se lève à cinq heures du matin pour lire la Bible en hébreux. J’arpente ces rues que je connais, la place avec sa Poste, la laverie de la rue Gabriel Péri dans laquelle j’ai passé tant d’heures à lire en attendant la renaissance de mon linge, la petite épicerie, le kiosque à journaux où j’achetais le journal le matin avant d’aller m’enfourner dans le RER… tire jusqu’au croisement avec l’avenue du Colonel Fabien où j’ai habité pendant trois ans, puis jusqu’à l’université Paris 8. L’après-midi est consacrée à la visite de son exemplaire bibliothèque universitaire. Je passe en n de journée chez les libraires et disquaires du quartier Saint-Michel, trouve un François Bon et un Erri De Luca, justement. Je feuillette l’ouvrage de Guillaume Guerse et David Vandermeulen d’après Michel Verne, sorti tout juste de l’impression. Je fais des courses alimentaires. Spectacle terrible à la sortie du petit supermarché : un groupe se bat, se dispute des denrées sans doute périmées, autour des poubelles du magasin. Je suis à Paris. Je rentre.

Dimanche 10 mai 2009

Sur le chemin du retour vers Lyon, nous passons par Alixan, dans la Drôme. J’emmène Claire et D. voir la maison des « Rabattes », maison de ma grand-mère, vendue peu après son décès, dans laquelle j'ai passé toutes les vacances scolaires de mon enfance. Obligés de passer devant comme des étrangers, sans trop s'arrêter. Elle a gardé toute son âme.

Samedi 9 mai 2009

À Saint-Zacharie, dans le Var, chez Jeanne. Nous parlons avec D., Jeanne et Claire de la lecture des romans. Je dis – et cela surprend Jeanne – que je ne possède aucune imagination visuelle, qu’un personnage ne peut être qu’une voix si on le veut, et que la description trop précise d’un caractère peut devenir gênante. Mais aussi que celle-ci peut susciter différentes évocations selon le vécu, la culture du lecteur, qu’un mot peut détenir des signications contradictoires… Claire dit qu’elle a besoin de descriptions précises pour évoquer un personnage, que le ou la gêne. Elle ajoute qu’elle apprécie les adaptations cinématographiques car cela lui permet d’ancrer un physique sur un caractère. Cette fois c’est moi qui suis étonné, pour le coup.

Samedi 2 mai 2009

Levé à sept heures, il fait frais et beau. Je vais à l'ordinateur rédiger des courriers, travailler sur des planches numérisées et aérer la véranda. Je reviens régler des courriers administratifs, vais à la gare et à la Poste, achète une quiche, un éclair au chocolat et du pain pour le repas de midi de D. J'entame ensuite une case mais la matinée s'est déjà envolée. Je pars à midi pour la place Bellecour où je retrouve Pierre Druilhe et son accent tonitruant, que j'amène tous deux à la librairie place Antonin Poncet. Nous mangeons avec Jean-Louis et Nicolas en terrasse dans une rue des Marronniers bondée de monde et inondée de soleil. Nous mangeons - et buvons - lyonnais, en faisant découvrir cela à Pierre. Nous passons l'après-midi à la librairie, dont la clientèle est parsemée ; aujourd'hui est le lendemain d'un jour férié, et Lyon est coutumière de ces "ponts" pendant lesquels la moitié de la ville s'absente. Nous dédicaçons néanmoins quelques ouvrages. Pierre me dédicace son Welcome to America. Nous parlons de nos parcours, du fait que l'on se connait depuis une vingtaine d'années à se rencontrer en pointillé dans les festivals. Nous faisons les imbéciles, jouons aux vétérans de l'édition indépendante. Chacun repart de son coté en fin de journée. Le téléphone sonne lorsque j'arrive à l'appartement, c'est Pierre qui se retrouve seul pour la soirée, il n'a pas pu retrouver les personnes du journal La Décroissance pour qui il travaille et qui l'hébergent durant ce séjour à Lyon. Nous lui proposons avec D. de le retrouver place Carnot, l'emmenons dans notre "cantine" japonaise. Pierre, comme à son habitude, n'est pas enclin à la mélancolie, et le repas se passe joyeusement. Nous sommes les derniers à partir du restaurant, nous trouvons le petit bar de la rue Condé et sa patronne toujours aussi gentille. Tout le monde - exclusivement masculin - y est saoul, mais l'ambiance est "bon enfant". Nous rentrons tard.

