Mardi 30 décembre 2008

Je lis Martin Luther, l'inventeur de la solitude de Frédéric Pajak (toujours mes lectures pour le Projet) et trouve de quoi me rassurer dans la préface de Michel Thévoz à propos de nos pages sur Martin Luther justement, dont l'iconographie très particulière et personnelle me faisait redouter d'en faire quelque chose d'incompréhensible... ou faux.

[…] la biographie de type classique […] n'est jamais si tendancieuse que quand elle prétend à la reconstitution exacte et à l'objectivité. […] Un être humain, et a fortiori un personnage historique de l'envergure de Luther, ne se prête jamais qu'à une relation dans laquelle nous devons investir et risquer notre propre subjectivité.

Michel THÉVOZ, extrait de la préface de Martin Luther, l'inventeur de la solitude de Frédéric PAJAK

Je commence en soirée la planche 53 en écoutant le vinyl de Monster movies de Can.

Lundi 29 décembre 2008

Encore nauséeux, sous la coupe d’une gastro-entérite sur sa fin, je m’occupe en matinée du courrier, notamment de l’envoi d’un exemplaire de Strates dédicacé, mais aussi de trois planches du projet envoyées à David. Nous passons l’après-midi avec D. à nous promener à Lyon comme des touristes. Il fait un froid vif et sec, le ciel est dégagé par intermittence. Nous visitons le Musée de la miniature, que je ne connaissais pas. Nous finissons la journée en allant voir La Vie moderne de Raymond Depardon. Je réfléchis mollement en soirée à une nouvelle séquence du projet, en écoutant Old Rottenhat de Robert Wyatt.

lundi 22 décembre 2008

Je sors un peu la tête hors de l'eau après des journées d'abattement, de lassitude. Cette période prend fin. Le train du lundi de cinq heures et seize minutes est calme et assez vide ; la trêve des confiseurs me va bien. Je suis dans la salle Labrouste avant neuf heures. Un projet de sujet de rapport se dessine au Département de la Musique, ce qui lève le voile flou d'incertitudes qui commençait à me peser. Je sors vers dix-huit heures. Je passe au magasin Sennelier acheter cinq plumes — "plume tremplin" n° 160 de Gilbert & Blanzy-Poure — dont je me sers pour le Projet. Je passe à la Hune regarder des livres. J'en trouve une quantité que je n'arrive pas à trouver à Lyon. J'en ressors néanmoins les mains vides, heureux de seulement savoir qu'ils sont là, qu'ils existent. Je m'offre un bibimbap au petit restaurant coréen de la rue Falguière.

Mercredi 17 décembre 2008

Bastien est venu dormir hier soir dans son studio. Nous nous levons avant sept heures. La journée se passe comme toutes les autres : des entretiens, et une retranscription des informations glanées lors de ceux-ci dans un rapport qui atteint maintenant une quinzaine de pages serrées. Je vais en fin de journée voir Luther d’Eric Till, espérant y glaner des éléments pour notre projet. J'avouerais que j'ai de la curiosité, aussi. On le projette à Paris dans trois salles, en version originale, et à des heures impossibles de la matinée ou de l’après-midi. Seule une salle le passe à des heures décentes, sur les Champs-Élysées. Y parvenir est un calvaire, le genre de calvaire qui fait haïr cette ville. Nous sommes quinze dans la salle. Le film a des moments intéressants. Bruno Ganz, un auteur rare au cinéma et que j’apprécie beaucoup, y joue le rôle de Staupitz. Cela se gâte au milieu du film, je ne peux me remémorer certains passages sans une certaine gêne. Les ambiguïtés du personnage sont évidemment à peine esquissées. Le générique de fin est du véritable prosélytisme et laisse perplexe. Une des raisons pour laquelle je vois très peu de films récents : une utilisation illustrative, massive et omniprésente de la musique (ici un genre entre le Carmina Burana version Carl Orff et Gabriel Fauré gonflé au système Dolby ; on se croirait au XIXème siècle), soulignant chaque affect avec redondance. Je perds au retour mon coupon de transport hebdomadaire.

Lundi 15 décembre 2008

J'ouvre l'œil à quatre heures et quatorze minutes, soit une minute avant la sonnerie du réveil. Le train est à cinq heures et seize minutes, mais il part finalement de la gare de la Part-Dieu. Il faut donc sauter dans un Corail pour rejoindre celle-ci. Oui, mais voilà maintenant que le train a une demie-heure de retard. Une fois dans le wagon, un homme ventripotent assis en face de moi ronfle sans discontinuer durant tout le trajet. Je pensais dormir, c'est raté. J'ai l'esprit suffisamment clair pour pouvoir lire. L'homme étale sur la tablette devant lui ses centres d'intérêt : un programme télévisuel et un magazine d'informatique érigeant l'exigence technologique comme valeur primordiale — comment bien choisir ma TV plate. Je dépose mes sacs au studio de Montparnasse avant de partir pour la bibliothèque. Je prends le temps de rentrer manger à midi. Mais c'est que des travaux de ravalement de la façade de l'immeuble ont fait entrer de l'eau boueuse dans le studio par les jointures de fenêtres, et il me faut éponger. En fin de journée, j'en ai physiquement "plein le dos". Je dessine à peine avant de me coucher.

Dimanche 14 décembre 2008

Trop mangé et bu à midi. Profité de la voiture pour récupérer avec D. l'exposition à la librairie Expérience.

Samedi 13 décembre

Levé un peu avant huit heures, soit un peu tard pour espérer faire tout ce qui est projeté de faire dans la matinée. Je prépare un envoi de Strates dédicacé, passe le poster à la Poste Centrale ― où a été mis en place un système de tickets numérotés pour l'attente, sur fond de musique bucolique et de mobilier "convivial" ― puis à la bibliothèque de l'ENSSIB afin de rendre des ouvrages et consulter un document. J'en profite pour imprimer tout un tas de textes en attente. Je passe au retour dans une grande enseigne culturelle voir si Strates est en rayon ; il y est. J'ai le temps l'après-midi de commencer la dernière case de la planche 51, sans difficulté notable, en écoutant les vinyls de Station to station et Diamond dogs, mais aussi Godflesh : Selfless. Nous passons la soirée chez Valérie B.

Jeudi 11 décembre 2008

Levé à six heures. Dessiné un peu. Cette fois je prends le Pont des Arts, givré, et traverse le Louvre par la Cour Carrée seulement occupée par les corbeaux. Je m'incruste dans une visite d'étudiants du Conservatoire national supérieur de la Bibliothèque-musée de l'Opéra. Le groupe est sympathique, l'Opéra Garnier imposant. Nous pénétrons jusque dans la loge de l'empereur. Je remarque la typologie "culture" des employés : air renfrogné pour les techniciens, original pour les autres : cheveux longs, arrivée à dix heures ébouriffé et le clope au bec, vêtements "ethniques", tutoiement de rigueur. Je mange à nouveau dans le jardin du Palais Royal ; il fait beau. Des moineaux m'assaillent et m'enlèvent pratiquement le pain de la bouche. Je joue avec eux, ils se posent sur mon doigt et mes épaules, me chippent des bouts de nourriture. La seconde partie de la journée est consacrée à une réunion au Département de la reproduction. On y mesure la compléxité de la chose numérique quand un établissement de cette taille se lance dans la numérisation de masse, ainsi que du caractère particulier de la musique imprimée. Je rentre, puis pars dîner chez Bastien et ses enfants à Boulogne. Nous buvons une bière, ce qui adoucit cette semaine ascétique.

Mercredi 10 décembre 2008

Levé à six heures, avant le réveil. Je reprends le rythme normal. De ce fait, j'ai le temps de travailler sur la planche 50. J'achète le journal en route. Le ciel est miraculeusement dégagé, après la journée grise et bouchée d'hier. Le chapeau acheté hier soir, d'une élégance toute relative — une sorte de casquette en velours doublé tombant sur les oreilles — m'isole du froid mais atténue par la même occasion les bruits de la rue. Quelque chose me frappe : le nombre grandissant de ces grosses voitures aux vitres fumées, compromis entre la grosse berline et le quatre-quatre. Je croise les loups d'Estoppey, meute oblique et sauvage traversant la rectitude du jardin du Palais Royal. L'on m'a attribué un ordinateur, et je me retrouve à travailler dans cette belle salle Labrouste dont les rayonnages vidées de ses ouvrages la font ressembler à une église. À midi, je m'offre le luxe de manger une bricole dans le jardin du Palais Royal. Je vais boire un café au "Bar de l'entracte" rue de Montpensier, un de ces endroits hors du temps que l'on ne trouve qu'à Paris, ou alors dans la campagne la plus reculée, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes de cette ville. Je me procure quelques ouvrages à la librairie de la Bibliothèque nationale, avant de revenir à ma place dans la vénérable salle. Je vais visiter l'exposition au Grand Palais en nocturne consacrée à Emil Nolde, un peintre qui m'a beaucoup influencé par le passé. D'ailleurs, je tombe sur la Nature morte aux danseuses que j'avais utilisée pour deux cases du Journal d'un loser. Puis je m'extirpe de ce quartier de grands palais, de grands ponts et de grandes esplanades.

