Jeudi 27 novembre 2008

Le réveil sonne à cinq heures mais je me rendors et rêve que je participe à une séance de dédicaces dans un café. Il y a Guillaume Bouzard, Lucas Méthé, Jean-Philippe Garçon... ce dernier amenant deux exemplaires seulement de mon dernier ouvrage, dont le format est plus grand que ce qui était prévu. La jaquette est en papier fin ordinaire, les plats sous celle-ci sont ornés de dessins que je ne connais pas, imprimés qui plus est queue par dessus tête. J.P. me dit que l'imprimeur, se trompant, y a imprimé une couverture destinée à la revue Fluide Glacial. Lucas est très critique en ce qui concerne l'impression des pages intérieures. Au premier abord, l'intérieur du livre paraît mal imprimé, mais je fais comme si de rien n'était avant de me rendre compte qu'il est peut-être trop bien imprimé, les niveaux de gris sont si subtils que je ne reconnais plus mes planches. Le papier est en outre très fin, se froissant et se cornant très rapidement. Un incendie éclate dans une tour en construction en face du café. Guillaume sort un appareil enregistreur de sons. Une personne non pas en flamme mais incandescente, embrasée, titube dans la rue. Elle se dirige vers le bar ; c'est la panique, on entend des cris d'angoisse. Je crie quelque chose du genre : Vite, de l'eau ! Le barman jette une serpillière trempée sur la personne, qui ne s'avère plus être incandescente du tout, mais la chaleur a fait fondre ses lunettes en plastique qui forment un amas informe sur son visage. Cela me réveille, il est cinq heures vingt. J'avance une case rajoutée à la page 44.
Le froid est intense, le bus est bondé et j'ai le temps d'être frigorifié en attendant celui-ci et en traversant le parc, étouffé dans la brume. La journée est consacrée au Répertoire d'Autorité-Matière Encyclopédique Alphabétique Unifié dont l'acronyme forme le nom d'un compositeur classique.

Lundi 24 novembre 2008

C'est une journée pluvieuse et froide. On sent que la neige n'est pas loin. Je dépose aujourd'hui une grande partie de ce qui sera exposé à la librairie Expérience, soit cinq cadres de cinquante sur quarante centimètres et treize pièces de quarante sur trente centimètres prêtes à être encadrées. J'ai passé la majeure partie de la journée d'hier à confectionner les porte-feuilles en carton neutre à fenêtre. Jean-Louis et Nicolas ne sont pas là, leur collègue du lundi, que je ne connaissais pas, m'accueille. Je passe ensuite acheter des enveloppes dans une papèterie. Je me mets à la table à dessin en rentrant. Je finis une case de la planche 51 – la planche 50 n'est pas encore réalisée – et dessine deux cases dans la foulée, très facilement, ce qui est peu commun. Il se passe une chose notable ; à partir du moment où l'esprit est libre, cela avance. Tant que l'exposition n'était pas achevée, il m'était impossible de dessiner, ce qui me conforte dans l'idée que j'ai beaucoup de difficultés à travailler lorsqu'un train parallèle est en marche, qui interfère, me distrait, me signifie qu'il faut finaliser les choses les unes après les autres. Mais c'est comme si, aussi, cette période de rétention débouchait sur une période de facilité – même si la facilité en ce domaine me semble toujours douteuse. J'écoute en travaillant Condamné amour et Vidéo de Patrick Abrial, Dali's car, un projet peu connu de Peter Murphy découvert grâce à David, puis Billie Holiday.

Mardi 18 novembre 2008

Le réveil sonne à cinq heures mais je n'arrive pas à me lever avant six heures moins le quart. Cela fait quelques jours que je me couche tard. Je dessine un peu – planches 50 et 51, ainsi qu'un dessin de commande – puis je pars prendre le bus, traverse le parc sous une fine bruine. Je croise dans les allées l'habituelle troupe de canards râleurs.
Après une matinée consacrée aux catalogues, je passe à midi à la librairie Expérience, me fais inviter à manger par Jean-Louis et Nicolas, après avoir fureté entre les rayonnages et être tombé en arrêt, effaré, sur une adaptation en bande dessinée de l'Ancien Testament parue récemment chez un éditeur important, avec comme toujours ce détail incongru, cette faute sempiternelle : Eve née de la côte d'Adam, plutôt que de son coté. Nous parlons concrètement de l'exposition : combien de cadres, les dimensions de ceux-ci, quand, comment, où... mais aussi de la situation éditoriale du moment, de cette période particulière que sont les fêtes de fin d'année, des difficultés de leur métier. Nous rions en feuilletant un recueil de dessins de "unes" de Reiser. Je passe à la librairie Gibert et trouve deux livres d'histoire ; mon indigence et mon ignorance en cette discipline sont si grandes que je me dois de les combler. Je rentre ranger, faire le ménage, acheter du pain à la bonne boulangerie près de la Poste – faire des kilomètres pour acheter du bon pain –, du chou pour compléter la choucroute entamée hier soir. J'encadre des planches originales, avec cette technique que j'ai mise au point récemment : j'enchâsse les planches, des cartes à gratter d'une certaine épaisseur, dans un carton neutre assez épais, en découpant une fenêtre à l'exacte dimension de la planche. Vincent m'appelle en soirée à propos des obsèques auxquelles nous projetons d'assister demain.