Lundi 27 avril 2009

Passé toute l'après-midi d'hier à aspirer l'eau de la véranda, laquelle s'emplissait en continu à cause de la pluie abondante, toute la journée d'aujourd'hui à assécher et à inspecter les colonnes et les tuyaux lors des divers passages de divers plombiers et d'entreprises : J'appelle la régie et une société d'étanchéité en matinée. La colonne fuit toujours en continu, c'est comme un robinet qui se déverserait dans la véranda. Quelqu'un frappe à la porte vers dix heures et demie, je le rejoins dans les garages du sous-sol. Nous bloquons le portail automatique et il arrive avec un camion surbaissé pour accéder dans les tunnels et les sous-sols. Le voisin du dessus est là. Nous l'aidons à démêler la rallonge électrique de sa scie circulaire, j'ouvre notre garage pour la brancher. Le président du syndic des co-propriétaires passe sur son vélo de sport ; autant il était inaccessible hier soir, autant il est intéressé par notre affaire ce matin, semble avoir tout compris et avoir raison sur tout. Il part. Des trappes sont découpées dans le tuyau d'évacuation, de la pression y est envoyée. Apparemment, la colonne est totalement bouchée. Les sous-sols sont vite saturés par les gaz d'échappement du camion. Celui-ci repart, un plombier doit prendre la relève. Il arrive peu après, commence à déboucher la colonne. Il part manger, j'en profite pour faire de même, rapidement. Un courrier électronique est venu dans la matinée m'informer que le cours de l'après-midi est annulé, ce qui me laisse toute la journée pour m'occuper de cette affaire. Je retrouve le plombier vers treize heures, lui dis que la colonne, manifestement, est toujours bouchée, vu que dans la véranda l'eau s'en écoule toujours. Nous convenons que le bouchon remonte la colonne et est bien plus importante que nous le pensions. Il continue de la déboucher à l'aide de la pression envoyée par son camion. De l'eau sale s'en échappe enfin. Il retire du tuyau des morceaux de ce qu'il semble être du ciment ; soit celui-ci y était depuis la construction de l'immeuble, soit s'est amalgamé à la suite de travaux... Nous montons dans la véranda, arrachons le coffrage ceignant la colonne, découvrons d'où l'eau débordait. C'est qu'il va falloir remplacer toute la plomberie. Un rendez-vous sera pris pour cela.

Lundi 20 avril 2009

Je rentre à dix-huit heures et demie. Le téléphone sonne, D. m'appelle de l'atelier et me demande de venir l'y retrouver. Là-bas, elle me montre une large tache d'humidité dans une des vérandas. Une inltration d'eau sourd d'on ne sait où. Un bruit de suction se manifestant lorsque l'on arpente le parquet nous fait dire que celui-ci est gorgé d'eau. Nous faisons sauter quelques plinthes an de désengager quelques lames du parquet ; nous constatons en effet que l'eau a largement imprégné la dalle de béton qui se trouve en dessous. Le voisin du dessus n'est évidemment pas là.

Samedi 18 avril 2009

Seconde visite à l'exposition Quintet au Musée d'art contemporain. Je ne m'arrête cette fois que sur la salle présentant les planches de Chris Ware. Elles sont nombreuses - il y en a pas moins de 70 - et imposantes. Leur complexité est remarquable. Le travail de Chris Ware est paradoxal : son œuvre en bande dessinée est un retour constant à son enfance, alors que dans un même temps ses planches sont exposées dans les musées d'art contemporain et par leur complexité et leur propos s'affranchissent de ce rapport constant de ce médium au divertissement enfantin. Une planche n'est pas faite pour être exposée, mais une exposition de planches de bande dessinée est toujours intéressante, ne serait-ce que par le fait qu'on y voit les repentirs, les défauts, le grain du papier et l'aspect manuel que l'on ne voit plus dans un volume imprimé et tellement anachronique à une époque où tout est numérique. J'en profite pour visiter l'exposition des toiles de Marlène Moquet, que je n'avais pas encore vue. Je termine une case en rentrant.

Jeudi 16 avril 2009

Levé à six heures. Je commence une case en écoutant la première partie d'Absence de Dälek en vinyl. De neuf heures à dix-sept heures et demie à l'ENSSIB. D. rentre à dix-neuf heures, nous ressortons. Je suis fier de marcher à ses cotés, je la contemple à la dérobée, nous sortons si peu souvent. Sergio Aquindo expose et dédicace La Mére machine à la librairie Expérience. Nous parlons de la genèse difficile de nos travaux respectifs, de notre rapport distant à la bande dessinée ― lui plus que moi encore ―, de ses difficultés grandissantes à placer ses dessins au Monde, de notre organisation de travail ― il loue une chambre chez l'habitant en guise d'atelier. Nous trinquons à Albrecht Dürer. D. lui parle de son appréhension à venir s'installer à Paris, il tente de la rassurer. Il se met à pleuvoir dehors. Jean-louis et Nicolas sont déçus du peu de monde présent. Latino Imparato est là, nous parlons un peu. J'achète quelques ouvrages. Je finis la soirée avec D. dans une crêperie d'une rue voisine.

Mercredi 15 avril 2009

Levé à cinq heures. Il fait encore nuit, mais l'année avance et la levée du jour se fait attendre de moins en moins. Je range la pièce de travail ; abondance de livres éparpillés que je tente de replacer en rayons, mais ceux-ci débordent déjà. Je termine ensuite une case en écoutant la deuxième partie d'Abandoned language de Dälek en vinyl. Je rentre le soir lessivé, plus bon à rien, abruti par une série de cours très denses.

