Mardi 30 décembre 2008

Je lis Martin Luther, l'inventeur de la solitude de Frédéric Pajak (toujours mes lectures pour le Projet) et trouve de quoi me rassurer dans la préface de Michel Thévoz à propos de nos pages sur Martin Luther justement, dont l'iconographie très particulière et personnelle me faisait redouter d'en faire quelque chose d'incompréhensible... ou faux.

[…] la biographie de type classique […] n'est jamais si tendancieuse que quand elle prétend à la reconstitution exacte et à l'objectivité. […] Un être humain, et a fortiori un personnage historique de l'envergure de Luther, ne se prête jamais qu'à une relation dans laquelle nous devons investir et risquer notre propre subjectivité.

Michel THÉVOZ, extrait de la préface de Martin Luther, l'inventeur de la solitude de Frédéric PAJAK

Je commence en soirée la planche 53 en écoutant le vinyl de Monster movies de Can.

Lundi 29 décembre 2008

Encore nauséeux, sous la coupe d’une gastro-entérite sur sa fin, je m’occupe en matinée du courrier, notamment de l’envoi d’un exemplaire de Strates dédicacé, mais aussi de trois planches du projet envoyées à David. Nous passons l’après-midi avec D. à nous promener à Lyon comme des touristes. Il fait un froid vif et sec, le ciel est dégagé par intermittence. Nous visitons le Musée de la miniature, que je ne connaissais pas. Nous finissons la journée en allant voir La Vie moderne de Raymond Depardon. Je réfléchis mollement en soirée à une nouvelle séquence du projet, en écoutant Old Rottenhat de Robert Wyatt.

lundi 22 décembre 2008

Je sors un peu la tête hors de l'eau après des journées d'abattement, de lassitude. Cette période prend fin. Le train du lundi de cinq heures et seize minutes est calme et assez vide ; la trêve des confiseurs me va bien. Je suis dans la salle Labrouste avant neuf heures. Un projet de sujet de rapport se dessine au Département de la Musique, ce qui lève le voile flou d'incertitudes qui commençait à me peser. Je sors vers dix-huit heures. Je passe au magasin Sennelier acheter cinq plumes — "plume tremplin" n° 160 de Gilbert & Blanzy-Poure — dont je me sers pour le Projet. Je passe à la Hune regarder des livres. J'en trouve une quantité que je n'arrive pas à trouver à Lyon. J'en ressors néanmoins les mains vides, heureux de seulement savoir qu'ils sont là, qu'ils existent. Je m'offre un bibimbap au petit restaurant coréen de la rue Falguière.

Mercredi 17 décembre 2008

Bastien est venu dormir hier soir dans son studio. Nous nous levons avant sept heures. La journée se passe comme toutes les autres : des entretiens, et une retranscription des informations glanées lors de ceux-ci dans un rapport qui atteint maintenant une quinzaine de pages serrées. Je vais en fin de journée voir Luther d’Eric Till, espérant y glaner des éléments pour notre projet. J'avouerais que j'ai de la curiosité, aussi. On le projette à Paris dans trois salles, en version originale, et à des heures impossibles de la matinée ou de l’après-midi. Seule une salle le passe à des heures décentes, sur les Champs-Élysées. Y parvenir est un calvaire, le genre de calvaire qui fait haïr cette ville. Nous sommes quinze dans la salle. Le film a des moments intéressants. Bruno Ganz, un auteur rare au cinéma et que j’apprécie beaucoup, y joue le rôle de Staupitz. Cela se gâte au milieu du film, je ne peux me remémorer certains passages sans une certaine gêne. Les ambiguïtés du personnage sont évidemment à peine esquissées. Le générique de fin est du véritable prosélytisme et laisse perplexe. Une des raisons pour laquelle je vois très peu de films récents : une utilisation illustrative, massive et omniprésente de la musique (ici un genre entre le Carmina Burana version Carl Orff et Gabriel Fauré gonflé au système Dolby ; on se croirait au XIXème siècle), soulignant chaque affect avec redondance. Je perds au retour mon coupon de transport hebdomadaire.