Lundi 17 novembre 2008

Exposé dense et lumineux de Gérard Régimbeau concernant les notions de classement, de classification et d'indexation, exposé ne cachant pas les contradictions de ces opérations.

Vendredi 14 novembre 2008

Le matin : exposé tonitruant, sans équivoque, massif de Monsieur B. du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche au sujet de la loi du 10 août 2007 relative à l'autonomie des universités, dont il est l'un des rédacteurs. Exposé proche d'un discours politique, la contradiction n'est pas de mise. Le malaise est visible chez nombre de stagiaires ; oui, mais il n'y a pas de télécommande pour changer de programme.
Je finis le taboulé entamé hier, agrémenté de pain et de jambon cru. Je discute avec une stagiaire écartelée : une vie dans le sud, un poste dans le nord et une formation ici, à Lyon, le nord du sud ou le sud du nord, c'est selon.
Le directeur du Service Interuniversitaire Commun de la Documentation de Grenoble nous livre l'après-midi une vision nuancée, concrète, de la loi exposée ce matin, nous parle des structures et des contraintes financières d'une bibliothèque. Il insiste sur un point jamais discuté dans les débats à propos de la question de l'élargissement des heures d'ouverture des bibliothèques : la sécurité.

Lundi 10 novembre 2008

Lucas Méthé et Boris Bukulin sont de passage à Lyon. Je les retrouve en fin de journée à la braderie de livres place Bellecour. J'y ai trouvé un peu plus tôt dans la journée Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi. Cette braderie est un gigantesque fatras, l'on y trouve tout et n'importe quoi. Nous allons boire une bière dans le bar en face de la Poste centrale, qui s'avère hors de prix. Nous discutons de nos lectures, mais aussi de nos projets respectifs en cours. Je tente d'expliquer le mien à Boris, mais d'une manière assez confuse. Boris nous explique le système de lecture, proche de celui d'un texte, qu'il met en principe dans son récit.

Dimanche 9 novembre 2008

C'est une journée pluvieuse qui commence, le ciel bas confère à toute chose une non-lumière grise, mais l'air est doux, ce qui fait que ce n'est pas véritablement une journée d'hiver mais un entre-deux préfigurant et nous faisant craindre la véritable saison froide. Puis le ciel se dégage, des éclats de soleil apparaissent et la douceur s'accentue. C'est aussi une journée de rangement de la pièce de travail ; je remplis un sac poubelle de papier. Lesté d'un sac-à-dos rempli de livres, je pars l'après-midi sur la place Bellecour où une association caritative récupère des dons de livres. Nous y avons laissé la veille pas moins de trois sacs remplis de papier imprimé. Les cinq bibliothèques du couloir de l'appartement ont retrouvé après cela un semblant d'ordre, même si la place laissée par la masse retranchée ne se voit qu'à peine. Cela me fait dire que je ne suis pas bibliophile ; l'attache sentimentale à un livre n'excède jamais chez moi la contrainte matérielle que celui-ci impose, en terme de place et de poids. De plus, un livre inutile que l'on n'ouvre plus est un livre mort. Je termine la journée à encadrer de vielles planches de bande dessinée en vue d'une possible exposition, et à dessiner un peu, tandis que D. trie des photos et avance sa correspondance.

Jeudi 6 novembre 2008

Je continue la planche 45, en écoutant l'étrange Demons dance alone de The Residents.
Nous avons tout le long de la journée une présentation des ressources informatiques de l'école, et je suis sidéré par l'offre et les possibilités de travail offertes en ligne, sur place et à l'extérieur, outrepassant tous les environnements dans lesquels j'ai travaillé jusqu'à maintenant. Je parle, pendant une pause, avec quelques élèves qui sont dubitatifs et déjà saturés, impatients de se frotter aux aspects concrets du métier, et me sens en décalage avec cela. Je n'ai jamais connu les bancs de l'université, et le fait d'accéder à ce niveau d'études est très valorisant. Une dizaine d'années à exercer le métier de magasinier, la lassitude et le peu d'avenir que me laissait cette profession, font que je bénis cet intermède. En fin de journée, saturé d'informations, je garde une attitude digne et pleine d'attention, mais je suis en vérité hagard, à essayer de tout emmagasiner. Je retrouve D. à dix-neuf heures. Nous nous offrons le petit restaurant japonais de la rue Condé, notre "cantine". Je regarde le soir un entretien de Pierre Bergounioux sur cassette vidéo. Le journaliste (Pierre Dumayet ?) est un parfait exemple de l'homme lettré suffisant, mais Bergounioux est précis et passionnant.