Mardi 14 avril 2009

Intervention brillante de Jean-Yves de Lépinay, du Forum des images, sur les documents audio-visuels en bibliothèque.

Samedi 11 mars 2009

À Aiguebelette depuis hier soir. Levé le premier, à sept heures. J'ouvre les volets de la salle à manger, bois un café en entamant La Bibliothèque Nationale des origines à 1800 de Simone Balayé. Des bans de brume s'effilochent et promettent une belle journée. Les enfants emplissent peu à peu la maison de rires et d'agitation. Je fais mon tour en frôlant la voie ferrée et le cimetière. Une nouvelle maison se construit, une partie de la route a été fraîchement goudronnée, un grand nombre d'arbres à été coupé. Ce sont les changements notables, les traces de l'inlassable activité humaine pour rendre son environnement viable, de sa prise sur la nature. Je suis enrhumé, encagé dans un cocon d'ouate ; je fais une sieste jusqu'à seize heures après manger.

Vendredi 3 avril 2009

Rendez-vous avec Raphaële Mouren au sujet du mémoire que je devrais rendre dans quelques mois à la fin de la formation. Nous buvons un café en terrasse. Il fait chaud mais je suis trop habillé, comme si je n'arrivais pas à sortir de la saison froide. Je rejoins les quais de Saône et prends le bus pour me rendre à la bibliothèque du Conservatoire déposer une copie de mon rapport. Je rentre avec un cartable bourré à craquer de documents empruntés. Je regarde en soirée, avec Michel, un lm populaire à propos d'un directeur d'un bureau de poste muté dans le Nord de la France. Nous sommes effarés ; l'écriture est calamiteuse, les acteurs ont l'air d'avoir du mal à croire en ce qu'ils jouent.

Jeudi 2 avril 2009

Levé à cinq heures et demie, difcilement, le passage à l'heure d'été ayant anéanti le rythme tenu jusque là. Je termine et numérise une case assez faible, mais il faut que cela avance. Je vais à pied à la bibliothèque Denis Diderot pour un stage sur la politique documentaire. Je rentre manger. Sur la place des Terreaux à quatorze heures. Le cortège démarre. Je porte la banderole à mi-parcours. Il y a peu de monde, l'ambiance est festive, tout le monde a "l'air content d'être en colère"1, ce qui m'embarrasse. Nous sommes six à aller ensuite boire une bière. Je découvre un peu plus les personnes avec qui je passe cette année.

1TRAN L., Sida mental, Angoulême : Ego comme X, 2006, p.54

Vendredi 27 mars 2009

Je me lève avant que le réveil ne sonne. Cela devient une habitude. Je suis à cinq heures et demie à sept heures à l'ordinateur. À huit heures à l'Enssib, jusqu'à quatorze heures. Je tente de terminer mon rapport après un cours sur le langage HTML - que je connais un peu, mais cela me rafraichit la mémoire -, je me bagarre avec les notes de bas de page, les index... Je mange tardivement. D. arrive vers dix-sept heures, animée ; elle est à la recherche d'un poste sur Paris. Je m'amuse de son énergie, l'énerve un peu plus. Nous partons ensemble. Elle quitte le métro à Hôtel-de-ville, pendant que je continue jusqu'au Musée d'Art Contemporain, par métro et bus, entendre la conférence de Christian Rosset dont j'avais beaucoup apprécié l'ouvrage Avis d'orage en fin de journée, un recueil d'articles sur la bande dessinée. Son intervention est intéressante, "au fil de l'eau". Il parle de la "déclosion" - le mot vient de Jean-luc Nancy, je crois - de la bande dessinée, de son éclatement hors de ses frontières étroites. Nous sommes peu nombreux dans la salle, la bande dessinée de recherche n'intéresse personne. Il parle aussi de la dépression des dessinateurs, de leur rapport au corps - ou plutôt de leur non-rapport. Je rentre avec le 4. Ces bus aux couleurs vives de jouets géants et aux grandes baies vitrées sont très bien pour regarder défiler la ville de nuit.

Mardi 24 mars 2009

Je suis réveillé un peu après quatre heures, me lève avant que le réveil ne sonne. À six heures devant l'ordinateur, je pars vers sept heures et quart prendre le tramway et suis à l'Enssib à huit, ce qui me laisse une heure de travail personnel. La matinée et l'après-midi sont consacrées à la politique documentaire. Je passe à la bibliothèque pendant la pause méridienne après avoir liquidé un semblant de repas. Je rentre vers dix-neuf heures. Les parents de D. sont là, nous les amenons à notre "cantine". Nous rentrons tôt. Cela fait une semaine que je n'ai pas dessiné.