Lundi 8 décembre 2008

Levé à sept heures après un sommeil intermittent. La rumeur de Paris gronde derrière le volet roulant. Je téléphone à D. puis prends un petit-déjeuner en écoutant la petite radio crachottante. Je décide de partir à pieds, d'une part parce qu'il ne pleut pas, mais aussi pour m'immerger dans le froid gris des rues. Je prends la rue de Rennes, traverse la Seine au Pont Royal. Il y a des travaux un peu partout. Le froid est vif. J'aperçois le Département de la musique, fermé, dont les services sont relogés momentanément dans la salle Labrouste de la Bibliothèque nationale de France. Après un premier contact, je dois filer au site de Tolbiac afin de retirer un badge d'accès. Je prends la ligne 14. Le quartier a beaucoup changé. Je fais quelques courses alimentaires et rentre manger au studio de Montparnasse. L'après-midi se passe à recontrer les personnes du service, à visiter la "salle ovale", très belle, partagée avec l'Institut National d'Histoire de l'Art. Je rentre au studio vers dix-huit heures et demie, me fais à manger en regardant la télévision, que j'éteins très vite, agacé, lis de la documentation. La soirée est mélancolique. Je ne sais trop que penser de l'avenir, de l'installation ici. La voix de D. au téléphone me ramène à Lyon, à la nostalgie de notre grand appartement là-bas, à l'incertitude de l'avenir, aux trois années que nous avions passé séparés, déjà.

Samedi 6 décembre 2008

J'emmène Julie J. et Jean-Philippe G. — de passage à Lyon — sur les quais de saône, puis à la primatiale Saint-Jean voir sa belle et discrète manécanterie adossée à celle-ci. Nous parlons avec JP du projet actuel entrepris avec David Vandermeulen. Nous revenons par ce petit joyau méconnu d'art roman qu'est la basilique d'Ainay, restaurée récemment, pénétrons à l'intérieur, visitons la chapelle Sainte-Blandine et sa crypte. Il bruine lorsque nous ressortons. Nous nous arrêtons à notre pizzéria habituelle. D. nous y rejoint. Nous arrivons à la librairie Expérience un peu en retard. B-Gnet est déjà là, Vincent Pianina nous rejoint peu après. Je dédicace des exemplaires de Strates, des amis passent. JP part acheter du thé vert, chose qu'il ne trouve pas dans sa bourgade. L'après-midi s'étire, je suis un peu honteux de mon oisiveté relative pendant que les libraires s'activent, puis la boutique se vide peu à peu, le soir tombe, c'est l'apéritif. Dehors, la Fête des Lumières bat son plein. Nous nous retrouvons dans un "bouchon" bondé. En fin de repas, une tablée virile commence à faire du bruit, à crier ; nous nous enfuyons, repassons à la librairie, puis prenons la rue de la Charité pour rentrer. Sur la place Bellecour, c'est le grand n'importe-quoi, il y a beaucoup de forces de l'ordre et de pompiers.

Jeudi 4 décembre 2008

Sur Internet, tombé par hasard sur une photographie de Justin K. Broadrick dans son studio d'enregistrement, photographie que j'ai décortiqué, observé avec attention, avec une dévotion, même, de fan, chose que je réprouve d'ordinaire. On y voit l'environnement de travail, les outils, le matériel, un chat... Justin K. Broadrick est un musicien britannique de ma génération dont je suis la carrière depuis la fin des années 80. Il a été le fondateur de tout un ensemble de groupes musicaux qui me fascinent : Godflesh, Techno Animal, Ice, Sweet Tooth... Cette photographie me fascine car les ateliers en général me fascinent, et les conditions matérielles, concrètes, dans laquelle se fabrique une œuvre, a fortiori quand celle-ci a changé le cours de ma vie.

[…] je ne m'ennuie jamais quand les gens parlent de leur métier, des problèmes de leur métier, quel qu'il soit. Malheureusement, la plupart du temps, ils se croient obligés de s'en tenir à une conversation générale. Combien de fois j'ai été agacé et frustré parce que dans une conversation […] un spécialiste que j'aimerais tant entendre parler de sa spécialité, me tient des banalités culturelles et philosophiques, au lieu de me parler de sa profession !

Roland BARTHES, La Préparation du roman I et II : Cours et séminaires au Collège de France

Mercredi 3 décembre 2008

Levé à cinq heures et demie. À la table à dessin, je finis une case de la planche 50 et me remets à cette case de la planche 34, à partir cette fois d'un document retrouvé dans ma pile de recherches iconographiques et qui, hier soir, m'a sauté aux yeux et semblé évidente. Vinyles : Lite fantastik (The Prunes) et Press the eject and give me the tape (Bauhaus). Me trompant sur l'heure, je pars en catastrophe, saute dans le métro et prends un tramway rempli d'étudiants mous. La journée est consacrée à la recherche de l'information, ou comment choisir une source d'information en réponse à une question donnée, exposé dispensé avec efficacité par un conservateur du Ministère de la Défense. Je mange des pâtes à la cantine en regardant passer les tramways. Je regarde en soirée L'Apocalypse de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat mais éteins, bien qu'intéressé, au cours de la seconde partie.

Lundi 1er décembre

Levé à six heures. Dispensé de cours aujourd'hui, j'en retire un sentiment de culpabilité tenace, mais aussi le plaisir ahurissant de pouvoir faire ce que je veux de cette journée. Je dessine une case de la planche 34, inspirée d'une illustration trouvée dans un livre d'histoire de l'art allemand datant de 1881. À l'ordinateur ensuite pour la mise en page de cette planche. Plusieurs essais sont tentés, mais cela ne va pas du tout. J'imprime les essais, puis retire en fin de compte cette case, qui ne me servira pas. Accessoirement, je monte quelques planches, armé d'une règle, d'un cutter et d'un ruban d'adhésif neutre, en rassemblant des cases éparses. À l'heure de la numérisation, les planches n'existent qu' artificiellement. Je vais à la Poste, achète du pain et de quoi cuisiner. Je prépare à manger. D. arrive à dix-huit heures. Eric T. frappe à la porte, puis c'est Markus Leicht qui arrive avec des bières. Nous ne nous voyons plus très souvent. Je me souviens des soirées passées chez lui, à consulter sa bibliothèque, regarder des films (Tarkovski, Bergman...), boire des bières belges. Je me souviens aussi des périodes difficiles qu'il traversait alors. Il est bien habillé, a l'air en forme. Puis Laurent B. arrive. J'ai préparé du boudin aux pommes, une entrée et un dessert. Michel nous rejoint à l'improviste. Nous parlons de tout au cours du repas, notamment de la situation éditoriale du moment, avant de finir la soirée avec Laurent, Markus et Eric à parler d'Internet et de technologie. Il me tarde de me coucher. Je fais la vaisselle en écoutant la conversation afin de me tenir éveillé.

Jeudi 27 novembre 2008

Le réveil sonne à cinq heures mais je me rendors et rêve que je participe à une séance de dédicaces dans un café. Il y a Guillaume Bouzard, Lucas Méthé, Jean-Philippe Garçon... ce dernier amenant deux exemplaires seulement de mon dernier ouvrage, dont le format est plus grand que ce qui était prévu. La jaquette est en papier fin ordinaire, les plats sous celle-ci sont ornés de dessins que je ne connais pas, imprimés qui plus est queue par dessus tête. J.P. me dit que l'imprimeur, se trompant, y a imprimé une couverture destinée à la revue Fluide Glacial. Lucas est très critique en ce qui concerne l'impression des pages intérieures. Au premier abord, l'intérieur du livre paraît mal imprimé, mais je fais comme si de rien n'était avant de me rendre compte qu'il est peut-être trop bien imprimé, les niveaux de gris sont si subtils que je ne reconnais plus mes planches. Le papier est en outre très fin, se froissant et se cornant très rapidement. Un incendie éclate dans une tour en construction en face du café. Guillaume sort un appareil enregistreur de sons. Une personne non pas en flamme mais incandescente, embrasée, titube dans la rue. Elle se dirige vers le bar ; c'est la panique, on entend des cris d'angoisse. Je crie quelque chose du genre : Vite, de l'eau ! Le barman jette une serpillière trempée sur la personne, qui ne s'avère plus être incandescente du tout, mais la chaleur a fait fondre ses lunettes en plastique qui forment un amas informe sur son visage. Cela me réveille, il est cinq heures vingt. J'avance une case rajoutée à la page 44.
Le froid est intense, le bus est bondé et j'ai le temps d'être frigorifié en attendant celui-ci et en traversant le parc, étouffé dans la brume. La journée est consacrée au Répertoire d'Autorité-Matière Encyclopédique Alphabétique Unifié dont l'acronyme forme le nom d'un compositeur classique.

