Lundi 17 octobre 2011

Découvert le tableau 100 years ago de Peter Doig au Musée national d’art moderne.

Mardi 20 septembre 2011


[...] Levé à cinq heures. Je réveille D., pars à six heures et quart, prends la ligne 2, travaille à l’atelier jusqu’à neuf heures environ, me mets à l’ordinateur afin de modifier le découpage du second volume des Anabaptistes, avec l’impression insistante de fuir la table de labeur, à laquelle je m’installe au dernier moment afin d’esquisser un nouveau découpage de pages en partie déjà réalisées. Je prends la ligne 3 – c’est alors la foule du matin – et suis au bureau à neuf heures et demie. La matinée se passe en contrôlant des centaines d’images numérisées, mais aussi en rédigeant un résumé et des notices bibliographiques. Je mange seul ; c’est une nouvelle habitude. Je pars un peu après quatorze heures en catastrophe, ce qui fait que je dois courir dans les couloirs de la ligne 14, pour une réunion à Tolbiac à propos d’un chantier de numérisation exécuté par un prestataire extérieur. Je quitte le vaisseau et rejoins l’atelier par la ligne 5, y continue ce qui a été commencé ce matin. Le dialogue entre Martin Luther et Thomas Müntzer est réduit d’une page, ce qui n’est pas rien. Je rentre vers dix-neuf heures et quart, vois David B. sur Arte (« Il a grossi », dit D.), fais à manger de mauvaise humeur. Nous regardons en soirée Faux mouvement (Falsche Bewegung) de Wim Wenders sur un texte de Peter Handke d’après le Wilhelm Meisters Lehrjahre de Goethe ; Cela tombe bien, je l’ai lu cet été, et j’ai tout juste entamé les carnets d’Handke. Le lien avec le roman d’aprentissage de Goethe me paraît lointain, puis tout se met en place lorsque je comprends que Nastassja Kinski incarne Mignon, l’harmoniciste Laertes… Plein de motifs préfigurent les Ailes du désir : L’homme au chapeau, le saignement de nez, certains gestes de Wilhelm (avec l’enfant jouant au ballon, par exemple), la mélancolie…

Mardi 16 novembre 2010

Je me lève à six heures moins le quart, après m'être réveillé sans avoir entendu le réveil sonner, que j'ai donc du stopper machinalement dans mon sommeil. Je m'abîme les yeux sur l'écran de l'ordinateur, commence une case à la table à dessin, réveille D. à sept heures, part une demie heure après. Je laisse passer une rame de métro pleine, prends la suivante. Je déballe des caisses de documents en retour de numérisation une partie de la matinée, contrôle des images numérisées, m'occupe de quelques tracasseries informatiques. J'échange quelques méls avec Olivier Deprez, occupé à couper du bois pour l'hiver, et je m'étonne du contraste de nos deux réalités, du fossé géographique, physique, qui nous sépare, mais qui n'empêche pas une proximité. Lui voit le Causse roussir, tandis que j'ai de la peine à voir l'automne dépouiller les quelques feuillus que l'on peut croiser ici. Je mange tôt, à la cantine. Comme il fait beau et froid, je prends un café à emporter et le boit en fumant sur un banc du jardin du Palais-Royal. Réunion de travail à Tolbiac l'après-midi. Je rentre puis file à la bibliothèque municipale régler une histoire de document rendu dont le retour n'a visiblement pas été enregistré. Au retour, D. arrive quasiment en même temps. Nous mangeons, je regarde d'un œil l'entretien présidentiel en finissant la case entamée ce matin.

Samedi 16 octobre 2010

Nous nous réveillons à sept heures et demie parce qu'un appareil émet un bip régulier et fort dans la grande chambre que nous occupons dans ce mas faisant chambre d'hôte. Je cherche frénétiquement d'où vient ce bip, puis cela cesse. Je me rallonge. Nous prenons le petit déjeuner à neuf heures, tout le monde est là. Nous discutons de tout, des grèves. Je pars à pied à la médiathèque, car quelqu'un doit amener ce matin un livre à faire dédicacer. Mais il n'y a encore personne, même le stand du libraire est vide. Je croise Freddy Nadolny Poustochkine qui me propose d'aller boire un café en terrasse. Nous assistons ensuite à la fin du débat "Histoire et intimité". Un historien fait un exposé intéressant sur l'usage des photographies d'archive ; mais c'est un travail d'historien, un peu paralysant – je pense à l'usage documentaire qui est fait pour le projet en cours avec David, aux détournements qui y sont faits. Viennent fatalement en fin d'exposé les peurs de l'usage numérique des images. D. va assister à une projection de film après déjeuner. Je dédicace mon livre, parle de dessinateurs américains avec Fabrice Neaud. Je discute avec une amie d'enfance de L. M. Je suis gêné par sa précarité sociale, qu'elle assume pourtant très bien. Mais je ne me peux m'empêcher de lui faire des recommandations raisonnables et prudentes. J'ai la surprise ensuite de revoir tout un groupe que j'avais connu à Lyon dans les années 90, époque des squatts et des concerts. On me donne des nouvelles de connaissances que je n'ai pas vues depuis longtemps. Je participe avec Freddy à la table ronde sur l'écriture intime, qui se révèle malheureusement longue et fastidieuse, car le nombre de participants est trop important. Lorsque vient mon tour de pérorer, ma parole est confuse et hors du thème. À certains moments, néanmoins, des échanges ont lieu. J'ai la surprise de devoir dédicacer deux exemplaires de Strates, livre que je ne vends habituellement jamais en festival. Nous voyons en soirée le récital d'Allain Leprest, cet homme fragile que nous avons croisé ces deux jours, transfiguré ici sur scène. Sa parole porte, les compositions sont de grande qualité. Nous discutons avec Hélène, employée à la médiathèque et qui nous a conduit en voiture de Nîmes à Ganges hier, et sa maman. Je suis fatigué, c'est D. qui a permis ces échanges de fin de soirée. [...] Nous profitons de la baignoire à deux places de la chambre ; nous voulions profiter d'elle avant de partir, c'est fait. Nous nous couchons à deux heures du matin.