Vendredi 13 mars 2009

Après avoir retrouvé D. en fin de journée au cloître du Palais Saint-Pierre et l'avoir laissée à son funiculaire, j'entre dans une boutique de disques vinyls repérées ce matin sur mon trajet dans le Vieux Lyon. L'homme qui me salue me dit qu'elle vient tout juste d'ouvrir. Sont classés contre les murs des milliers de disques de musique baroque, classique, contemporaine... Je pêche deux coffrets de l'intégrale des cantates de Bach exécutées par Gustav Leonhardt et Nikolaus Harnoncourt, entreprise titanesque d'enregistrement sonore qui a duré dix-neuf ans, de 1971 à 1989, et prend la place de quarante-sept coffrets de deux disques - l'équivalent de soixante disques compacts. Les cantates ne sont qu'une partie de l'œuvre de Bach. Seulement deux-cents ont été retrouvées, sur environ trois-cents cantates composées. À raison d'une cantate par semaine, il faudrait quatre années pour toutes les écouter. Les versions Leonhardt / Harnoncourt me tiennent beaucoup à cœur - avec celles de Philippe Herreweghe -, elles sont rudes, sans apprêt, en particulier celle de Gustav Leonhardt, d'une mélancolie et d'une sobriété luthériennes.

Mercredi 11 mars 2009

Je parcours pendant la pause méridienne la bibliothèque du neuvième arrondissement que je ne connaissais pas jusqu'alors en ses nouveaux locaux. Je la connaissais en revanche très bien dans ses anciens murs, à savoir accoudée à la mairie ; j'y ai forgé une grande partie de ma culture. Je feuillette Tumulte de François Bon, et un livre sur la musique extrême ; on y parle de Godflesh, Carcass, Napalm Death... c'est mal traduit, bourré de fautes de français, mal relié. Mais, pas très loin de la posture d'un "fan" transi, je suis prêt à accepter un tel désastre bibliographique lorsqu'il touche un sujet qui m'intéresse. Je marche dans le quartier en prenant en photographie des ruelles dévastées et des portes fermées ; curieux passe-temps.

Lundi 9 mars 2009

Levé à cinq heures. Je vais relever mes méls à l'ordinateur. Il y a un envoi de fichier de la part de David, une proposition de séance de dédicace et d'exposition éventuelle, une demande d'ouvrage... Je reviens, retrouve la table à dessin en écoutant le vinyl de Third de Portishead. Je pars au Conservatoire à pied, profitant du temps relativement clément, et entame la troisième semaine en qualité de stagiaire, une position très inconfortable, que je ne goûte guère. Rapports et mémoires avancent néanmoins, phrase après phrase, mais je me rends compte du travail qu'il reste à produire ; j'essaie de les rédiger avec le plus d'exigence possible, mais cela ne va pas de soi, je ne suis pas coutumier des écrits universitaires. Je mange un taboulé périmé pris ce matin dans le frigo, me promène dans le quartier pendant la pause de midi, quartier que je connais bien ; je passe devant ce qui fut la salle de répétition du groupe dans lequel je jouais il y aune dizaine d'années. Pas très loin, sur le quai Pierre Scize, se tenait une vaste usine squattée, formée de deux bâtiments reliés par une passerelle aérienne, dans laquelle j'ai eu un atelier. Je passe l'aspirateur et la serpillière en rentrant. Je dessine en attendant que cela sèche.

Dimanche 8 mars 2009

Tout le monde se lève en même temps et nous prenons le petit déjeuner en famille. C'est le bazar, nous sommes nombreux. Je m'évertue à concocter un café à l'aide de la cafetière électrique et un filtre en papier mouchoir. Je pars avec J.J., M. et J.L. Nous chaussons les raquettes une fois sortis de la route goudronnée et entamons le GR 9. Nous ne manquons pas de faire la bêtise de prendre un raccourci et nous retrouvons dans les bois à la pente assez raide. Je culpabilise, J.J. a du mal à nous suivre. Nous parvenons tout de même à rejoindre le GR et nous arrêtons au Truchet. Là, en surplomb de la vallée, nous sortons des sacs de quoi manger. J'ai apporté de la tête persillée, que je décris en détail à M. - joue, langue... - et, bien sûr, il n'en prend pas. La descente est agréable, la neige est poudreuse et amortit nos pas. L'après-midi, nous fuyons avec D. l'appartement de location trop bondé et nous faisons amener à la gare. En attendant le train au café de la gare, Bellegarde me semble une ville typiquement provinciale, triste à en pleurer le dimanche. J'entame Pays de malheur ! de Stéphane Beaud et Younes Amrani durant le trajet. En rentrant, j'aperçois d'un œil la planche en cours sur la table à dessin. Les dernières cases ont été dessinées avec facilité, ce qui m'étonne. Il est très dur de porter un regard dénué d'affects sur celles-ci ; je les trouve étranges, un peu fades, mal étudiées. Avec un regard oblique, j'arrive parfois à leur trouver un intérêt dans leur aspect rude, ou une composition étrange pleine de signification, mais le regard se noie généralement à force de revenir sur les choses. David me téléphone en soirée.