Lundi 24 novembre 2008

C'est une journée pluvieuse et froide. On sent que la neige n'est pas loin. Je dépose aujourd'hui une grande partie de ce qui sera exposé à la librairie Expérience, soit cinq cadres de cinquante sur quarante centimètres et treize pièces de quarante sur trente centimètres prêtes à être encadrées. J'ai passé la majeure partie de la journée d'hier à confectionner les porte-feuilles en carton neutre à fenêtre. Jean-Louis et Nicolas ne sont pas là, leur collègue du lundi, que je ne connaissais pas, m'accueille. Je passe ensuite acheter des enveloppes dans une papèterie. Je me mets à la table à dessin en rentrant. Je finis une case de la planche 51 – la planche 50 n'est pas encore réalisée – et dessine deux cases dans la foulée, très facilement, ce qui est peu commun. Il se passe une chose notable ; à partir du moment où l'esprit est libre, cela avance. Tant que l'exposition n'était pas achevée, il m'était impossible de dessiner, ce qui me conforte dans l'idée que j'ai beaucoup de difficultés à travailler lorsqu'un train parallèle est en marche, qui interfère, me distrait, me signifie qu'il faut finaliser les choses les unes après les autres. Mais c'est comme si, aussi, cette période de rétention débouchait sur une période de facilité – même si la facilité en ce domaine me semble toujours douteuse. J'écoute en travaillant Condamné amour et Vidéo de Patrick Abrial, Dali's car, un projet peu connu de Peter Murphy découvert grâce à David, puis Billie Holiday.

Mardi 18 novembre 2008

Le réveil sonne à cinq heures mais je n'arrive pas à me lever avant six heures moins le quart. Cela fait quelques jours que je me couche tard. Je dessine un peu – planches 50 et 51, ainsi qu'un dessin de commande – puis je pars prendre le bus, traverse le parc sous une fine bruine. Je croise dans les allées l'habituelle troupe de canards râleurs.
Après une matinée consacrée aux catalogues, je passe à midi à la librairie Expérience, me fais inviter à manger par Jean-Louis et Nicolas, après avoir fureté entre les rayonnages et être tombé en arrêt, effaré, sur une adaptation en bande dessinée de l'Ancien Testament parue récemment chez un éditeur important, avec comme toujours ce détail incongru, cette faute sempiternelle : Eve née de la côte d'Adam, plutôt que de son coté. Nous parlons concrètement de l'exposition : combien de cadres, les dimensions de ceux-ci, quand, comment, où... mais aussi de la situation éditoriale du moment, de cette période particulière que sont les fêtes de fin d'année, des difficultés de leur métier. Nous rions en feuilletant un recueil de dessins de "unes" de Reiser. Je passe à la librairie Gibert et trouve deux livres d'histoire ; mon indigence et mon ignorance en cette discipline sont si grandes que je me dois de les combler. Je rentre ranger, faire le ménage, acheter du pain à la bonne boulangerie près de la Poste – faire des kilomètres pour acheter du bon pain –, du chou pour compléter la choucroute entamée hier soir. J'encadre des planches originales, avec cette technique que j'ai mise au point récemment : j'enchâsse les planches, des cartes à gratter d'une certaine épaisseur, dans un carton neutre assez épais, en découpant une fenêtre à l'exacte dimension de la planche. Vincent m'appelle en soirée à propos des obsèques auxquelles nous projetons d'assister demain.

Lundi 17 novembre 2008

Exposé dense et lumineux de Gérard Régimbeau concernant les notions de classement, de classification et d'indexation, exposé ne cachant pas les contradictions de ces opérations.

Vendredi 14 novembre 2008

Le matin : exposé tonitruant, sans équivoque, massif de Monsieur B. du Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche au sujet de la loi du 10 août 2007 relative à l'autonomie des universités, dont il est l'un des rédacteurs. Exposé proche d'un discours politique, la contradiction n'est pas de mise. Le malaise est visible chez nombre de stagiaires ; oui, mais il n'y a pas de télécommande pour changer de programme.
Je finis le taboulé entamé hier, agrémenté de pain et de jambon cru. Je discute avec une stagiaire écartelée : une vie dans le sud, un poste dans le nord et une formation ici, à Lyon, le nord du sud ou le sud du nord, c'est selon.
Le directeur du Service Interuniversitaire Commun de la Documentation de Grenoble nous livre l'après-midi une vision nuancée, concrète, de la loi exposée ce matin, nous parle des structures et des contraintes financières d'une bibliothèque. Il insiste sur un point jamais discuté dans les débats à propos de la question de l'élargissement des heures d'ouverture des bibliothèques : la sécurité.

Lundi 10 novembre 2008

Lucas Méthé et Boris Bukulin sont de passage à Lyon. Je les retrouve en fin de journée à la braderie de livres place Bellecour. J'y ai trouvé un peu plus tôt dans la journée Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi. Cette braderie est un gigantesque fatras, l'on y trouve tout et n'importe quoi. Nous allons boire une bière dans le bar en face de la Poste centrale, qui s'avère hors de prix. Nous discutons de nos lectures, mais aussi de nos projets respectifs en cours. Je tente d'expliquer le mien à Boris, mais d'une manière assez confuse. Boris nous explique le système de lecture, proche de celui d'un texte, qu'il met en principe dans son récit.

Dimanche 9 novembre 2008

C'est une journée pluvieuse qui commence, le ciel bas confère à toute chose une non-lumière grise, mais l'air est doux, ce qui fait que ce n'est pas véritablement une journée d'hiver mais un entre-deux préfigurant et nous faisant craindre la véritable saison froide. Puis le ciel se dégage, des éclats de soleil apparaissent et la douceur s'accentue. C'est aussi une journée de rangement de la pièce de travail ; je remplis un sac poubelle de papier. Lesté d'un sac-à-dos rempli de livres, je pars l'après-midi sur la place Bellecour où une association caritative récupère des dons de livres. Nous y avons laissé la veille pas moins de trois sacs remplis de papier imprimé. Les cinq bibliothèques du couloir de l'appartement ont retrouvé après cela un semblant d'ordre, même si la place laissée par la masse retranchée ne se voit qu'à peine. Cela me fait dire que je ne suis pas bibliophile ; l'attache sentimentale à un livre n'excède jamais chez moi la contrainte matérielle que celui-ci impose, en terme de place et de poids. De plus, un livre inutile que l'on n'ouvre plus est un livre mort. Je termine la journée à encadrer de vielles planches de bande dessinée en vue d'une possible exposition, et à dessiner un peu, tandis que D. trie des photos et avance sa correspondance.

Jeudi 6 novembre 2008

Je continue la planche 45, en écoutant l'étrange Demons dance alone de The Residents.
Nous avons tout le long de la journée une présentation des ressources informatiques de l'école, et je suis sidéré par l'offre et les possibilités de travail offertes en ligne, sur place et à l'extérieur, outrepassant tous les environnements dans lesquels j'ai travaillé jusqu'à maintenant. Je parle, pendant une pause, avec quelques élèves qui sont dubitatifs et déjà saturés, impatients de se frotter aux aspects concrets du métier, et me sens en décalage avec cela. Je n'ai jamais connu les bancs de l'université, et le fait d'accéder à ce niveau d'études est très valorisant. Une dizaine d'années à exercer le métier de magasinier, la lassitude et le peu d'avenir que me laissait cette profession, font que je bénis cet intermède. En fin de journée, saturé d'informations, je garde une attitude digne et pleine d'attention, mais je suis en vérité hagard, à essayer de tout emmagasiner. Je retrouve D. à dix-neuf heures. Nous nous offrons le petit restaurant japonais de la rue Condé, notre "cantine". Je regarde le soir un entretien de Pierre Bergounioux sur cassette vidéo. Le journaliste (Pierre Dumayet ?) est un parfait exemple de l'homme lettré suffisant, mais Bergounioux est précis et passionnant.

Mercredi 5 novembre 2008

Je travaille sur la planche 45, en écoutant Aladdin Sane et Station to station de David Bowie en vinyl – je suis en train de lire par ailleurs le David Bowie : une étrange fascination de David Buckley, intéressant mais tellement mal écrit (ou mal traduit ?) et si plein de coquilles que je ne sais pas si j'irais jusqu'au bout – que j'écoute à nouveau beaucoup en ce moment. Ça va, je dessine deux Joß Fritz directement à l'encre.
Je passe la matinée à passer des tests de catalogage et d'indexation. Cela se passe à peu près bien pour le catalogage, mais se complique pour l'indexation, que je ne pratique pas. J'ai l'opportunité, comme hier, de pouvoir déjeuner à la maison. De ce fait, beaucoup de temps est passé dans le tramway et c'est l'occasion de lire Le livre et l'éditeur d'Eric Vigne, assez critique vis-à-vis de l'expression "édition sans éditeurs" lancé par André Schiffrin, et de continuer L'Apparition du livre. L'après-midi, la directrice de l'école, dont j'avais lu naguère le court ouvrage Les bibliothèques, nous présente un état des lieux à la fois généraliste et précis du métier et de son environnement.
D. réclame son feuilleton quotidien, comme chaque soir, je lui raconte alors ma journée.

