Vendredi 3 octobre 2008

Levé à cinq heures, mais réveillé bien avant. Je prends le tramway. Dans le hall de la gare de la Part-Dieu, j'attends l'annonce du train à prendre. Il fait encore nuit quand celui-ci quitte la gare. Je lis Paysage fer de François Bon, ce qui est assez approprié. Quatre personnes parlent fort, dont une dame très bronzée et très maquillée, à la voix rauque de fumeuse. Je regrette de n'avoir pas pris mes boules Quiès. Des formes se précisent peu à peu au sein de l'obscurité qui enveloppe le train, en particulier à l'Est, à gauche du train dans le sens de la marche. Les arbres composent des masses sombres. Le soleil se lève à hauteur d'Avignon - ces nouvelles gares qui ne sont que d'immenses parkings implantés en rase campagne - comme une promesse de Sud. J'alterne ma lecture de Bon avec celle de Roland Barthes, La Préparation du roman I et II : cours et séminaires au Collège de France. Je suis distrait par le paysage ; c'est que le train longe, d'un coté, la mer, de l'autre coté des montagnes étranges, rouges. Plus le trajet avance, plus celui-ci contraste avec le livre de Bon ; D'ordinaire, le train montre l'envers du décor, les maisons par leur cul : arrières-cours, jardins abandonnés, fenêtres de cuisine, garage à voiture. Nous sommes dans le sud, et c'est presque trop beau : les maisons se présentent de face, bien plantées dans un beau paysage ensoleillé, flanquées de leur piscine adjacente bien en vue.
À Cannes, un homme portant bizarrement un pansement sur chaque oreille me conduit au festival. Deux écrivains parlent entre eux dans la voiture, d'une manière doucereuse et policée, comme hors du monde, sans un regard pour ce qui les entoure, à propos de coups médiatiques et d'échanges de bons procédés. Je retiens la phrase "je lui fais un cadeau en or", comme dans un film sur la Mafia.
Je pose ma valise à l'hôtel flambant neuf, parcours les bouquinistes, trouve un Proust en Pléiade, y croise James. Je mange rapidement un plat du jour et me rend au stand. Un étudiant m'interroge pour une radio, me demande de parler de mes trois livres préférés. Je lui cite trois ouvrages qui ont compté pour moi - mais surtout pas de bande dessinée. Je parle assez superficiellement des ces trois livres, mais d'une manière enthousiaste, ce qui doit donner le change.
Julie, Jean-Philippe, Marcel Couchaux, Paco Roca et David Vandermeulen arrivent peu à peu. Nous allons boire un verre. J'apprends que nous ne participons pas à un débat dimanche matin, David et moi, mais à deux, et à la suite, dont un avec Pierre Joxe, ce qui m'apeure et me surprend franchement. Nous dînons tous ensemble, la soirée est gaie, mais la fatigue ne tarde pas à tomber et la conversation me glisse dessus sans que j'aie de prises sur elle. Alors je pars me coucher, accompagné par Paco Roca. La voix ténue et lointaine de D. au téléphone portable me remplit de tendresse et de regret de n'être pas à ses cotés.

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