Dimanche 1er mars 2009

Je me réveille assez tôt, mais je ne peux pas me lever avant huit heures passées. D. est déjà debout. J'officie une petite heure à l'ordinateur, puis nous allons au marché de la Place Carnot. Jour gris, après de belles journées. Mais il est vrai que nous ne sommes qu'au mois de mars. J'y croise N. qui travaille là. Nous nous connaissons « de loin » comme elle le dit elle-même, « de l'époque de la rue du Chariot d'Or ». Je vais à l'ordinateur en début d'après-midi et tombe, en rangeant des papiers, sur la maquette de Pique-nique au bord du néant, un récit réalisé en 1995 - il y a de cela quatorze ans ! - sur un texte de Lionel Tran, et que nous avions édité à nos frais en 1997. Peu de lecteurs ont dû le lire. Je décide de scanner les copies réduites qui m'avaient servi à l'époque pour la réalisation de la maquette sur papier - ce n'était pas encore l'époque pour moi de faire cela sur ordinateur. Je m'attelle ensuite à la table à dessin, met en place la grande case initiale de la planche 57. Nous invitons Eric T. à dîner.

Vendredi 27 février 2009

Levé en catastrophe à six heures moins le quart. Rien de bien constructif ne sera fait ce matin. Je pars à pied - juste l'envie de profiter du soleil levant -, prends la rue de la Quarantaine, traverse Saint-Georges, Saint-Jean, Saint-Paul, longe les quais de Saône jusqu'au quartier de Vaise. Toute la journée à la médiathèque du Conservatoire, j'avance mes rapports en matinée. À la pause de midi, je gravis les jardins en pente derrière l'école avec mon gobelet de café. On y a une belle vue sur Lyon, il fait beau, nous voilà entrés dans le versant ascendant de la roue naturelle, tout ce qui dormait se réveille peu à peu. Toute l'après-midi se passe à connaître les détails d'une mise en ligne d'une bibliothèque numérique. Je suis ravi ; nous travaillons sur des partitions de Bach numérisées. Je saute dans un bus à dix-sept heures, à peine arrivé à l'appartement je ressors accompagner D. à son cours. Le métro est bondé. Je laisse D. à son funiculaire. Sur le retour, je trouve trois disques vinyles - Bauhaus, Gainsbourg, Zappa - en occasion et passe ensuite à la Grande Pharmacie. Je me mets à l'ordinateur, imprime un document pour le Projet. J'ai la visite de mon frère et d'Eric T. en soirée. D. rentre vers neuf heures et demie.

Mardi 24 février 2009

Levé à cinq heures. Après le petit déjeuner, j’aperçois un rai de lumière sous la porte de la chambre en passant dans le couloir. Ma D., réveillée à cinq heures et demie, écrit, alitée, un rêve qui l’a remuée, sur un bout de papier. Nous parlons un moment, je file à l’ordinateur, revient pour dessiner. Je prends le bus, arrive à la médiathèque en même temps que la responsable de celle-ci ; nous parlons de l’aisance sociale des étudiants de ce genre d’école. Je continue mon tour des services, puis entame les divers rapports qu’il me faut rédiger. Ce bâtiment, en partie un ancien couvent adossé à la colline de Fourvière, est un havre de paix ; j’entends à travers les murs, après déjeuner, une répétition de la cantate Christ lag in Todes Banden de Bach. Je suis surpris par le fonds de cette bibliothèque, mais aussi par la sur-qualification du personnel ; peu de cadres A, ici. Il faut que je passe au retour à la bibliothèque de l’ENSSIB, mais c’est l’heure pénible, il y a beaucoup de monde dans les transports, à la manière lyonnaise : molle. J’essaie de travailler en soirée. J’y arrive, mais non sans peine.

Lundi 23 février 2009

Levé à cinq heures, je tente de reprendre le rythme. Je pars à l'atelier numériser deux cases de la planche 56, puis reviens travailler sur celle-ci. Mais le temps m'est compté, je prends à Perrache un bus qui longe les quais de Saône et m'amène au Conservatoire National Supérieur. L'équipe de la médiathèque est exclusivement féminine. L'on me présente la chose, puis je potasse des rapports. En soirée, j'appelle Sébastien de CQFD qui a cherché à ma joindre. Vision après dîner de l'Heure d'été d'Olivier Assayas, un réalisateur atypique dont les films m'intéressent souvent. Cette évocation de maison familiale et de succession me remémore la maison drômoise d'Alixan, sorte de paradis perdu de mon enfance.