Mercredi 5 novembre 2008

Je travaille sur la planche 45, en écoutant Aladdin Sane et Station to station de David Bowie en vinyl – je suis en train de lire par ailleurs le David Bowie : une étrange fascination de David Buckley, intéressant mais tellement mal écrit (ou mal traduit ?) et si plein de coquilles que je ne sais pas si j'irais jusqu'au bout – que j'écoute à nouveau beaucoup en ce moment. Ça va, je dessine deux Joß Fritz directement à l'encre.
Je passe la matinée à passer des tests de catalogage et d'indexation. Cela se passe à peu près bien pour le catalogage, mais se complique pour l'indexation, que je ne pratique pas. J'ai l'opportunité, comme hier, de pouvoir déjeuner à la maison. De ce fait, beaucoup de temps est passé dans le tramway et c'est l'occasion de lire Le livre et l'éditeur d'Eric Vigne, assez critique vis-à-vis de l'expression "édition sans éditeurs" lancé par André Schiffrin, et de continuer L'Apparition du livre. L'après-midi, la directrice de l'école, dont j'avais lu naguère le court ouvrage Les bibliothèques, nous présente un état des lieux à la fois généraliste et précis du métier et de son environnement.
D. réclame son feuilleton quotidien, comme chaque soir, je lui raconte alors ma journée.

Mardi 4 novembre 2008

Levé à cinq heures et quart. Je me lance dans la planche 45, planche venant s'insérer entre les planches déjà réalisées, et ajoutée après discussion avec David à Nice.
Je prends le bus comme hier. Je suis à la formation à neuf heures ; ce sont cette fois des tests sur nos connaissances en informatique et en recherche documentaire. Les questionnaires sont précis et assez ardus, à la limite de mes connaissances. Quant aux exercices pratiques, ils les outrepassent : le fichier textuel à mettre en forme me demande beaucoup de temps, et lorsque le temps imparti est dépassé, je me rends compte qu'il y avait un second exercice, un tableau de données cette fois-ci, au verso de la feuille de procédures. Je n'ai donc fait que la moitié de la chose. Je m'amuse de ma bêtise, de cette matinée catastrophique. J'ai le temps de rentrer déjeuner à la maison, ce qui est un luxe.
Entretien avec un formateur l'après-midi sur les tests de ce matin. Il est amusé autant que je l'étais par mon impasse sur l'exercice du tableur. Je suis stupéfait lorsqu'il m'annonce que j'ai obtenu la seconde meilleure note aux questionnaires, ce qui me dispense de quelques cours d'informatique dans les semaines à venir.
D. rentre un peu avant vingt heures. Je fais un gratin de pâtes roboratif.

Lundi 3 novembre 2008

Je me lève à cinq heures trente, mais je n'arrive pas à travailler. J'ai préparé le découpage de 4 planches hier soir, mais rien n'y fait. Le fait d'entamer une formation dans un nouveau lieu donne à ce lundi un goût un peu fébrile de rentrée scolaire, qui me disperse. Je vais à la gare de Perrache réactiver mon abonnement pour les transports en commun. Je reviens puis entame une case, mais je fais une confusion de page, ce qui fait que ma mise en place du crayonné ne vaut rien. Comme il fait beau, je vais prendre une ligne de bus qui longe les quais du Rhône en partant de la Place Bellecour — la Place des Angoisses, selon Jean Reverzy, mais il n'y a plus beaucoup de brouillard aujourd'hui dans cette ville — dans le but de traverser à pied le parc de la Tête d'Or, très beau en cette saison et à cette heure. J'arrive à l'École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques à dix heures. La matinée se passe à nous présenter le déroulement de l'année à venir. La promotion est essentiellement jeune et féminine. Curieuse impression que celle de se retrouver sur les bancs de l'école. Je n'ai que mon baccalauréat et n'ai passé que deux années et demie en pointillé à l'école des Beaux-Arts pour tout bagage universitaire, école dans laquelle je me sentais mal à l'aise et de laquelle je suis parti sans diplôme. Le buffet à midi déride un peu l'atmosphère, je rencontre les personnes qui ont obtenu les postes sur lesquels j'ai moi aussi postulé, et les en félicite.
Le soir, D. me questionne sur cette première journée, nous en parlons avec animation et amusement. Je regarde L'Enfer de Matignon à la télévision, assez passionnant, mais j'éteins le poste avant la fin.