Mardi 4 novembre 2008

Levé à cinq heures et quart. Je me lance dans la planche 45, planche venant s'insérer entre les planches déjà réalisées, et ajoutée après discussion avec David à Nice.
Je prends le bus comme hier. Je suis à la formation à neuf heures ; ce sont cette fois des tests sur nos connaissances en informatique et en recherche documentaire. Les questionnaires sont précis et assez ardus, à la limite de mes connaissances. Quant aux exercices pratiques, ils les outrepassent : le fichier textuel à mettre en forme me demande beaucoup de temps, et lorsque le temps imparti est dépassé, je me rends compte qu'il y avait un second exercice, un tableau de données cette fois-ci, au verso de la feuille de procédures. Je n'ai donc fait que la moitié de la chose. Je m'amuse de ma bêtise, de cette matinée catastrophique. J'ai le temps de rentrer déjeuner à la maison, ce qui est un luxe.
Entretien avec un formateur l'après-midi sur les tests de ce matin. Il est amusé autant que je l'étais par mon impasse sur l'exercice du tableur. Je suis stupéfait lorsqu'il m'annonce que j'ai obtenu la seconde meilleure note aux questionnaires, ce qui me dispense de quelques cours d'informatique dans les semaines à venir.
D. rentre un peu avant vingt heures. Je fais un gratin de pâtes roboratif.

Lundi 3 novembre 2008

Je me lève à cinq heures trente, mais je n'arrive pas à travailler. J'ai préparé le découpage de 4 planches hier soir, mais rien n'y fait. Le fait d'entamer une formation dans un nouveau lieu donne à ce lundi un goût un peu fébrile de rentrée scolaire, qui me disperse. Je vais à la gare de Perrache réactiver mon abonnement pour les transports en commun. Je reviens puis entame une case, mais je fais une confusion de page, ce qui fait que ma mise en place du crayonné ne vaut rien. Comme il fait beau, je vais prendre une ligne de bus qui longe les quais du Rhône en partant de la Place Bellecour — la Place des Angoisses, selon Jean Reverzy, mais il n'y a plus beaucoup de brouillard aujourd'hui dans cette ville — dans le but de traverser à pied le parc de la Tête d'Or, très beau en cette saison et à cette heure. J'arrive à l'École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques à dix heures. La matinée se passe à nous présenter le déroulement de l'année à venir. La promotion est essentiellement jeune et féminine. Curieuse impression que celle de se retrouver sur les bancs de l'école. Je n'ai que mon baccalauréat et n'ai passé que deux années et demie en pointillé à l'école des Beaux-Arts pour tout bagage universitaire, école dans laquelle je me sentais mal à l'aise et de laquelle je suis parti sans diplôme. Le buffet à midi déride un peu l'atmosphère, je rencontre les personnes qui ont obtenu les postes sur lesquels j'ai moi aussi postulé, et les en félicite.
Le soir, D. me questionne sur cette première journée, nous en parlons avec animation et amusement. Je regarde L'Enfer de Matignon à la télévision, assez passionnant, mais j'éteins le poste avant la fin.

Mercredi 29 octobre 2008

Le réveil sonne à cinq heures, mais j'ai de la difficulté à me lever. Nous avons dîné hier soir avec Eric T., Laurent B. et Gabrielle. Le vin bu me fatigue. Je vais à l'atelier numériser une case, puis reviens réveiller D. qui est angoissée par son travail. Je tente de la mettre en confiance comme je peux. C'est une journée froide et pluvieuse.
La journée à la bibliothèque commence à huit heures et demie par du rangement et de la banque de prêt. C'est ma dernière journée, et je fais du "rab" pour clarifier les chantiers en cours avant de partir, du coup je me démène jusqu'à seize heures et demie pour laisser place nette à la personne qui me succèdera sur ce poste. Je fais un tour des bureaux pour dire au revoir aux collègues, avec plus ou moins d'émotion. Je rends ma carte d'accès magnétique, et j'ai un pincement au cœur en quittant ce établissement après cinq années de présence. La conscience de tourner une page, avec tout ce que cela implique matériellement, m'oppresse physiquement.
Je passe dans un grand magasin du centre expérimenter un livre électronique en vente depuis quelques jours, et assez convaincant. Mais les conditions d'essai de l'appareil sont contraignants et sont en premier lieu un prétexte pour faire la réclame du catalogue électronique du magasin. Je suis à la maison à dix-sept heures et demie. Je suis un peu perdu et tourne en rond. Je n'arrive ni à lire ni à travailler. D. arrive vers dix-huit heures, un peu rassérénée. Nous parlons de projets, comment nous envisageons le proche avenir. Je me couche tôt.

Dimanche 26 octobre 2008

Je me lève après six heures. Le passage à l’heure d’hiver fait que je suis réveillé depuis longtemps. La bouteille de vin bue à deux hier soir me ralentit. Je vais voir la mer au lever du jour. Une lueur sur la côte, à l’ouest, m’intrigue jusqu’à ce que je comprenne qu’il s’agit d’un avion décollant de l’aéroport de Nice. Il fait un demi-tour majestueux au-dessus de la mer et pique au nord. Je vois des SDF au petit matin, l’envers du décor de cette ville hédoniste. Beaucoup de panneaux À vendre aux fenêtres des beaux immeubles. Il va faire très beau, la lune est un mince croissant très brillant dans le ciel immaculé. Je prends mon petit déjeuner à sept heures et demi à l’hôtel avec David. Je lui laisse des tirages format A3 de notre projet. Le chauffeur de taxi vient nous chercher à neuf heures. Mon train démarre à neuf heures trente. Je suis à la maison à quatorze heures passées. J’ai l’impression d’avoir passé la majeure partie de mon temps dans le train durant ces deux jours.

Samedi 25 octobre 2008

Je prends le train à onze heures à la gare de la Part-Dieu. Le départ est un peu pénible ; c’est le premier jour des vacances et les trains sont assaillis de voyageurs occasionnels qui n’ont pas l’habitude de prendre le train, munis de bagages énormes, de poussettes… J’entame la lecture de L’Apparition du livre de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin, et continue celle de Roland Barthes, mais je suis un peu distrait. Je somnole même sur certains points du parcours. Je sors du train à quinze heures et demie. Il fait chaud. Un chauffeur de taxi, très cultivé et qui me donne un cours sur l’histoire de la ville, m’amène au café où doit se tenir la rencontre. David est déjà là, attablé en terrasse avec Abraham, l’animateur du débat. On me propose une bière locale ; je fais mon malin en expliquant que celle-ci n’a rien de local : elle est brassée en République Tchèque. Nous voyons Bruno, l’instigateur de la soirée. Nous disons notre laïus devant une assemblée de dames âgées férues de littérature et de quelques lecteurs de bande dessinée. Le débat est dense. Je dis, à la stupéfaction de quelques-uns, que je n’ai aucune imagination visuelle, et que la lecture d’un livre ne me procure aucune image. Nous dédicaçons et allons visiter l’exposition des planches, accompagnés par Céline D. Le magasin est immense, sur plusieurs niveaux, et saturé de produits culturels. L’exposition, impressionnante, se tient dans le rayon des beaux-arts. Nous feuilletons quelques bandes dessinées. Avec un sourire, David dit : et si nous allions au rayon philosophie, plutôt ? Nous musardons dans les rayonnages. Je lorgne sur la Pléiade de Claude Simon. David achète deux nouveaux ouvrages de Peter Sloterdijk. Après avoir déposé nos bagages à l’hôtel, nous allons voir la mer, puis nous engageons dans le vieux Nice, dînons comme des touristes à une terrasse. David est effaré par le nombre de distributeurs d’argent. La rue piétonne dans laquelle nous dînons est un défilé ininterrompu de jeunes gens qui aiment être regardés, de jeunes filles habillées comme dans des clips musicaux.

Mardi 21 octobre 2008

Levé à six heures. Il fait beau. À la bibliothèque de neuf à dix-huit heures et demie.
La sirène d'alarme retentit ; les lecteurs sont évacués, mais nous croisons un agent de sécurité qui nous signifie que ce n'est qu'un essai et que l'évacuation est superflue. Nous sommes comme des imbéciles, les lecteurs ne savent plus qui écouter. Je suis ulcéré.
Lucas Méthé m'envoie des fichiers bruts et compressés de ses pages pour un prochain numéro de la revue Lapin que veut relancer l'Association. Je lis cela sur écran, vite, en travaillant, je trouve cela brillant et dans la continuité de ce que fait Jean-Christophe Menu, qui est sans doute l'auteur français de bande dessinée le plus sous-estimé actuellement.
Dans la soirée, Jean-Philippe me téléphone pour discuter d'une dernière modification de la couverture de Strates, lequel est prêt à partir à l'imprimerie. Inch Allah.

Mercredi 15 octobre 2008

Levé à cinq heures.
Journée de travail fatigante ; ce sont les derniers jours passés dans cette bibliothèque, il y a donc une quantité de choses à faire. Outre le bulletinage et les rangements quotidiens, je rapatrie avec William de vieux périodiques des ex-pays de l'est d'un magasin à l'autre. Et c'est qu'il faut ensuite les intégrer dans les rayons ; et donc refouler les collections en place ; et revoir les rayonnages qui ne conviennent plus. De même, il reste des monceaux de titres mis de coté qu'il faut intégrer, procéder à des "refoulements". Tout cela dans un local aveugle et un éclairage insuffisant. Il fait très beau, et cette chaleur inhabituelle en cette période - des journées d'été fichées comme des coins dans l'automne - donne une certaine torpeur à chaque geste.
Je dessine le soir, mais il faut que je me force.