Jeudi 6 septembre 2010

Levé à cinq heures, mais rien fais de bon après le petit déjeuner à part numériser une case et un élément ajouté à une grande case déjà numérisée du volume 2. [...] Je jette un œil en soirée au film Tous les matins du monde d'Alain Corneau adapté du récit de Pascal Quignard, que j'avais déjà vu. Il m'en reste la même impression gênée, comme s'il ne restait du livre de Quignard qu'un air lourd et compassé. Les acteurs y sont un peu outranciers. Jean-Pierre Marielle a l'air d'avoir un bras qui ne lui appartient pas lorsqu'on le voit jouer de la viole de gambe. D'ailleurs, ce n'est certainement pas son bras mais sans doute celui d'un musicien caché derrière lui, et je ne pouvais empêcher que cela me sautât aux yeux.

Dimanche 15 août 2010

Second jour de vacances. Complètement perdu. Je commence à lire le journal de Franz Kafka, dans l'édition de poche de Grasset. Le début, où voisinent des fragments de récits et visiblement des transcriptions de rêve, désoriente. Je saute des passages (rien ne m'indiffèrent plus que les retranscriptions de rêves dans les journaux). De la même façon, je me souviens avoir sauter des passages de poésie, qui m'agaçaient, dans les journaux de Maurice Dantec. J'attends les corrections de David pour le premier volume de notre Passion des Anabaptistes, qui ne viennent pas ; j'ai du quitter Paris hier en emportant mon ordinateur portable de plus de sept kilos – c'est donc plutôt un "transportable" – afin d'y travailler dessus.

vendredi 21 mai 2010

Levé à cinq heures et demie. À l’ordinateur après le petit déjeuner — il fait jour à six heures et relativement bon pour permettre de boire le café sur le balcon — puis à la table à dessiner pour une seconde version du dessin destiné à la couverture du premier volume de la Passion des anabaptistes. Je pars au travail dans une humeur mitigée ; toujours cette impression d’avoir trop peu de temps à consacrer à cela. Au bureau un peu après huit heures, la matinée se passe en un éclair car il y a des transferts de documents à faire pour alimenter le chantier de numérisation, des bons d’enlèvement à créer et à imprimer, des messages auxquels il faut répondre. Des tensions sont bel et bien palpables avec le prestataire extérieur. Je rédige des messages neutres, fermes et conciliants. C’est le métier qui doit rentrer, je suppose.

Samedi 1er mai 2010

[Nouveau blog sur le projet La Passion des Anabaptistes :
http://lapassiondesanabaptistes.tumblr.com/]

Lundi 26 avril 2010

Levé à sept heures, je gagne la cuisine le plus doucement possible parce que nous hébergeons Guillaume, venu pour donner trois concerts successifs. Je pars avec D., la laisse au Louvre, suis à neuf heures et demie rue de Richelieu. Un transfert de collections à numériser est prévu ce jour mais je dois pour cela récolter les informations de la semaine écoulée, durant laquelle j’ai été absent. Le transfert ─ qui géographiquement parlant ne consiste qu’à traverser quelques rues ─, prévu à onze heures, se fait plus tardivement que prévu, et est rendu complexe car les travaux du quadrilatère Richelieu oblige à utiliser une navette interne automobile. J’avale un déjeuner puis officie au poste de président de salle dans une Salle ovale partagée entre la Bibliothèque nationale de France et l’Institut National de l’Histoire de l’Art. Un retraité, excédé, me prend à partie parce qu’il n’arrive pas à retrouver le lien lui permettant d’accéder à un catalogue informatisé, outré de la fréquence des changements de pages d’accueil de la BnF. Comme il s’emporte, je l’accompagne devant son poste de consultation et comprend que celui-ci est “bridé” et n’accède pas librement à l’Internet, d’où une page d’accueil modifiée ; je l’amène devant un poste non bridé. Le calme revient. Plus tard, situation embarrassante avec un homme entré sans carte d’inscription par je ne sais quel tour de passe-passe, essayant d’utiliser une connexion internet par tous les moyens obliques et détournés, mais sans jamais le dire ou être clair. Inflexible, je joue le jeu de ma position institutionnelle, en bien ou en mal. Je retrouve D. en début de soirée ─ nous avons la chance de n’être séparés que par la Seine ─, allons manger une crêpe à Montparnasse, ratons le concert que Guillaume donnait ce soir-là, rentrons. Guillaume rentre lorsque nous dormons.