Mardi 17 février 2009

Par hasard, en lisant l’article intitulé “The Silence of the Page : Une trop bruyante solitude, the French adaptation of Bohumil Hrabal’s Too Loud a Solitude” de Martha Kuhlman dans le second numéro de la revue European comic art paru fin 2008, à propos de la traduction tchèque de l’adaptation d’Une trop bruyante solitude, j’apprends que j’ai reçu le 1er prix du lettrage lors du comiCZcon 2006 à Prague… Nul ne m'en a parlé, ne m'a averti, je ne sais pas qui a retiré le prix (l'éditeur tchèque, sans doute ?), je retire de cette découverte une certaine amertume contradictoire ; tout cela n'est pas important, mais en même c'est d'une extrême importance. Ce travail de lettrage a été réalisé sur plusieurs mois durant l'été 2004, cela avait été compliqué ; non seulement il y avait de grandes différences de densité entre le texte français et le texte tchèque, mais il s'agissait en outre d'une langue qui m'était totalement étrangère, ce qui conférait à ce lettrage une part abstraite, même si j'avais l'impression ténue sur la fin de comprendre cette langue sertie de nombreuses accentuations. Je travaille l'après-midi sur les deux premières cases de la planche 56, visionne en soirée avec D. quatre documentaires en DVD dont je vais peut-être réaliser les jaquettes. Ils sont intéressants, sans beaucoup de voix off, et traitent tous quatre de la justice.

lundi 16 février 2009

Jour de vacance, un peu perdu sans les contraintes qui font mes journées. Je dessine un peu en matinée. Je vais visiter avec D. l'exposition de Pierre Bettencourt à la librairie le Bal des ardents. Je discute un peu avec Francis. Je prends le dernier livre de Pierre Bergounioux, Une chambre en Hollande. Je suis très peu au courant des sorties, aussi c'est toujours avec surprise que je découvre les nouveaux ouvrages des quelques auteurs dont je suis les travaux.

Lundi 9 février 2009

Le soir, je bataille sur la dernière case de la planche 54, entamée ce matin, en écoutant Kitsland de Council Estate Electronics. Cela avance, mais plus cela avance, moins cela va ; Quelque chose cloche, je décide de la recommencer. Je prends un bout de papier, y trace les contours de la case, commence sur une nouvelle composition de l'image au crayon, mais je ne le sens pas et c'est encore pire. Alors je reprends la case originelle - comme s'il m'avait fallu m'en éloigner pour la retrouver - et change des choses directement à la plume : un visage devient un arbre, je tranche dans le vif, j'enfouis des éléments sous des aplats noirs. Je me dis que la case est finie - en tout cas pour aujourd'hui - et je me couche avec mon Marcel Proust de Georges D. Painter, espérant avoir demain matin un regard neuf là-dessus.

Vendredi 6 février 2009

Toujours en arrêt suite à l'intoxication de mardi. Une journée dans l'Arche, pendant que le déluge s'abat sur l'extérieur. D. lit, je tourne en rond puis dessine. Je m'extirpe de l'Arche pour aller visionner Joy Division dans le cinéma du quartier. Au retour, je finis une case panoramique, en entame deux suivantes en écoutant Closer en vinyle.

Jeudi 5 février 2009

Je prends le métro en fin d'après-midi, longe les quais de Saône à pied, suis à l'école des Beaux-Arts à dix-sept heures. Une centaine d'étudiants emplissent l'amphithéâtre écouter la conférence de Fabrice Neaud. Elle est intéressante, cabotine, ce qui met les étudiants à l'aise. Il ne manque pas de parler politique à propos de son travail, ce qui le démarque de la plupart des auteurs. Nous allons boire avec Fabrice, Sébastien B. - l'instigateur de la rencontre - et un de ses collègues. Fabrice me parle de sa façon de travailler, aux antipodes de la mienne ; je lui dis que que je dois m'attacher à la table de travail, alors qu'il fuit les tables à dessin et travaille en ce moment dans un salon de thé dans lequel il a ses habitudes.

Samedi 31 janvier 2009

Levé à neuf heures, rompu. Je fausse compagnie à tout le monde pour me rendre à mon Bar du Marché. J'achète le nouveau numéro de Lapin, passe ensuite beaucoup de temps sur le stand, dédicace un peu. Sergio Aquindo passe me voir, sympathique et enthousiaste, cela me fait plaisir, nous ne nous connaissions qu'à travers la voie électronique. Je cherche quelques ouvrages pour des cadeaux à faire, mais il y a tant de monde et il fait une chaleur telle que je me sens mal. Je dois m'asseoir, couvert d'une sueur glacée. J'exécute deux dédicaces dans cet état puis sors m'acheter quelque chose à manger, me rétablis peu à peu, mais me sens un peu ailleurs. Je me rends compte de la fatigue accumulée ces dernières semaines, de cet appel du corps en forme d'avertissement. Il y a un apéritif sur le stand, les amis s'agglutinent, puis c'est la fermeture des chapiteaux. Je vais boire un verre avec David, Daniel et deux auteurs que je ne connais pas. Je me retrouve au restaurant à minuit. Le repas est très bon. Gilles imite le varan avec tant de conviction que tout le monde est pris de fou rire.