Dimanche 12 octobre 2008

Il fait très beau, mais j'ai deux illustrations à faire. Le numéro part chez l'imprimeur demain. Je reste attaché à la table à dessin toute la journée. Le premier dessin vient dans la matinée. Je le numérise et procède à la bichromie. J'écoute, en travaillant, le vinyl d'Absolutely free de Franck Zappa & the Mothers of Invention. Le second dessin est terminé en fin de journée. Je le numérise de même dans la foulée, rajoute un calque rouge. Je suis mécontent du résultat - trop rapide, trop simple - mais le résultat, je l'espère, est efficace. Enfin : disons que Sébastien est content, et cela me va. Surtout, je suis content de m'en être tiré dans des délais si courts. J'ai l'idée d'un troisième dessin sur le même article, mais il est trop tard. J'essaierai de le réaliser cette semaine. Je suis de meilleure humeur qu'hier.
En soirée, je regarde l'Ivresse du pouvoir de Chabrol, que je trouve caricatural, malgré Isabelle Huppert. L'horaire des films à la télévision ne me convient pas, me fait me coucher beaucoup trop tard.

Samedi 11 octobre 2008

Je réveille D., qui travaille aujourd'hui, à sept heures. Je pars acheter des croissants. Je passe une partie de la matinée à l'atelier devant l'ordinateur, à numériser une case et à régler ce problème de fichiers, mais aussi à tenter de déboucher l'évacuation du trop-plein du ballon d'eau chaude de l'appartement, ce qui m'agace, car j'y passe un temps infini. Je plie une lessive et en lance une nouvelle. L'après-midi se passe à préparer les illustrations pour CQFD. J'écoute les vinyls de Meddle des Pink Floyd - qui a mon âge - et de Love's Holiday Orchestra d'Oxbow.
Je sors à dix-sept heures, pas très en forme. Une sorte de faiblesse, proche du malaise, me plombe les jambes. Je décide de marcher pour rejoindre D. J'achète des cartouches d'encre pour imprimante à la FNAC, ce qui me vaut une haine pour ce genre d'endroit saturé. La cohue du samedi fait que je zigzague dans les rues pour me dépêtrer des badauds. Je retrouve D. dans un magasin de vêtements professionnels : elle a un bon de 40 euros, dispensé par son employeur, à dépenser. Tout est hors de prix et nous ne savons quoi prendre ; je prends des chaussettes, et c'est réglé.
Nous regardons le début du Sacrifice de Tarkovski ; D. s'endort. Aussi je décide d'arrêter le DVD, un peu renfrogné.

Vendredi 10 octobre 2008

À la table à dessin à six heures et demie, j'achève la case entamée mercredi, le visage de Joß Fritz taillé à la serpe, un mélange de Klaus Kinski, Patrick Abrial et Malcolm Young. J'essaie de me garder de certains effets graphiques faciles, ce qui n'est pas simple lorsqu'on est à la tâche, sans recul. Ce discernement est pour une grande part dans la qualité d'un dessin. Je reprends la planche 47, entamée avec l'image du Christ du 9 septembre dernier. Un mois, déjà !
J'achète le journal à la gare de Perrache et le dernier numéro de la revue Noise, dans lequel il y a un entretien avec les Doppler - servi par une photo anti-commerciale au possible, mais qui leur ressemble bien - , et un entretien avec les gérants d'un nouveau magasin de disques indépendant parisien, où il est question de la loi Lang. À la bibliothèque à huit heures et demie, je range en urgence, avant l'ouverture, les ouvrages à ranger, j'allume les lumières et les ordinateurs.
Je suis chez Valérie à dix-neuf heures. Dans la seconde où je vois Ryu, qui a grandi, j'ai l'impression de voir son père. Nous regardons les photos du 27 septembre dernier, affinons la sélection. D. arrive à vingt heures. Nous mangeons le délicieux repas de Valérie puis, après avoir couché Ryu, elle nous remet devant l'écran. D. veut examiner chaque photo posément et une par une, ce qui fait que nous y passons beaucoup de temps, tant et si bien que, malgré mes mises en garde, nous partons plus tard que prévu et nous devons littéralement dévaler les Pentes en courant pour attraper le dernier métro. La rame est bondée de jeunes espagnols parlant fort, des bouteilles de vin ou de bière à la main. Il n'est pas loin d'une heure lorsque nous nous couchons, rompus.

Jeudi 9 octobre

Levé à cinq heures. La pluie a cessé durant la nuit. Je file à l'atelier numériser les dernières cases, mais aussi renommer les fichiers numérisés, étant donné que la pagination du Projet a changé. Je retourne à la table à dessin à sept heures. Babylon Seeker de Techno Animal. À la bibliothèque un peu avant huit heures et demie.
Mon après-midi est libre. Je rentre, fais quelques courses, me prépare un ersatz de repas. Aspirateur, lessivage du sol, lessives. Sébastien du journal CQFD me téléphone pour un article. D. rentre à dix-neuf heures. Je passe la soirée à l'ordinateur portable à corriger des liens d'images dans le fichier de mise en pages du Projet, fichier qui combine les cases numérisées et mises en page et les textes de David. Mais j'ai un doute quant au dossier sur lequel pointe ce fichier pour afficher les images. Il faut éclaircir ce point avant de continuer, au risque de passer d'autres soirées à cela sans que cela serve à quelque chose. Alors je m'arrête, un peu perplexe.

Mercredi 8 octobre 2008

Levé à cinq heures, à la table à dessin à six. Je continue les cases de la page en cours, une page de dialogue un peu figée : succession de visages dans l'ombre. J'essaie de travailler chaque visage comme un paysage abstrait et complexe, mais il m'en coûte ; chaque visage entamé est un défi, je ne sais pas où je vais, les choses se dérobent constamment et il faut souvent tenter de rattraper la chose. Je suis penché sur plusieurs cases à la fois pour rafraîchir le regard. Néanmoins, le rythme revient, après cette longue interruption. Dehors, une lumière orangée urbaine est diffusée par les nuages bas ; Il pleut. Visages fermées dans le tramway et le métro.
À la bibliothèque à huit heures et demie.
Je me mets immédiatement à la table à dessin en rentrant à dix-sept heures et demie, finalisant deux cases de la page43, devenue 46 à la suite de remaniements, en écoutant Hymns de Godflesh. Je commence une case après manger, avant d'avancer un peu dans ma lecture du Marcel Proust de Georges D. Painter. Il a plu sans discontinuer, toute la journée.

Mardi 7 octobre 2008

Levé à cinq heures. Je prends un moment pour lire, puis pour aller à l'ordinateur à l'atelier. Je me mets à la table à dessin après sept heures. Difficulté de se remettre au Projet, de faire en sorte que dessiner redevienne une habitude, de ne pas se demander quelles en sont la raison et l'utilité. J'écoute Techno Animal : Unmanned et Phobic. Je suis à la bibliothèque à neuf heures et demie. La journée commence par une réunion où sont discutés notamment les problèmes liés au droit de copie, faisant de chaque bibliothèque un délinquant potentiel, bulletinage, rangement en magasin - dont le titre Études, éclaté en deux endroits, et que je rassemble -, et se termine à dix-neuf heures à la banque de prêt. Je rentre un peu avant vingt heures. D. est déjà là.

Samedi 4 octobre 2008

Réveillé à six heures. Je suis le premier à prendre mon petit-déjeuner à l'hôtel. Je retrouve David à neuf heures, qui prend son café. Nous nous réservons une heure pour parler de notre projet et regarder les tirages d'imprimante grand format que j'ai amenés, y apporter des modifications de pagination. Il fait un temps splendide, net. Dédicaces sur le stand. Nous parlons de Bauhaus, Virgin Prunes, David J... des goûts communs que nous avions en musique dans les années 80. Nous sommes tous les deux interrogés par un jeune homme pour une radio. Nous avons le double de son âge. J'assiste à l'entretien avec Pierre Michon. Je suis ému de le voir et de l'entendre. Il parle des incipit et des excipit brutaux de ses textes, comme deux coins plantés dans une portion de temps. J'apprends que Pierre Joxe ne participera pas au débat de demain, et que le modérateur ne sait pas plus que nous ce qu'il va dire. Ces deux points me rassérènent. Le soir, discussion un peu douloureuse avec David, Jean-Philippe et Miquel à propos de la situation des éditions 6 Pieds sous terre. Autour de nous, c'est l'inauguration du festival. Je suis hors du coup, éloigné de la fête.