Samedi 3 & dimanche 4 avril 2010

Levé à huit heures, je suis le premier à prendre le petit déjeuner dans une salle de restauration vide. Je remonte réveiller D., mets une chaise devant la fenêtre — la lumière est pâle, le ciel gris — et lis pendant qu’elle descend déjeuner. Un véhicule nous amène à la salle communale à dix heures et nous avons la joie et la surprise de retrouver Julie et J.-P. sur le stand, ainsi que Guillaume Guerse. Je fais la connaissance d’Olivier Deprez — à qui j’avais signifié mon désir de rencontre par mèl avant la manifestation — et d’Eric Nosal et Natacha. Lors du déjeuner Olivier me dit qu’il étudie le grec ancien, et que la première chose qu’il fait le matin est d’apprendre par cœur la Divine comédie de Dante, et que ce n'est qu'après cela qu'il se sent prêt à entamer une nouvelle journée de travail, ce qui ne laisse pas de m'étonner. Dans le même ordre d’idées, je lui évoque l’écrivain italien Erri De Luca apprenant l’ancien hébreu en lisant la Bible à chaque aurore. Je participe l’après-midi à une table ronde sur le « premier album », table ronde qui se révèle plus qu’intime en terme de fréquentation du public. J’agace une intervenante en critiquant ce terme album — un livre rigide et cartonné, à la couverture pelliculée donc lavable, destiné à l’origine à la littérature enfantine pour des raisons de commodité et de solidité — en lieu et place de livre. Une fois cela dit, je n’insiste pas, car tout cela est pris pour le snobisme le plus pointu, alors qu’il me semble que les termes d’un débat doivent être discutés et être le plus clair possible. La discussion se passe. J’ai dans ma poche le livre d'Enis Batur, D’une bibliothèque l’autre, que j’avais pris au cas où je n’aurais rien à dire. J’en livre une citation sur la demande de Monique :
[...] L’intronisation d’une toute première publication livre l’âme du débutant aux transports d’un enthousiasme débordant. puis vient le temps de la décrue et du retour à la réalité pour un ouvrage qui s’intègre à des milliards d'autres volumes : écrire un livre et l’ajouter à une bibliothèque, c’est une goutte dans l’océan, un astre indéterminé dans le cosmos. C’est, en somme, gagner plus de titres à la disparition qu’à l’immortalité.
Enis BATUR, D'une bibliothèque l'autre.
La table ronde se clôt là-dessus ; jamais je n’aurais pensé que cette « béquille » l’aurait clôturée. La soirée se passe entre un repas pris en commun, les remises de prix et diverses interventions. Un orage très violent éclate à ce moment-là. Nous regagnons l’hôtel avec Julie et J.-P. et je retrouve non sans déplaisir cette grande chambre sans attrait et au plafond haut de l’hôtel d’Anduze. le lendemain matin j’inaugure à nouveau le premier le petit déjeuner. Le temps semble changer. Nous faisons nos sacs et nous retrouvons au festival à dix heures. La journée se passe entre quelques dédicaces et des promenades avec D. dans les beaux villages de pierre de Massillargues et d’Atuech. Il fait finalement frais mais très beau. On me filme en me demandant ce qu’est pour moi la bande dessinée ; je fais mon intéressant en répondant que le fait que je ne le sache pas est la raison pour laquelle j’en fais. Chose notable : un lecteur vient me voir et me signifie d’emblée qu’il trouve dans mon approche du dessin une proximité avec le travail de Pierre Soulages. Je lui dis que c’est le plus beau compliment que mon travail puisse avoir. Je n’ai pratiquement jamais parlé de mon admiration pour celui-ci, mais c’est comme si cette admiration était discernable dans mes livres. J’achète tous les livres que je peux trouver ici d’olivier Deprez : Le Château d'après Franz Kafka, BlackBookBlack et Lenin Kino - Méditations graphiques I. Le retour se fait brusquement en fin d’après-midi : notre train part de Nîmes vers dix-neuf heures. Le train s’arrête un peu avant Paris ; nous aurons un retard de près d’une heure, due à la panne de la rame qui nous devance. Je suis surpris de la véhémence — pour ne pas dire de l’agressivité — de certains voyageurs après cette annonce. Nous arrivons un peu avant vingt-trois heures à la Gare de Lyon, retrouvons Eric, Natacha et leur fille qui ont pris le même train. Nous prenons ensemble le RER, nous arrêtons à Nation tandis qu’ils continuent jusqu’à Montreuil. C’est jour chômé demain, ce qui adoucit ce retour.