Lundi 15 décembre 2008

J'ouvre l'œil à quatre heures et quatorze minutes, soit une minute avant la sonnerie du réveil. Le train est à cinq heures et seize minutes, mais il part finalement de la gare de la Part-Dieu. Il faut donc sauter dans un Corail pour rejoindre celle-ci. Oui, mais voilà maintenant que le train a une demie-heure de retard. Une fois dans le wagon, un homme ventripotent assis en face de moi ronfle sans discontinuer durant tout le trajet. Je pensais dormir, c'est raté. J'ai l'esprit suffisamment clair pour pouvoir lire. L'homme étale sur la tablette devant lui ses centres d'intérêt : un programme télévisuel et un magazine d'informatique érigeant l'exigence technologique comme valeur primordiale — comment bien choisir ma TV plate. Je dépose mes sacs au studio de Montparnasse avant de partir pour la bibliothèque. Je prends le temps de rentrer manger à midi. Mais c'est que des travaux de ravalement de la façade de l'immeuble ont fait entrer de l'eau boueuse dans le studio par les jointures de fenêtres, et il me faut éponger. En fin de journée, j'en ai physiquement "plein le dos". Je dessine à peine avant de me coucher.

Dimanche 14 décembre 2008

Trop mangé et bu à midi. Profité de la voiture pour récupérer avec D. l'exposition à la librairie Expérience.

Samedi 13 décembre

Levé un peu avant huit heures, soit un peu tard pour espérer faire tout ce qui est projeté de faire dans la matinée. Je prépare un envoi de Strates dédicacé, passe le poster à la Poste Centrale ― où a été mis en place un système de tickets numérotés pour l'attente, sur fond de musique bucolique et de mobilier "convivial" ― puis à la bibliothèque de l'ENSSIB afin de rendre des ouvrages et consulter un document. J'en profite pour imprimer tout un tas de textes en attente. Je passe au retour dans une grande enseigne culturelle voir si Strates est en rayon ; il y est. J'ai le temps l'après-midi de commencer la dernière case de la planche 51, sans difficulté notable, en écoutant les vinyls de Station to station et Diamond dogs, mais aussi Godflesh : Selfless. Nous passons la soirée chez Valérie B.

Jeudi 11 décembre 2008

Levé à six heures. Dessiné un peu. Cette fois je prends le Pont des Arts, givré, et traverse le Louvre par la Cour Carrée seulement occupée par les corbeaux. Je m'incruste dans une visite d'étudiants du Conservatoire national supérieur de la Bibliothèque-musée de l'Opéra. Le groupe est sympathique, l'Opéra Garnier imposant. Nous pénétrons jusque dans la loge de l'empereur. Je remarque la typologie "culture" des employés : air renfrogné pour les techniciens, original pour les autres : cheveux longs, arrivée à dix heures ébouriffé et le clope au bec, vêtements "ethniques", tutoiement de rigueur. Je mange à nouveau dans le jardin du Palais Royal ; il fait beau. Des moineaux m'assaillent et m'enlèvent pratiquement le pain de la bouche. Je joue avec eux, ils se posent sur mon doigt et mes épaules, me chippent des bouts de nourriture. La seconde partie de la journée est consacrée à une réunion au Département de la reproduction. On y mesure la compléxité de la chose numérique quand un établissement de cette taille se lance dans la numérisation de masse, ainsi que du caractère particulier de la musique imprimée. Je rentre, puis pars dîner chez Bastien et ses enfants à Boulogne. Nous buvons une bière, ce qui adoucit cette semaine ascétique.