Vendredi 3 octobre 2008

Levé à cinq heures, mais réveillé bien avant. Je prends le tramway. Dans le hall de la gare de la Part-Dieu, j'attends l'annonce du train à prendre. Il fait encore nuit quand celui-ci quitte la gare. Je lis Paysage fer de François Bon, ce qui est assez approprié. Quatre personnes parlent fort, dont une dame très bronzée et très maquillée, à la voix rauque de fumeuse. Je regrette de n'avoir pas pris mes boules Quiès. Des formes se précisent peu à peu au sein de l'obscurité qui enveloppe le train, en particulier à l'Est, à gauche du train dans le sens de la marche. Les arbres composent des masses sombres. Le soleil se lève à hauteur d'Avignon - ces nouvelles gares qui ne sont que d'immenses parkings implantés en rase campagne - comme une promesse de Sud. J'alterne ma lecture de Bon avec celle de Roland Barthes, La Préparation du roman I et II : cours et séminaires au Collège de France. Je suis distrait par le paysage ; c'est que le train longe, d'un coté, la mer, de l'autre coté des montagnes étranges, rouges. Plus le trajet avance, plus celui-ci contraste avec le livre de Bon ; D'ordinaire, le train montre l'envers du décor, les maisons par leur cul : arrières-cours, jardins abandonnés, fenêtres de cuisine, garage à voiture. Nous sommes dans le sud, et c'est presque trop beau : les maisons se présentent de face, bien plantées dans un beau paysage ensoleillé, flanquées de leur piscine adjacente bien en vue.
À Cannes, un homme portant bizarrement un pansement sur chaque oreille me conduit au festival. Deux écrivains parlent entre eux dans la voiture, d'une manière doucereuse et policée, comme hors du monde, sans un regard pour ce qui les entoure, à propos de coups médiatiques et d'échanges de bons procédés. Je retiens la phrase "je lui fais un cadeau en or", comme dans un film sur la Mafia.
Je pose ma valise à l'hôtel flambant neuf, parcours les bouquinistes, trouve un Proust en Pléiade, y croise James. Je mange rapidement un plat du jour et me rend au stand. Un étudiant m'interroge pour une radio, me demande de parler de mes trois livres préférés. Je lui cite trois ouvrages qui ont compté pour moi - mais surtout pas de bande dessinée. Je parle assez superficiellement des ces trois livres, mais d'une manière enthousiaste, ce qui doit donner le change.
Julie, Jean-Philippe, Marcel Couchaux, Paco Roca et David Vandermeulen arrivent peu à peu. Nous allons boire un verre. J'apprends que nous ne participons pas à un débat dimanche matin, David et moi, mais à deux, et à la suite, dont un avec Pierre Joxe, ce qui m'apeure et me surprend franchement. Nous dînons tous ensemble, la soirée est gaie, mais la fatigue ne tarde pas à tomber et la conversation me glisse dessus sans que j'aie de prises sur elle. Alors je pars me coucher, accompagné par Paco Roca. La voix ténue et lointaine de D. au téléphone portable me remplit de tendresse et de regret de n'être pas à ses cotés.

Mardi 30 septembre 2008

Levés à six heures et demie. Nous devons emmener Catherine à l'aéroport Saint-Exupéry. Nous chargeons, après le petit déjeuner, les deux valises de Catherine et tous mes cadres dans la voiture que nous a prêtée Michel. Je case quelques bagages de plus. Le lac d'Aiguebelette est dans la brume, mais la journée promet d'être dégagée. D. est au volant. Durant le trajet, nous parlons des États-Unis, de gravures et de son ami historien, André Palluel-Guillard, qu'elle nous a présenté hier soir. Arrivés à l'aéroport, la voiture émet des bruits inquiétants et, ce qui nous alarme encore plus, une odeur de matière plastique brûlée envahit l'habitacle. Nous abandonnons Catherine à son embarquement pour New-York, puis nous revenons à la voiture. Les aéroports ont la faculté de m'angoisser. Nous n'avons bien sûr pas les papiers de la voiture de Michel, mais nous réussissons à otenir le numéro du contrat d'assurance. J'appelle l'assureur qui me signifie que seuls sont pris en charge les véhicules immobilisés. Celle-ci peut rouler. Je paie le parking et nous nous renseignons pour le garage le plus proche. Nous arrivons à en approcher trois, plus ou moins cordiaux - le marché de l'automobile est colossal et effarant - avant de trouver un établissement qui puisse garder la voiture etcsurtout changer la pièce qui pose problème : l'embrayage, en l'occurrence. Le garagiste nous prête un véhicule de remplacement. Nous chargeons les cadres, ces morceaux de bois, de verre et de papier, anachroniques hors de mon atelier, et qui nous encombrent bien aujourd'hui. Arrivés à Lyon, nous les déposons à l'appartement. Nous mangeons à la pizzeria Avarello avec Michel. Nous récupérons notre Yaris que nous lui avions prêtée. Les cadres retrouvent leur place attitrée sur les murs de l'appartement. Il manque seulement le grand cadre du salon, que nous ramènerons dans un prochain voyage.
Je passe à l'atelier lire mes méls, puis pars poster du courrier. Nous repartons à Aiguebelette en début de soirée ; il reste quantité de choses là-bas à ramener. J'importune D. avec l'autoradio et mes cassettes des Residents, Snakefinger et Godflesh. L'arrivée à la maison du Farou est à nouveau un enchantement.

Vendredi 19 septembre 2008

Levé à six heures et demie. Je lis puis pars à l'atelier allumer l'ordinateur. Méls, etc... Chose incroyable, je vais chez le coiffeur, ne tolérant d'ordinaire que la tondeuse passée le plus rapidement possible sur le crâne une fois par mois. Tant d'égards et de prévenances de la part de la coiffeuse me gênent. Je fais des efforts, et c'est pour une noble cause. À la librairie Passages, je trouve du François Bon et du Pierre Bergounioux, notamment, de ce dernier, ses entretiens avec Michel Gribinski : Où est le passé, que je cherche depuis quelques temps et qui, même là, ont été difficiles à dénicher, déclassés qu'ils étaient dans le rayon des sciences humaines, plus précisément en psychanalyse. Bon, pourquoi pas. Je me heurte à la porte fermée de la MJC Monplaisir, reviens sur mes pas et passe prendre ma nouvelle carte d'identité à la mairie un peu pompeuse du second arrondissement, qui n'a pour seul mérite que de se tenir à proximité de la basilique d'Ainay. J'en profite pour consulter la publication des bans, et trouve ce que je cherchais.
Je réussis l'après-midi à visiter la belle exposition de Valérie Berge dans le quartier Monplaisir. Je tombe en arrêt sur une pièce, un tirage réalisé selon le procédé Van Dyke d'après une photo numérique montrant un ancien atelier, avec trois fenêtres dans le fond. Rien n'y est blanc ni noir, tout y est très net et décrit avec seulement des nuances de gris très précises. J'ai trouvé sur le trajet à l'aller l'œuvre complète pour piano de Satie, par Aldo Ciccolini, d'occasion. Je jette à la poste le dossier de l'ENSSIB.
Je prépare notre retour à Aiguebelette. D. est en vadrouille en voiture chez les uns et les autres en train de récupérer ce qu'il nous manque.
Je n'aurai pas travaillé sur le projet de La Passion des anabaptistes durant cette semaine de congé, ce qui m'exaspère, mais en même temps me fait du bien. Tout au plus aurais-je mis en place, à l'ordinateur portable, les textes de David et les cases récemment dessinées sur les pages en cours. Mais c'est tout de même du travail.

Jeudi 18 septembre 2008

De passage à Lyon. Je vais chez l'opticien pour un petit problème concernant mes lunettes, cet appendice indispensable sans lequel je ne pourrais pas lire ni dessiner. Je fais le tour des librairies, mais ne trouve rien dans les grandes enseignes, au fonds limité et assez déplorable. On trouve du Janine Boissard en plusieurs exemplaires et toutes les nouveautés, mais pour trouver du Bergounioux ou du Bon, c'est une autre paire de manche. Je finis par Gibert et reviens avec un peu de Bourdieu et de François Bon en occasion.
Au courrier, le dossier de l'ENSSIB à remplir et renvoyer. J'y passerai la soirée, il me faut ressortir plein de vieux papiers. Je me pose des questions sur ces dispenses d'enseignement, et trouve un peu présomptueux d'en demander. Il me faut profiter de cette année de formation pour engranger le plus de cours possible, et surtout lire tous les ouvrages en souffrance que je n'ai pas le temps de lire d'ordinaire.

Dimanche 14 septembre 2008

Levé un peu après sept heures. À l’ordinateur, je liquide deux affaires qui traînaient : j’envoie à Jean-Philippe des compléments pour la préface de Strates, à David des indications, trouvées sur Internet via le chantier de numérisation d’une grande firme américaine et corroborant le fait que notre citation est bien de notre ami Luther.
Au fil de la journée, la grisaille d’effiloche et c’est avec un grand bonheur que nous retrouvons le soleil. Je prépare tout ce qu’il y a à emporter : cadres, vêtements, ordinateur portable, matériel de dessin, outils divers… Nous mettons le tout dans la petite Yaris, qui s’en trouve bien encombrée, et partons vers dix-huit heures. Une barre de nuages masque l’horizon à l’est. Nous nous dirigeons droit dessus, laissant les éclaircies derrière nous. Nous arrivons à Aiguebelette sous un ciel bas. Tout est humide à l’excès. Nous déchargeons tout. Je pars chercher du bois dans la grange, en contrebas, dans l’obscurité montante. J’allume un feu de bois dans l’insert du premier étage. Lorsque je veux me laver les mains avant de faire le dîner, je constate qu’il n’y a pas l’eau courante. C’est qu’elle a été coupée et il me faut ressortir avec une lampe de poche plonger les mains dans la fosse remplie d’eau de pluie pour ouvrir le robinet d’arrivée. Nous dînons près du feu, et c’est un moment serein et délicieux. Je lis, mais tombe vite de sommeil.
J’avais oublié : lu hier soir, de Blutch, Volupté, qui est un drôle d’ouvrage, un peu « casse gueule », plein de bonnes choses. Il n’empêche qu’il a ce coté un peu « m’as-tu-vu », mais de manière consciente, comme le signifient le prologue et l’épilogue montrant cet enfant qui plonge dans une rivière trouble, et qui veut que tout le monde le sache.