Vendredi 30 janvier 2009

Levé à cinq heures, réveillé instantanément après une nuit réparatrice. Je prends le tramway puis le train à la gare de la Part-Dieu. Je lis mon Claude Simon en Pleiade, m'assoupis un peu mais la réalité se rappelle vite sous la forme de sonneries de téléphones portables. La campagne est givrée, plate, seulement parsemée de silos et de fermes isolées, dénuée de présence humaine. Le paysage change lorsque nous bifurquons, frôlons la banlieue parisienne : Villeneuve-St-Georges, Les Saules... Entrepôts, jardins ouvriers, pavillons, usines et, enfin, des gens. Après Massy, le soleil est à notre gauche, nous repartons vers le sud. Je patiente à St-Pierre-des-Corps avec Gabriel qui a pris le même train sans que nous nous en rendions compte. La correspondance a un retard d'une heure et demie, suite aux grèves de la veille. Nous arrivons en début d'après-midi, passons chez Lucas, puis je me rends dans le centre pour y retrouver David Vandermeulen et Julie J. Nous nous rendons sur le stand. J'assiste avec Daniel Casanave à une participation de David à une émission de France Culture. Je salue David B., que je n'ai pas croisé depuis longtemps. Dans la salle de presse, un jeune homme m'interroge pour une revue. Je suis au départ un peu froid puis, me ravisant, empli de honte pour cette attitude, me laisse aller à parler et me trouve pour le coup bien suffisant. Croisé Ivan Brun, Guillaume Bouzard... Je dîne avec Gilles Rochier et JP, puis la journée se termine dans ce bar dans lequel tout le festival a l'habitude de se retrouver, un peu vide tout d'abord, puis se remplissant au fur et à mesure que la soirée avance. Pierre Druilhe, Olivier Besseron sont là, je salue Jean-Christophe Menu de loin. Je discute de la dictature bien-pensante écologiste avec Fabrice Erre, et puis c'est la fin de la soirée, je rentre avec JP et Gilles.

Mercredi 21 janvier 2009

Le réveil sonne à cinq heures, mais je ne peux me lever qu'à six heures. Je dessine en matinée, puis pars à huit heures. La journée est consacrée à l'histoire du livre, du Moyen-Âge à la Renaissance. Je m'achète une petite agrafeuse en métal au retour, ainsi que quelques bricoles, un Claude Simon posthume tout juste sorti des presses et que je découvre avec surprise : Archipel et Nord. Soirée calme, je fais du rangement, m'endors en avançant En lisant en écrivant de Julien Gracq.

Mardi 20 janvier 2009

Exposé bougon et intéressant de Dominique Varry sur l'histoire des bibliothèques de l'Antiquité à la Révolution. Exposé clair et carré d'Yves Alix sur le droit d'auteur et le droit de prêt. Qu'ils connaissent tous deux leur sujet est le moins que l'on puisse dire.

Samedi 17 janvier 2009

On toque à six heures à la porte de la chambre que nos hôtes nous ont allouée. J'ai mal dormi, sans doute à cause de l'appréhension des efforts qui devront être fournis aujourd'hui, mais aussi sans doute de l'altitude. Le petit déjeuner pris, nous partons plus tard que prévu, récupérons les paires de bâtons et de raquettes dans la voiture. Une station de ski est pour moi terra incognita, je n'en connais pas les règles et suis effaré par cette gestion mercantile et ludique en plein milieu des montagnes, à mille sept-cent mètres d'altitude. Nous décidons de prendre des "œufs" afin de nous éviter une partie peu intéressante de la montée. Nous nous entassons à six dans la petite cabine, l'ambiance est joyeuse. Un peu plus haut, nous entamons la montée, assez raide ; je reprends connaissance avec le maniement des raquettes. En petite forme, je monte lentement avec D. Après une halte à la Tougnète, à environ deux-mille quatre-cent mètres, nous pique-niquons. Il fait beau, la vue est grandiose et dégagée, nous voyons le Mont-Blanc comme s'il était à portée de mains. Je suis frigorifié lorsque nous repartons, la digestion me ralentit et les dénivelés sont très pénibles ; je sens que mon âge et mon mode de vie actuellement sédentaire me coûtent. Le corps est parfois lourd, il est cruel de s'en rappeler. Les choses s'arrangent une fois les pistes de ski derrière nous, envahies par une jeunesse urbaine "cool", socialement et ethniquement homogène. Nous ne sommes environnés sur les crêtes que de silence et d'étendue de neige vierge - des reliefs doux et sensuels -, et c'est une grande joie de voir D. se laisser glisser dans une pente avec un éclat de rire, en oubliant sa semaine difficile. Nous passons par le Pas de Cherferie, le Verdet, le Col de la Lune. L'arrivée au refuge se fait à la tombée du jour.