Mercredi 10 décembre 2008

Levé à six heures, avant le réveil. Je reprends le rythme normal. De ce fait, j'ai le temps de travailler sur la planche 50. J'achète le journal en route. Le ciel est miraculeusement dégagé, après la journée grise et bouchée d'hier. Le chapeau acheté hier soir, d'une élégance toute relative — une sorte de casquette en velours doublé tombant sur les oreilles — m'isole du froid mais atténue par la même occasion les bruits de la rue. Quelque chose me frappe : le nombre grandissant de ces grosses voitures aux vitres fumées, compromis entre la grosse berline et le quatre-quatre. Je croise les loups d'Estoppey, meute oblique et sauvage traversant la rectitude du jardin du Palais Royal. L'on m'a attribué un ordinateur, et je me retrouve à travailler dans cette belle salle Labrouste dont les rayonnages vidées de ses ouvrages la font ressembler à une église. À midi, je m'offre le luxe de manger une bricole dans le jardin du Palais Royal. Je vais boire un café au "Bar de l'entracte" rue de Montpensier, un de ces endroits hors du temps que l'on ne trouve qu'à Paris, ou alors dans la campagne la plus reculée, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes de cette ville. Je me procure quelques ouvrages à la librairie de la Bibliothèque nationale, avant de revenir à ma place dans la vénérable salle. Je vais visiter l'exposition au Grand Palais en nocturne consacrée à Emil Nolde, un peintre qui m'a beaucoup influencé par le passé. D'ailleurs, je tombe sur la Nature morte aux danseuses que j'avais utilisée pour deux cases du Journal d'un loser. Puis je m'extirpe de ce quartier de grands palais, de grands ponts et de grandes esplanades.

Lundi 8 décembre 2008

Levé à sept heures après un sommeil intermittent. La rumeur de Paris gronde derrière le volet roulant. Je téléphone à D. puis prends un petit-déjeuner en écoutant la petite radio crachottante. Je décide de partir à pieds, d'une part parce qu'il ne pleut pas, mais aussi pour m'immerger dans le froid gris des rues. Je prends la rue de Rennes, traverse la Seine au Pont Royal. Il y a des travaux un peu partout. Le froid est vif. J'aperçois le Département de la musique, fermé, dont les services sont relogés momentanément dans la salle Labrouste de la Bibliothèque nationale de France. Après un premier contact, je dois filer au site de Tolbiac afin de retirer un badge d'accès. Je prends la ligne 14. Le quartier a beaucoup changé. Je fais quelques courses alimentaires et rentre manger au studio de Montparnasse. L'après-midi se passe à recontrer les personnes du service, à visiter la "salle ovale", très belle, partagée avec l'Institut National d'Histoire de l'Art. Je rentre au studio vers dix-huit heures et demie, me fais à manger en regardant la télévision, que j'éteins très vite, agacé, lis de la documentation. La soirée est mélancolique. Je ne sais trop que penser de l'avenir, de l'installation ici. La voix de D. au téléphone me ramène à Lyon, à la nostalgie de notre grand appartement là-bas, à l'incertitude de l'avenir, aux trois années que nous avions passé séparés, déjà.

Samedi 6 décembre 2008

J'emmène Julie J. et Jean-Philippe G. — de passage à Lyon — sur les quais de saône, puis à la primatiale Saint-Jean voir sa belle et discrète manécanterie adossée à celle-ci. Nous parlons avec JP du projet actuel entrepris avec David Vandermeulen. Nous revenons par ce petit joyau méconnu d'art roman qu'est la basilique d'Ainay, restaurée récemment, pénétrons à l'intérieur, visitons la chapelle Sainte-Blandine et sa crypte. Il bruine lorsque nous ressortons. Nous nous arrêtons à notre pizzéria habituelle. D. nous y rejoint. Nous arrivons à la librairie Expérience un peu en retard. B-Gnet est déjà là, Vincent Pianina nous rejoint peu après. Je dédicace des exemplaires de Strates, des amis passent. JP part acheter du thé vert, chose qu'il ne trouve pas dans sa bourgade. L'après-midi s'étire, je suis un peu honteux de mon oisiveté relative pendant que les libraires s'activent, puis la boutique se vide peu à peu, le soir tombe, c'est l'apéritif. Dehors, la Fête des Lumières bat son plein. Nous nous retrouvons dans un "bouchon" bondé. En fin de repas, une tablée virile commence à faire du bruit, à crier ; nous nous enfuyons, repassons à la librairie, puis prenons la rue de la Charité pour rentrer. Sur la place Bellecour, c'est le grand n'importe-quoi, il y a beaucoup de forces de l'ordre et de pompiers.