Samedi 13 septembre 2008

Levé à sept heures. Ce sera une journée pluvieuse du matin jusqu'au soir, un avant-goût de l'automne. Rangement, travail à l'ordinateur. Jeanne vient manger à midi. Je fais des courses l'après-midi : cigares et carton de bières coréennes, lequel est très lourd. J'ai rendossé ma veste imperméable noire, achetée en Auvergne, tellement il fait frais. Je passe par cette cour des miracles qu'est la station de tramway de la Guillotière ; il y a là une quinzaine de types dans un état de délabrement avancé, au vu et au su de tous. C'est à peine s'ils peuvent marcher, s'urinant dessus, leurs journées se perdant en chamailleries dans une brume alcoolique, avec pour seul horizon la répétition des jours.
Une fois rentré, je recherche des traces de cette citation qu'il me semble être attribuée à Luther, en trouve une trace, ambigüe, dans cette étonnante étude de Gabriel d'Aubarède, La révolution des saints, parue chez Gallimard en 1946.

Vendredi 12 septembre 2008

Hier soir au téléphone avec David Vandermeulen, à propos de cette citation glissée au début du premier chapitre de notre projet La Passion des anabaptistes, et que je crois être de Luther. Il me parle de remises de prix, d'une conférence vue récemment, de ce débat que nous devons faire à Mouans-Sartoux, de ses déboires informatiques. Nous avons été réveillés à onze heures du soir par un violent orage, puis par de la musique vers trois heures et demie du matin.
Les yeux ouverts à cinq heures et demie, levé à six. À l'ordinateur à six heures et demie, puis départ pour la bibliothèque à huit heures.
Il y a un "pot" pour le départ à la retraite de Madeleine P. à midi à l'université Lyon 3. Beaucoup de monde, de têtes connues. Je parle avec Nathalie M.-R., que je ne connaissais pas, avec Jean B., le directeur du SCD. D. m'a rejoint et me raccompagne au tramway ; je repars pour la deuxième partie de ma journée de travail. Préparation du train de reliure, réponse à des demandes diverses, du mieux que je peux.
Je passe au pressing, sous une pluie battante. Au courrier en rentrant, les deux billets de train pour le festival du livre de Mouans-Sartoux.
Nous ne faisons rien le soir ; je vais chercher deux pizzas chez Avarello, nous regardons un film de science-fiction des années 80 – nous sommes alors en pleine Guerre Froide – et je m'ouvre une bière tchèque. C'est un peu la fête.

Mercredi 10 septembre 2008

Tôt le matin, je numérise la case dessinée hier soir, et encadre des dessins.
La journée est fatigante ; je n’arrête pas de courir en magasin établir les états de collection des périodiques, de reporter ces états dans des logiciels permettant de les afficher en ligne. C’est fastidieux, abrutissant. À midi, je propose à Gabrielle et Vincent de manger au kébab de la place des Pavillons, tant la fréquentation quotidienne de la cantine, à force, me pèse. C'est un petit moment de liberté au milieu de la journée. Le transporteur passe vers quinze heures. Je suis soulagé.
Je fais un tour place Carnot au marché du soir en sortant du travail. Il y a beaucoup de monde, à la mode de ce quartier : bien mis, bourgeois.
Il y a un message de David V. au téléphone : son disque dur est « mort », il n’a plus accès à Internet. Je croise les doigts pour que pareille chose ne m’arrive pas de si tôt. Angoissé comme je suis, je multiplie les disques durs externes de sauvegarde.
Mes parents passent à la maison en début de soirée. Eric T. passe se joindre à nous. Il rentre de Haute Loire et nous ramène un saucisson exceptionnel. Nous plaisantons sur l’affaire du LHC de Genève mis en route ce matin, sur le fait que nous n’ayons pas sombré dans un trou noir. Nous parlons de cinéma, de livres. Je parle de Pierre bergounioux et de Pierre Michon – je prête d’ailleurs Abbés à mon père. Mes parents partis, Eric reste un peu. Nous parlons d’informatique, de Don de Lillo – je lui ai prêté Libra – dont les romans m’ont durablement marqué, en particulier Outremonde. Je lui prête ce soir-là Mon mignon de Lucas Méthé, ainsi que le premier numéro du Lock groove comix et La Topographie interne du M de Jean-Christophe Menu.
Nous sommes très fatigués avec D. et nous couchons à l’heure des poules.

Mardi 9 septembre 2008

Soirée d’hier un peu agitée ; D. devant rejoindre Jeanne chez elle, je me prépare à passer une soirée de travail solitaire. Mais les projets ont changé, et c’est Jeanne qui vient chez nous. Je prépare un riz pilaf et des légumes pour tout ce monde. Le téléphone sonne sans arrêt. Je prépare le colis pour la FNAC de Nice qu’un transporteur doit venir chercher le lendemain. Nous allons chercher des affaires que nous entreposions au garage et raccompagnons notre hôte à sa voiture. Je fais la vaisselle et je range. Résultat : je n’ai rien fait.
Levé à six heures. À six heures trente je suis à l’ordinateur pour numériser la première case de la planche 43. La chasse d’eau de l’atelier a manifestement fui une grande partie de la nuit. Je la tripote et elle cesse de fuir. Je reviens à la table à dessin afin de préciser le découpage des planches 44 à 46. J’écoute le Live du groupe tchèque E, en vinyl. Recherche de documents dans ma bibliothèque. Je pense m’inspirer d’un christ sculpté d’Arcabas pour une future case.
Je pars un peu avant neuf heures, lesté de mon gros porte-document rigide – en fait une véritable valise – pesant bien ses dix kilos et contenant l’exposition Faust qui doit débuter le 27 septembre prochain à Nice, soit vingt planches en couleurs encadrées en portefeuille, ce qui fut tout un travail à faire.
La journée à la bibliothèque démarre par une réunion, puis bulletinage, refoulement en magasin, tri de revues toutes plus inintéressantes les unes que les autres. J’essaie de ne pas m’éloigner de mon téléphone une grande partie de l’après-midi ; le transporteur doit passer entre quatorze heures trente et dix-huit heures. Évidemment, pas d’appel, encore moins de passage. Mes espoirs s’amenuisent avec la journée qui s’enfuit. J’appellerai demain, mais cela m’irrite d’avoir été tendu, dans l’attente du départ de ces planches, ce qui n’est pas une mince affaire et un peu stressant, pour rien. Je suis en banque de prêt jusqu’à dix-neuf heures.
D. a fait à manger quand je rentre. Il est presque vingt-et-une heures lorsque je me remets à la table à dessin. J’écoute Heinrich Schütz, die Sieben Worte Jesu Christi am Kreutz, que je ne connais pas, une version de 1966 avec Peter Schreier et Theo Adam, ainsi que du François Couperin, des enregistrements de 1959-1961, toux deux en vinyl. Les pochettes des disques d’Archiv Produktion sont de véritables petits chefs-d’œuvre typographiques, soit dit en passant. En adéquation totale avec cela, je dessine le Christ projeté ce matin même (quatrième case de la planche 44) Tout cela ne respire pas la joie.
Des photos saisissantes de la guerre du Vietnam dans le journal, signées Horst Faas, lequel explique que ce genre d’images n’est plus diffusé du fait de la tiédeur des médias actuels, des autorisations, mais aussi du désintérêt du public.

Dimanche 7 septembre 2008

J’ai beaucoup rêvé mais je sens que le sommeil a été réparateur. Surpris par la lumière de l’aube dans la chambre du premier étage ; il est vrai que nous sommes un peu plus à l’est. Je me lève un peu avant sept heures, descends au port à pied, file au village, repère l’arrêt du car pour le retour de ce soir, remonte par le Noyau, le Grand Champ, le Mont, puis redescends. La journée promet d’être belle et efface par enchantement, et assez brutalement, la journée exécrable d’hier. Des bancs de brume restent accrochés par endroit sur le relief, et rendent d’autant plus nettes des parties du paysage, par contraste, qui se détachent dans l’air gorgé d’eau, en particulier les falaises du Mont Grêle.
J’achète dans la matinée diverses bricoles à la belle quincaillerie de Novalaise ; du fil de fer, divers vis et crochets. J’accroche des sous-verres l’après midi, puis m’évertue à faire de même avec la grande toile marouflée sur bois aggloméré, datant de 1996, originellement une Cène de deux mètres cinquante de longueur recadrée et découpée. Cette toile, qui mesure maintenant un mètre vingt sur quatre-vingt centimètres semble ridicule dans cette vieille et grande maison, alors qu’elle s’imposait de toute sa surface dans l’appartement de Saint-Denis et maintenant dans l’appartement lyonnais.
Je recouvre de lasure l’intérieur des deux volets roulants, et tâche d’en finir avec cela à dix-neuf heures. Ce que je fais. Après un rapide dîner, nous sautons dans le car qui nous dépose au Pont-de-Beauvoisin, d’où nous prenons un train. C’est la presse des dimanches soirs, il est bondé d’étudiants. Chacun a son téléphone portable, son lecteur MP3. Un des voyageurs, la trentaine, regarde des clips insipides sur un petit écran. Il semble y trouver un immense plaisir. Un homme a un chien ridiculement petit sur les genoux. Les gens s’encombrent de choses inutiles. Pendant que D. trouve une place assise, je lis debout dans le soufflet entre deux rames, avant de récupérer moi aussi une place. Nous sommes à Lyon après neuf heures du soir.