Mercredi 14 janvier 2009

Levé à cinq heures, travaillé sur la reprise de la planche 53. Il a plu cette nuit, tout est verglacé. Je me retrouve devant le parc qui est portes closes, je dois le contourner. Les piétons prennent les voies de bus tellement les trottoirs sont glissants. J'arrive à l'Ennsib un peu après neuf heures. Après midi, Bertrand Calenge nous fait un énergique exposé sur les publics de la bibliothèque municipale de Lyon, bibliothèque dans laquelle j'ai puisé quasiment toute ma culture enfantine et adolescente, et qui talonne de près les évolutions de la société et celles des pratiques de ses usagers. Je vais chercher le métro à Foch à dix-huit heures, descends à Bellecour. Il y a une manifestation pro-palestinienne sur la place. Je croise Markus, la goutte au nez, qui sort tout juste d'une grippe. Je vais à la Poste, achète du pain, une carte de randonnée, passe au marché du soir place Carnot acheter du fromage. M. passe nous voir en soirée. Je ne vais pas à la table à dessin.

Lundi 12 janvier 2009

Levé un peu après six heures. D. part au travail à huit heures. Ma matinée est libre et c’est une chose inestimable. Je me retrouve à la table à dessin en écoutant la compilation Mortar - remplie de groupes intéressants et méconnus comme Gore, Fall of Because, Nox, Cable Regime... -, retravaille la planche 53 qui ne me convient pas. Elle n’a que deux cases mais je bute sur elle, cela m’a rempli de doutes et de torpeur durant toute la semaine dernière, une semaine de vide et d’improductivité, rythmée par des journées denses de formation et des séances de cinéma et de films en DVD, cette boulimie de fictions étant pour moi un relâchement mais aussi la conséquence d’une crise. Il faut prendre ce début de semaine comme un nouveau départ, l’esprit un peu moins confus. La représentation d’un incunable du XVème siècle dans cette simple planche est source d’interrogations sans fin, fatigantes. Une exigence dénuée de fondement autre que sa propre justification remet tout en cause, paralyse. Lu ce week-end, l’ACME novelty library de Chris Ware paru en 2007 aux éditions Delcourt, emprunté à la bibliothèque municipale, m’a laissé une impression mitigée ; un sentiment de grande admiration mêlé à celui, terrifiant, de vanité, cet ouvrage me renvoyant à ma propre exigence dans la pratique de la bande dessinée. Je prends le métro et le bus après le déjeuner. Le lac du parc est totalement gelé, et manifestement en profondeur à certains endroits. Une fine couche de neige rend la glace visible sur toute son étendue, palpable, elle n'était décelable les jours précédents que par l'immobilité de l'eau glacée. Pierre Mercklé nous introduit à la sociologie, c'est passionnant, et nous aurions pu y passer la journée entière. Il parle du travail de Bernard Lahire - dont j'ai La condition littéraire toujours sous le coude - et de Stéphane Beaud - que j'avais croisé lors d'un salon du livre, nous nous étions retrouvés un matin en rade, égarés, oubliés par les navettes du salon. Il avait acheté un exemplaire du Journal d'un loser. Je décide de rentrer par le parc, très étrange à cette heure-ci - dix-huit heures -, traverse le bon chic bon genre sixième arrondissement, puis prends le métro. Je travaille en soirée en écoutant Leviathan de Mastodon et Honky des Melvins.

Dimanche 4 janvier 2009

D. a une quinte de toux en fin de nuit. Un sac en équilibre tombe dans la chambre. Il est sept heures, je me lève. Nous nous sommes couchés tard hier soir. Je lis le papier de Morvandiau sur la bande dessinée indépendante dans le dernier numéro du Monde diplomatique, parcours la nouvelle traduction française de la Bible parue chez Bayard en 2001, acquise d'occasion hier. François Bon, Jean Echenoz, Marie Ndiaye, Jacques Roubaud, Valère Novarina... y ont participé. Je vais à l'ordinateur avant d'aller faire le marché. Comme je reçois des cartes de vœux, j'en bricole une à partir d'un dessin déjà réalisé et numérisé. Je n'ai pas envie de perdre du temps à cela, et ce dessin correspond à mon sentiment. Elle n'est pas drôle du tout. David m'en envoie une, hilarante, accompagnée d'une bande sonore abominable ― ce sont les possibilités des cartes de vœux électroniques : un lied allemand luthérien massacré par un baryton de variété ressemblant à un playmobil, accompagné d'un orgue appuyé ; c'est Bach qu'on assassine. Je bricole les planches 53 et 54. Je vais me promener sur les quais de Saône l'après-midi. Je remarque chez un bouquiniste le disque vinyl de Rock Bottom de Robert Wyatt. Je vais retirer de l'argent et l'achète. Je rentre par les quais du Rhône aménagés pour devenir la promenade dominicale des lyonnais. Il fait un froid vif et sec, il fait cinq degrés en-dessous de zéro, mais le soleil est là. Il y a un certain regain à se savoir entré dans la partie ascendante de l'année.