Jeudi 4 décembre 2008

Sur Internet, tombé par hasard sur une photographie de Justin K. Broadrick dans son studio d'enregistrement, photographie que j'ai décortiqué, observé avec attention, avec une dévotion, même, de fan, chose que je réprouve d'ordinaire. On y voit l'environnement de travail, les outils, le matériel, un chat... Justin K. Broadrick est un musicien britannique de ma génération dont je suis la carrière depuis la fin des années 80. Il a été le fondateur de tout un ensemble de groupes musicaux qui me fascinent : Godflesh, Techno Animal, Ice, Sweet Tooth... Cette photographie me fascine car les ateliers en général me fascinent, et les conditions matérielles, concrètes, dans laquelle se fabrique une œuvre, a fortiori quand celle-ci a changé le cours de ma vie.

[…] je ne m'ennuie jamais quand les gens parlent de leur métier, des problèmes de leur métier, quel qu'il soit. Malheureusement, la plupart du temps, ils se croient obligés de s'en tenir à une conversation générale. Combien de fois j'ai été agacé et frustré parce que dans une conversation […] un spécialiste que j'aimerais tant entendre parler de sa spécialité, me tient des banalités culturelles et philosophiques, au lieu de me parler de sa profession !

Roland BARTHES, La Préparation du roman I et II : Cours et séminaires au Collège de France

Mercredi 3 décembre 2008

Levé à cinq heures et demie. À la table à dessin, je finis une case de la planche 50 et me remets à cette case de la planche 34, à partir cette fois d'un document retrouvé dans ma pile de recherches iconographiques et qui, hier soir, m'a sauté aux yeux et semblé évidente. Vinyles : Lite fantastik (The Prunes) et Press the eject and give me the tape (Bauhaus). Me trompant sur l'heure, je pars en catastrophe, saute dans le métro et prends un tramway rempli d'étudiants mous. La journée est consacrée à la recherche de l'information, ou comment choisir une source d'information en réponse à une question donnée, exposé dispensé avec efficacité par un conservateur du Ministère de la Défense. Je mange des pâtes à la cantine en regardant passer les tramways. Je regarde en soirée L'Apocalypse de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat mais éteins, bien qu'intéressé, au cours de la seconde partie.

Lundi 1er décembre

Levé à six heures. Dispensé de cours aujourd'hui, j'en retire un sentiment de culpabilité tenace, mais aussi le plaisir ahurissant de pouvoir faire ce que je veux de cette journée. Je dessine une case de la planche 34, inspirée d'une illustration trouvée dans un livre d'histoire de l'art allemand datant de 1881. À l'ordinateur ensuite pour la mise en page de cette planche. Plusieurs essais sont tentés, mais cela ne va pas du tout. J'imprime les essais, puis retire en fin de compte cette case, qui ne me servira pas. Accessoirement, je monte quelques planches, armé d'une règle, d'un cutter et d'un ruban d'adhésif neutre, en rassemblant des cases éparses. À l'heure de la numérisation, les planches n'existent qu' artificiellement. Je vais à la Poste, achète du pain et de quoi cuisiner. Je prépare à manger. D. arrive à dix-huit heures. Eric T. frappe à la porte, puis c'est Markus Leicht qui arrive avec des bières. Nous ne nous voyons plus très souvent. Je me souviens des soirées passées chez lui, à consulter sa bibliothèque, regarder des films (Tarkovski, Bergman...), boire des bières belges. Je me souviens aussi des périodes difficiles qu'il traversait alors. Il est bien habillé, a l'air en forme. Puis Laurent B. arrive. J'ai préparé du boudin aux pommes, une entrée et un dessert. Michel nous rejoint à l'improviste. Nous parlons de tout au cours du repas, notamment de la situation éditoriale du moment, avant de finir la soirée avec Laurent, Markus et Eric à parler d'Internet et de technologie. Il me tarde de me coucher. Je fais la vaisselle en écoutant la conversation afin de me tenir éveillé.