Samedi 6 septembre 2008

Assez mal dormi. Le matin à l’atelier ; un imbécile a jeté une bouteille de whisky sur la terrasse, cette nuit, qui a éclaté et projeté des éclats un peu partout.
J’encadre des dessins. A dix heures nous recevons Sun et son mari, en vue des préparatifs des festivités du 27 septembre prochain. Nous parlons de cuisine coréenne jusqu’à onze heures et demie. Sun est ravie d’apprendre qu’un français peut aimer le kimchi et le bibimbap.
Je vais chercher des billets de train à une borne automatique de la gare de Perrache, pour le trajet du débat de Nice en octobre prochain. Les merveilles de la technique : je retire à Lyon des titres de transport émis et payés à Nice.
Je travaille sur la planche 43 entre dix-sept et dix-neuf heures en écoutant Catch 33 de Meshuggah et Capture & release de Khanate, tous deux en vinyl. Ma propension à écouter des choses extrêmement violentes ne cesse de m’étonner. Il faudra que je me penche sérieusement sur la question. Je m’avise que le niveau de mon pot d’encre est particulièrement bas, ce qui m’alarme un peu ; l’encre est japonaise, de la marque Deleter – conseillée par Reno Lemaire – et me convient parfaitement : elle est très fluide et en même temps très opaque, ce qui est actuellement rare. Je ne la trouve qu’à Paris ou sur Internet. J’utilisais auparavant l’encre de chez Sennelier, qui est extraordinaire, mais épaissit trop avec le temps.
Isabelle et Jean-Jacques passent nous prendre en voiture. Nous chargeons des tableaux et des sous-verres. Nous sommes à la maison d’Aiguebelette vers vingt heures. Il n’a pas arrêté de pleuvoir de toute la journée.

Jeudi 4 septembre 2008

Il pleut. 12 galaxies d’Oxbow en disque compact gravé d’après des fichiers numériques. J’achève une case, et en met en place une nouvelle. Je suis à moitié à ce que je fais. Je lis, puis y retourne. Cela avance un peu.
Ciel bouché, il pleut par intermittence. C’est la grève des transports. Je sors avec D. qui prendra une ligne de métro qui, manifestement, fonctionne. Je fais le trajet à pied en quarante minutes. Le pont Galliéni est engorgé de piétons. Agressivité des automobilistes. Non seulement les voitures, mais il faut maintenant composer avec les cyclistes. Mais enfin, en cas de collision entre un piéton et un cycliste, les deux se feront mal, c’est tout de même plus équilibré.
Je rentre à pied et mange à treize heures. Après un petit assoupissement sur le divan, c’est le grand ménage : aspirateur et lavage du parquet et du carrelage, descente des poubelles. Je vais à l’atelier numériser le dernière case, regarder des bêtises sur Internet, prendre au vol une discussion par méls interposés à propos d’un débat qui doit prochainement avoir lieu à Mouans-Sartoux avec David Vandermeulen, Jean-Philippe Garçon, Marcel Couchaux et James. Je pars en oubliant les clés à l’intérieur et me retrouve de ce fait coincé à l’extérieur. Je bois un demi dans un bar de la place Carnot en attendant le retour de D. en regardant des clips de Madonna et autres fadaises. Être assis dans un bar à cette heure-ci n’est vraiment pas mon habitude. Je n’ai pas mon cartable et ne peux donc ni lire ni écrire. J’achète le journal. Dans le Monde des livres, deux articles recensent les nouveaux ouvrages d’Alain Fleischer et de Thomas Pynchon. Les romans de ce dernier me fascinent, mais je n’y comprends goutte. Vais-je lire son dernier roman ? J’en doute : il est énorme et je ne goûte plus guère le romanesque. Un ouvrage d’Alain Fleischer m’avait beaucoup plu : L’Amant en culottes courtes, une autobiographie parue en 2006. Il y a aussi un article d’Alain Beuve-Méry sur la bande dessinée, mais sur le mode économique, comme souvent lorsque l’on parle de bandes dessinées aujourd’hui.
Le soir, je suis si fatigué que je me coucherais après manger si je m’écoutais. Je réussis à dessiner un peu.

Mercredi 3 septembre 2008

Réveillé tôt, levé à six heures. Je reprends cette case, ne peux guère avancer. 3 de Portishead, vinyl. J’achète le journal et prends le tramway pour traverser la gare de Perrache, puis l’avenue Berthelot à pied, où je jette du courrier dans la boîte de l’agence postale, puis le métro. Je suis à la bibliothèque à huit heures vingt. Rangement, je feuillette la correspondance de Paul Valéry découverte au fil des rayons des magasins de stockage aveugles et froids.
Il souffle un vent assez fort lorsque je sors pour manger à midi. La lumière devient crépusculaire à partir de seize heures, au point d’être obligé à allumer les néons du bureau. Je quitte la bibliothèque à dix-sept heures sous des trombes d’eau. J’aperçois des chaussées changées en de véritables petits ruisseaux à la sortie du métro pour emprunter le tramway, lequel ne fonctionne plus ; la foudre aurait endommagé une caténaire. Il ne me reste plus qu’à improviser un parcours en métro, ce que je prends avec philosophie. Le hall de l’immeuble de l’atelier que je partage est en partie inondé. J’évacue une partie de l’eau puis éponge le reste avec un balai espagnol, un peu irrité parce que je sais que les résidants de cet immeuble auquel je n’ai aucune sorte d’attachement, rempli d’adolescentes ricaneuses et de jeunes couples affairés et fuyants, ne le feront pas. Échanges vifs avec D. à propos d’un mél. que l’on doit envoyer. Je mets à jour mon site internet.
Dessin en soirée. Love’s holiday orchestra d’Oxbow, en vinyl et au casque.

Mardi 2 septembre 2008

Levé à six heures, je lis un peu dans la lumière timide ; les journées raccourcissent sensiblement. À l'ordinateur – j'imprime deux planches modifiées , puis à la table à dessin, inondée de soleil, en écoutant AWII d'Ataxia en vinyl. Traçage des cases des planches 41 et 43 et découpage des suivantes à partir du texte de David Vandermeulen. Je cherche l"esprit" de ce que je dois représenter (Bauernkrieg, la révolte des paysans) en feuilletant des gravures allemandes du seizième siècle, non sans difficulté, et avec cette manie de toujours repousser les choses à faire pour plus tard.
Il fait beau et clair, je rejoins à pied la place Jean Macé, d'où je prends le métro.
À la bibliothèque à neuf heures et demie.
Il est vingt heures trente passées lorsque je peux rejoindre la table à dessin. Animal Lover des Residents, en vinyl, et en sourdine. L’"esprit" que je cherchais le matin a disparu dans les brumes de la journée ; je tente de représenter la guerre des paysans en montrant un porche d’église d’où s’échappent une fumée noire et des silhouettes humaines. Des piques les attendent dehors. Le dessin démarre mal. Je tente de redresser, d’y croire. La construction d’une image se passe souvent comme cela, c’est-à-dire absolument pas comme l’on voudrait ; il y a les erreurs, les incompétences, le hasard.

Lundi 1er septembre 2008

Réveillé et levé à cinq heures et demie, avancement du courrier en souffrance et travail sur l'ordinateur : c'est qu'il faut modifier certaines cases récemment dessinées du projet La Passion des anabaptistes.
De huit heures et demi à dix-sept heures à la bibliothèque banque d'accueil, puis bulletinage et impression du catalogue des périodiques, gros volume indigeste de 229 pages sur lequel j'opère des modifications quotidiennes depuis 2004 d'où je m'extrais à onze heures, le temps de faire la queue dans une agence postale flambant neuve, au mobilier "ludique" exaspérant.
On m'apprend dans la matinée le décès de Thierry S., un jeune Conservateur croisé à Lyon à la fin des années 1990, qui m'avait initié avec humour et simplicité aux codes informatiques de création des pages internet. Toujours ce coté irréel de ce genre d'annonce, comme une ombre jetée sur les choses qui reste ancrée en nous toute la journée, quoi que l'on fasse.
Nous sommes invités en soirée. Je ne travaille donc pas.